Loin de s'affaiblir ou de se fatiguer, le gouvernement de la République démocratique du Congo poursuit son offensive diplomatique et son plaidoyer pour l’application des sanctions contre le Rwanda et ses alliés de l’AFC/M23, à l’origine de la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire ainsi que des violents combats contre les forces gouvernementales dans l’est du pays.
Lors d’un événement parallèle à la 70ᵉ session de la Commission de la Condition de la Femme (CSW70), organisé en collaboration avec le gouvernement ukrainien, la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, a une nouvelle fois dénoncé l’utilisation des violences sexuelles comme arme dans la guerre économique imposée par le régime de Kagame dans la partie est du territoire congolais, rapporte la cellule de communication de la Primature.
Augmentation des cas de violences sexuelles dans l’est du pays
Ce front commun entre Kinshasa et Kiev vise à unir les forces pour la réparation et la justice face aux violences sexuelles liées aux conflits. L’Ukraine, confrontée à une situation sécuritaire délicate et à l’agression russe, se reconnaît dans le dossier de la RDC. Dans son discours devant l’assistance, la cheffe du gouvernement congolais a rappelé que, dans l’est de son pays.
« La guerre ne se limite pas aux champs de bataille. Elle se déroule aussi sur le corps des femmes, des filles et des enfants », a-t-elle fustigé dans son discours jeudi 12 mars 2026 aux États-Unis d'Amérique.
D’un ton ferme, la Première ministre a dénoncé ces violences, utilisées comme armes de terreur, d’humiliation et de domination depuis plus de deux décennies, ainsi que leur impact destructeur sur les vies, les familles et les communautés.
« Le Rapport Mapping des Nations Unies, publié en 2010 par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme, a déjà révélé l’ampleur des atrocités commises dans mon pays. Et aujourd'hui encore, la situation reste alarmante. Selon l’UNICEF, les violences sexuelles contre les enfants ont triplé depuis janvier 2025, dans un contexte marqué par la poursuite de l’agression dont la République démocratique du Congo est victime, notamment à travers le soutien du Rwanda à la rébellion AFC/M23 », a révélé Judith Suminwa.
Face à cette tragédie humaine, le gouvernement de la RDC, conformément aux instructions du chef de l’État Félix Antoine Tshisekedi, entend accélérer les réformes pour lutter contre l’impunité, renforcer la justice transitionnelle et garantir des réparations aux victimes.
Pour Judith Suminwa, la relance de la Politique nationale de réforme de la justice (2017-2026) constitue une étape majeure. Dans ce combat acharné, Kinshasa prend ses responsabilités en modernisant son système judiciaire, notamment par la numérisation des dossiers, le renforcement des institutions et la mise en place de mécanismes de réparation crédibles.
La Première ministre a annoncé que ces efforts sont soutenus par plusieurs initiatives structurantes, parmi lesquelles : le Plan national d’action sur la Résolution 1325, adopté en 2025, qui renforce la lutte contre les violences sexuelles et protège les droits des femmes ; et le FONAREV, qui marque un tournant important dans la mise en œuvre de la politique de réparation.
« Il permet de passer d’une réponse humanitaire ponctuelle à une politique de réparation durable, fondée sur une approche intégrée reliant urgence, humanitaire et développement », a-t-elle expliqué, tout en reconnaissant l’ampleur du défi.
Lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits : les États appelés à l’unité
S’agissant de l’ampleur des défis persistance de l’insécurité, difficulté d’identifier toutes les victimes et insuffisance des ressources financières, Judith Suminwa a invité l’assistance à engager des actions collectives.
« C’est pourquoi cette lutte ne peut être menée seule. Elle exige une solidarité internationale renforcée, des financements innovants et une mobilisation collective à la hauteur de l’urgence. Car, au-delà des chiffres et des rapports, il s’agit d’une question fondamentale de dignité humaine », a-t-elle insisté dans son discours.
Selon elle, les violences sexuelles dans les conflits ne sont pas une fatalité : « Elles sont le résultat de l’impunité. Et l’impunité est un choix que la communauté internationale peut décider de ne plus tolérer. ». Pour rappel, la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka est en mission à New York depuis le 9 mars dernier dans le cadre des activités relatives aux droits des femmes. Elle y porte la voix de la RDCongo face à l'agression rwandaise et dénonce les violences de tous genres commises contre son peuple pour des sanctions ciblées à l'endroit de leurs auteurs.
La Commission de la condition de la femme (en anglais « Commission on the Status of Women » - CSW) est la principale instance intergouvernementale mondiale et le plus grand rassemblement onusien annuel dédié à la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes et des droits des femmes et des filles. Elle a été créée en 1946 par une résolution du Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC). Son secrétariat est assuré par ONU Femmes, l’agence des Nations unies consacrée à l’égalité entre les femmes et les hommes et à l’autonomisation des femmes et des filles.
Clément MUAMBA