Au cours de l'année 2025 qui vient de s'achever, les services de renseignements civils et militaires ont continué à commettre des violations des droits de l’homme en République démocratique du Congo. Des civils et des militaires ont été arrêtés et détenus par l’Agence nationale de renseignements (ANR), le Conseil national de cyberdéfense (CNC) et l’État-major des renseignements militaires (EMRM), sans supervision d’un juge, ni accès à un avocat, encore moins à leurs familles ou aux soins de santé.
C’est ce que révèle l’analyse de la situation des droits humains en République démocratique du Congo, couvrant la période du 1er janvier au 31 décembre 2025, publiée par le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH). Selon ce document, parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD jeudi 12 mars 2026, des cas de tortures physiques et psychologiques infligées à des détenus ont également été documentés au cours de la période sous revue.
"Les causes des arrestations sont entre autres liées à la suspicion de coopérer avec des groupes armés ou des puissances étrangères ; des accusations de commission d’infractions d’ordre politique, notamment des outrages au chef de l’Etat ou de tenir des propos subversifs. Les services de renseignements sont auteurs également d’arrestations arbitraires dans le cadre des immixtions dans des affaires ne relevant pas de leur compétence comme des conflits fonciers, financiers ou relatifs à l’exploitation des ressources naturelles" souligne le rapport
Au cours de la période sous revue, le BCNUDH indique avoir enregistré 46 violations des droits de l’homme attribuées aux agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR), ayant fait 53 victimes, dont 9 femmes et 3 enfants. Cela représente une augmentation d’environ 5 % par rapport à l’année précédente, au cours de laquelle 44 violations de ce type avaient été documentées.
Les arrestations et détentions arbitraires (27 cas) constituent 58 % de l’ensemble des violations recensées. Selon le même rapport, la plupart des détenus sont transférés dans des lieux de détention placés sous le contrôle de l’ANR, notamment à Kinshasa et à Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga.
Les atteintes et violations des droits de l’homme dans l'Est de la République démocratique du Congo interviennent dans un contexte prolongé d’intensification des violences et des combats opposant la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda selon Kinshasa, aux forces gouvernementales sur plusieurs fronts dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cette situation aggrave davantage le contexte sécuritaire et humanitaire, alors même que la communauté internationale fait face à une pénurie de financements de l’aide humanitaire, mettant en danger la vie des populations civiles.
Face à cette situation, des appels se multiplient en faveur d’un cessez-le-feu entre les parties afin de donner une chance aux processus politiques, notamment au dialogue, en vue de régler la crise sécuritaire en cours. Toutefois, la situation ne change guère sur le terrain, où chaque partie accuse l’autre d’être à l’origine des violations du cessez-le-feu. La situation semble même s’aggraver ces derniers mois avec l’usage de drones. La rébellion de l’AFC/M23 accuse Kinshasa d’utiliser ces engins contre des populations civiles dans des zones densément peuplées, des allégations que le gouvernement congolais rejette.
Sur le plan diplomatique, le statu quo persiste également. Le processus de Washington prend en charge la crise entre Kinshasa et Kigali, tandis que celui de Doha se concentre sur la crise entre Kinshasa et l’AFC/M23. Malgré certaines avancées enregistrées sur le papier, ces initiatives peinent à produire les résultats escomptés sur le terrain, ce qui alimente la méfiance entre les parties et favorise la reprise des hostilités sur plusieurs fronts dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Clément MUAMBA