Beni : OCHA alerte sur la persistance des risques liés à la présence de mines et de munitions non explosées, aggravés par l’insuffisance de ressources disponibles pour les activités de déminage

Villages Mukondi à Beni victime d'attaque des ADF
Villages Mukondi à Beni victime d'attaque des ADF

Dans son aperçu sur la situation humanitaire couvrant le mois de décembre 2025, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA/RDC) indique que le contexte est demeuré relativement calme dans le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu. Toutefois, précise le rapport rendu public  samedi 17 janvier 2026, la ville de Beni a continué à faire face à une recrudescence de la criminalité urbaine, notamment des cambriolages de domiciles.

Le rapport souligne également que l’ONG SYOPADI a alerté sur la persistance des risques liés à la présence de mines et de munitions non explosées dans la zone de santé de Mutwanga. Cette situation constitue un facteur de risque en matière de protection, aggravé par l’insuffisance de ressources disponibles pour les activités de déminage.

Dans le territoire de Walikale, au cours du mois de décembre, la situation est restée tendue dans la zone de santé (ZS) de Pinga en raison de la poursuite des affrontements entre groupes armés dans plusieurs villages le long de l’axe Kalembe–Mpeti–Pinga. Le 6 décembre, des combats à Chanjikiro (groupement Kisimba) ont provoqué des déplacements massifs de population, dont les chiffres restent à confirmer. Le 12 décembre, des éléments armés ont ordonné l’évacuation du village de Kateku, invoquant des « opérations militaires » imminentes. Les habitants de cette localité, estimés à plus de 6 300 personnes, ont commencé à se réfugier vers Kimaka, Miriki, Buleusa, Kayna et Kanyabayonga.

Cette partie de la ZS de Pinga demeure isolée en raison de contraintes d’accès physiques et sécuritaires, limitant la présence et la mobilité des acteurs humanitaires. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA/RDC), les autorités sanitaires ont alerté sur une rupture généralisée de stocks de médicaments et d’intrants nutritionnels à l’Hôpital général de référence (HGR) de Pinga, ainsi que dans plusieurs structures de santé de la ZS. Cette pénurie affecte particulièrement environ 197 420 habitants des groupements de Kishali, Ihana et Kisimba. L’absence de partenaires humanitaires depuis le départ de MEDAIR en avril 2025, couplée à l’isolement géographique de la zone, entrave gravement la prise en charge médicale de la population.

Depuis le début de l’année 2025, l’escalade du conflit et l’intensification des attaques de la rébellion AFC/M23, appuyée par le Rwanda au Nord et au Sud-Kivu, ont déplacé des centaines de milliers de personnes, aggravant une crise humanitaire déjà critique. Les violences ont fait des centaines de morts et des milliers de blessés, tandis que les routes coupées et l’insécurité compliquent davantage l’accès humanitaire.

Malgré ces conditions difficiles, les acteurs humanitaires poursuivent leurs opérations vitales en négociant l’accès aux zones affectées et en fournissant des soins médicaux d’urgence, une aide alimentaire ainsi que d’autres formes d’assistance essentielle. Selon l’ONU, il est impératif de garantir un accès humanitaire rapide, sans entrave et sécurisé aux populations dans le besoin, et de lever tous les obstacles existants.

En dépit des avancées annoncées dans le cadre des initiatives de médiation  notamment le processus de Washington piloté par les États-Unis pour le dossier RDC–Rwanda et l’implication du Qatar dans la crise opposant la RDC à la rébellion AFC/M23, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Face à ce constat, de nombreuses voix appellent les parties prenantes à respecter les engagements contenus dans les différents accords et déclarations signés, afin de faire taire les armes et offrir enfin une chance à la paix après près de trois décennies de conflit.

Clément MUAMBA