Félix Tshisekedi à Butembo : un discours de critiques, de bilan et de stratégies de relève du pays

Félix Tshisekedi
Félix Tshisekedi

Félix Tshisekedi est arrivé ce lundi 11 décembre à Butembo, troisième étape de sa tournée électorale au Nord-Kivu. Après Goma et Beni, le chef de l’Etat sortant est venu communier avec les populations bubolaises (habitants de Butembo, ndlr) qu’il avait manqué lors de la campagne électorale de 2018 à la suite d’un contexte sécuritaire annoncé précaire dans la région. Sur place, il a tenu un meeting à l’intention d’un public jamais mobilisé par un candidat à la présidentielle. Son adresse était émaillée des critiques, des bilans et des stratégies de relève de la RDC. 

Dans son adresse de près de 20 minutes, Félix Tshisekedi a d’abord évoqué les défis du pays dont le plus grand demeure d’après lui, l’insécurité dans l’est. Sur ce terrain que l’attendaient les habitants de Butembo, le Chef de l’Etat sortant a accusé le Rwanda de vouloir balkaniser le pays à travers le M23. «L’ennemi vient du Rwanda et veut nous ravir notre pays. Je vous dis qu’on ne vivra plus cela», a lancé Felix Tshisekedi, sur un ton rassurant, avant d’appeler les bubolais à être prudents face à leur choix du 20 décembre prochain. «Allez voter massivement. Mais il faudra faire attention aux candidats de l’ennemi. Il a ses candidats parmi les 26 que nous avons, y compris parmi ceux qui sont passés par ici. Ces candidats de l’ennemi quand ils viendront ici, ils ne vous citeront jamais le nom de l’ennemi. Ils ne diront jamais que c’est le M23 qui tue les congolais. Ils ne diront jamais que le patron du M23 c’est Paul Kagame», a prévenu Felix Tshisekedi, indexant sans le citer nommément, Moise Katumbi, «l’unique des trois candidats présidents à être passé par Butembo et à n’avoir pas dénoncé ni Paul Kagame, moins encore le Rwanda», comme nous l’a fait remarquer un habitant présent au meeting.

Félix et sa stratégie du «tout militaire»

Face à la guerre qui a trop duré et dont l’issu semble ne pas être proche, Félix Tshisekedi a expliqué aux habitants ses stratégies jusque-là déployées pour sauver le pays. Il a évoqué son appui à l’armée congolaise, sa collation militaire avec l’Ouganda pour combattre les ADF à Beni et la mise en place la Réserve de défense armée (RDA) qui va recycler et encadrer tous les combattants «Wazalendo» en vue de venir à bout des instigateurs de l’insécurité au pays.

«Nous avons appuyé notre armée (FARDC). Aujourd’hui nous avons une armée qui monte en puissance. Et nous venons de créer la Réserve de défense armée pour défendre le pays. Faites-moi confiance, donnez-moi vos voix pour que nous puissions consolider les actions amorcées», s’est justifié Felix Tshisekedi, sollicitant les votes de ses concitoyens.  

Un bilan des gratuités et de la reconstruction

S’agissant de son bilan pour le premier quinquennat passé à la tête du pays, Félix Tshisekedi s’est vanté d’avoir d’abord institué la gratuité de l’enseignement primaire. «Une action qui a touché au moins chaque ménage au pays», a commenté Joseph, un spectateur, parent de quatre enfants dont deux bénéficient de la gratuité. S’il est réélu, Félix Tshisekedi promet d'étendre son programme de gratuité au secondaire. «Vous le savez qu’au premier mandat nous avons débuté par la gratuité de l’enseignement primaire. Je vous assure que si vous m’accordez le deuxième mandat nous allons instituer la gratuité de l’enseignement secondaire», a-t-il promis. L’autre bilan de la gratuité évoqué, c’est celui de la maternité. Félix Tshisekedi affirme avoir décidé de décréter la gratuité de la maternité pour soulager les femmes et les enfants.

«Aujourd’hui, les femmes vont accoucher gratuitement. Les femmes et les enfants nous allons les prendre en charge parce que c’est une catégorie de gens dont nous avons perdu beaucoup.  Nombreuses femmes sont mortes en voulant donner naissance parce que la prise en charge n’était pas assurée. Des femmes ont abandonné les enfants à la maternité parce qu’elles n’avaient pas les moyens (de payer les soins, ndlr). Mais tout ça c’est fini. Aujourd’hui la maternité est devenue gratuite. Mais ça ne va pas se limiter à la maternité. On va poursuivre avec d’autres secteurs de la santé pour que tout le monde ait accès à la santé», a rassuré Felix Tshisekedi. 

L’autre bilan évoqué, c’est celui de son programme de 145 territoires. «Nous sommes en train de réhabiliter des sièges des administrations (ndlr, territoriales), des écoles, des centres de santé pour que les congolais aient droit à l’éducation et aux soins», s’est-il vanté sur fond d’admiration de certains membres du public qui ont témoigné à ACTUALITE.CD avoir vu des écoles construites à Manguredjipa  et Masereka (Lubero), des centres de santé à Ombole (Lubero) et dans le territoire insécurisé de Beni, dans le cadre du programme de développement de 145 territoires.

«Dans le cadre de ce programme, il y a aussi un volet des infrastructures, des routes, des ports, des aéroports. Tout ça on va construire. On va donner de l’emploi aux jeunes. Des jeunes finissent mais n’ont pas d'emploi. Dans le cadre de ce programme, il a un volet de l’agriculture», a-t-il ajouté, avant de révéler ses stratégies de relance du pays.

Agriculture, transformation, industrie…

Devant un peuple agriculteur de Butembo, Félix Tshisekedi a expliqué qu’il mise sur l’agriculture pour nourrir et relancer l’économie du pays.

«Nous avons accordé de l’importance à nos mines. Mais rien n’est plus important que l’agriculture. Un jour les minerais vont s’épuiser mais jamais l’agriculture. Nous avons 120 millions d'hectares que nous allons cultiver et par l’agriculture nous avons un agenda de transformation agricole. C’est-à-dire que nous allons produire au Congo et transformer au Congo. C’est ça qui va emmener la richesse et l’emploi. Nous allons lutter ainsi contre le chômage», a expliqué Félix Tshisekedi. Même si les mines s’épuisent, il n’attend pas les lâcher tout de suite. Dans sa stratégie, il projette de les transformer également au Congo pour que les industries et la valeur ajoutée issue de la transformation locale de nos minerais profitent aux Congolais. «Je suis allé auprès des partenaires chinois pour leur dire que nous sommes contents de les voir au Congo mais nous ne voulons pas les voir au Congo que de venir prendre (les minerais bruts, ndlr) et aller transformer ailleurs. Désormais nous allons commencer à transformer nos minerais ici au Congo. Comme ça les entreprises qui veulent faire les batteries électriques, elles viendront installer leurs usines ici pour que nous puissions construire le pays», a-t-il déclaré. 

Et pour le volet industriel, il a salué le travail du ministre de l’industrie Julien Paluku, d’ailleurs ancien maire de la ville commerciale de Butembo qui a réussi à doter le pays d’un plan directeur d’industrialisation qui prévoit l’érection des zones économiques spéciales dont l’une près de Butembo. «Vous savez que nous avons tout un programme d’industrialisation du pays que notre compatriote, votre fils d’ici, le ministre Julien Paluku nous a doté. C’est le programme des zones industrielles. Vous allez voir des industries s’installer ici», a-t-il promis. «Nous avons amorcé un travail et nous voulons le poursuivre grâce à votre bénédiction. Est-ce que je peux compter sur vous ? Faites moi plaisir (le 20 décembre), je vous ferai la joie» a-t-il ainsi chuté avant de présenter son épouse, Denise Nyakeru, comme cibler encore une fois ses challengers qui n’ont pas osé s’afficher avec leurs épouses pendant leur tournée électorale. 

Un accueil réussi aussi grâce au soutien de tous les leaders du Grand-Nord  qui sont engagés dans cette course électorale tous derrière Félix Tshisekedi qui leur a tout donné, notamment quatre ministères sur les cinq qu’a le Nord-Kivu. Antipas Mbusa Nyamwisi, Julien Paluku, Nzangi Butondo et Catherine Furaha. C’est ce qui explique que, contrairement à d’autres candidats présidents passés dans la région et qui ne voyaient que seuls les drapeaux de leurs partis flotter, Félix Tshisekedi a vu nombreux drapeaux des partis influent dans la région flottaient à la place VGH en guise de soutien: RCD-KML, BUREC, AVRP, UNC et leurs alliés.

«Vous voyez que vous avez de nombreux représentants au niveau national et ça va continuer comme ça. Donnez-moi les voix, nous allons continuer parce que ce sont eux vos porte-parole dans les conseils des ministres. Qu’il s’agisse de l’insécurité, du social, ils sont et demandent d’intervenir pour plaider votre cause. Donc vous êtes très bien représentés et je suis fier du travail qu’ils accomplissent pour le gouvernement, pour le pays. Il n’y a pas de raisons qu’on ne poursuive pas avec eux la prochaine expérience», a déclaré Félix Tshisekedi au public certainement venu de Butembo où sont en lice aux législatives nationales Antipas Mbusa Nyamwisi et Catherine Furaha, ainsi que de Lubero où competit Julien Paluku.

Elu à Butembo en 2018, Nzangi Muhindo a préféré compétir pour ces élections à Goma, ville qui l’avait déjà élu en 2011.

Claude Sengenya