RDC-Dépigmentation de la peau : « mes petits-enfants m’appelaient sorcière parce que mon visage les terrifiait »
Mercredi 15 juin 2022 - 19:40
Photo/ Droits tiers
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Brûlures, atrophie, acnés, infections … l’usage des produits éclaircissants entraîne des conséquences sur la peau. Ce mercredi, dans les rues de Kinshasa, des hommes et femmes ont partagé leurs mauvaises expériences. 

Au premier abord, la plupart des personnes possédant des taches sur les visages se montrent réticentes à l’idée d’aborder cette question. Mais avec instance et confiance, certaines d’entre elles ont accepté de parler.

« Lorsque nous étions plus jeunes, la tendance était de croire que la plus belle de toutes les femmes est celle qui a la peau claire. Nous avons eu des artistes comme Mbilia Bel ou Abetty Masikini qui en étaient la preuve. J’aimais la musique et je voulais faire une carrière dans ce domaine. J’ai utilisé des produits pour leur ressembler (…) Mais la vie en a décidé autrement. Aujourd’hui, non seulement que je n’ai pas réalisé mon rêve, j’ai une peau brûlée pour toujours », confie Angélina Ngiama. Celle qui se faisait appeler Angelina Jolie dans sa jeunesse vend des chikwangues à Itaga, une rue de Kinshasa.  

Un choix volontaire

Si pour Angelina, l’usage de ces produits était attaché à un rêve, Dada Venantie et Jean-Robert Senga l’ont utilisé par choix. 

« Quand j’étais plus jeune, j’avais la peau claire. Avec les produits disponibles, j’ai voulu la rendre encore plus belle. Mais ce n’était pas une bonne idée. J’ai utilisé des tubes dans mon lait de beauté, le savon Mekako et quelques solutions disponibles. C’est seulement plus tard que j’ai constaté les impacts sur ma peau. J’ai eu des tâches qui n’avaient pas de remèdes. J’ai dû attendre mais aucune entreprise n’en produisait. Aujourd’hui, je regrette mais plus rien ne peut changer », a dit Dada Venantie, une femme d’environ 65 ans, responsable d’une boutique de pagne.  

« J’étais très beau quand j’étais jeune, vous pouvez voir ? » lâche Jean-Robert exhibant des anciennes photos de lui et sa famille dans son téléphone. « Je suis aujourd’hui un ancien beau gars. L’histoire retiendra cela, mais je n’aurais plus la même peau. Elle a fané, elle a des taches, bref ma peau n’est plus belle du tout. Ce n’est pas ce que je voulais en faire. Les maisons de beauté nous ont trompé. Nous y avons cru et les impacts sont restés pour toujours », a-t-il ajouté entouré de ses deux petits-fils, sur l’avenue des Huileries.  

Un visage qui fait peur

Actuellement, les produits pour obtenir une peau très claire se diversifient dans la capitale kinoise. Face à cela, Marie-Thérèse Beya et Léontine Kekele appellent à s’inspirer de leurs expériences dans la prise de décisions pour le recours ou non aux éclaircissants. 

 « Les jeunes ne savent pas regarder les marques sur nos visages et prendre de bonnes décisions pour leur avenir. J’apprend qu’aujourd’hui en dehors des crèmes, il y a des injections et des pilules. Nous, on ne faisait pas recours à ces produits mais vous voyez nos visages ? Ces taches sont restées pour toujours et qui sait les conséquences que pourraient avoir ces comprimés à long terme ? Soyez au moins prudentes ! » assène Marie-Thérèse Beya.  

A Léontine d’ajouter « Quand j’avais 25 ans, j’ai souffert d’une maladie qui a fait apparaître des boutons sur ma peau. Je me suis rendu auprès d’un dermatologue. Il m’a prescrit des tubes que j’ai achetés à la pharmacie pour les mélanger à ma lotion. Avec le temps, ma peau a commencé à devenir de plus en plus claire. J’ai pris plaisir à cela et j’ai continué à utiliser ces produits plus de six mois après la période recommandée par le dermatologue. Les conséquences sont visibles aujourd’hui. Ma peau est devenue très faible au point qu’une petite plaie peut mettre des mois à cicatriser. Je ne souhaite pas cela à notre jeunesse ».   

Et pour finir, Makala Mayani, cadre dans une banque, a décidé de s’assumer après des années de camouflage. « Il y a quelques années, je ne voulais plus laisser mon visage naturel et à découvert. Il fallait soit le couvrir des couches de fond de teint ou des foulards parce que les gens n’arrêtait pas à me fixer du regard (…). Mes petits-enfants m’appelaient sorcière parce que mon visage les terrifiait. Avec le temps, je me suis assumée. Quand je leur ai rendu visite en Europe, ils se sont habitués et ne m’appellent plus de la sorte. Je suis également un traitement proposé dans une clinique ici à Kinshasa », a-t-elle confié.

Prisca Lokale

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