Malgré une évolution encourageante de la situation épidémiologique de la maladie à virus Ebola dans certaines zones de santé de la province de l’Ituri, les autorités sanitaires et gouvernementales appellent à maintenir la vigilance et à ne pas relâcher les efforts. Le suivi des contacts et le renforcement de la surveillance communautaire demeurent au cœur de la riposte contre cette 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC. C’est le message de prudence lancé mardi 15 septembre par le professeur Placide Mbala, Directeur de la Recherche, des Essais cliniques et de l’Innovation à Africa CDC.
Le responsable d’Africa CDC souligne avoir lui-même observé les avancées réalisées, particulièrement en Ituri. Il estime toutefois que l’évolution de la situation doit être analysée avec précaution, les tendances n’étant pas uniformes dans l’ensemble de la province. Selon lui, certaines zones de santé de l’Ituri connaissent encore une légère hausse de l’incidence. Cette situation impose de ne pas considérer les progrès enregistrés comme acquis.
« On reste très prudent parce que nous avons pu mettre en place des mesures qui nous ont permis d’enregistrer ces différents progrès dans certaines zones de santé. Mais lorsqu’on regarde, on se rend compte qu’il y a également d’autres zones de santé, toujours dans la province de l’Ituri, où on a également une incidence qui augmente un tout petit peu », a déclaré le Professeur Placide Mbala lors d’un briefing de presse conjoint avec le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, et le virologue congolais Jean-Jacques Muyembe à Kinshasa.
L’enjeu est désormais de maintenir les résultats obtenus et d’éviter une nouvelle progression de la transmission. Cette prudence s’explique notamment par le niveau encore insuffisant du suivi des contacts. Celui-ci se situe autour de 80 %, alors que l’objectif opérationnel est d’atteindre un niveau beaucoup plus élevé.
« C’est important de pouvoir mentionner cela pour dire que oui, effectivement, nous avons fait des progrès et ces progrès sont remarquables, mais ce n’est pas le moment de pouvoir baisser les bras. Parce que nous devons être sûrs que nous maintenons ces progrès. Et surtout, là, nous sommes à 80 % de suivi des contacts et, comme le Professeur Jean-Jacques Muyembe l’a dit, l’idéal est que nous soyons à 95-100 % de suivi des contacts. C’est à ce moment-là que nous sommes sûrs de pouvoir couper toutes les chaînes de transmission », a-t-il fait savoir.
Le Professeur Mbala met également en garde contre une lecture globale des données qui pourrait masquer des évolutions divergentes selon les territoires. En Ituri, explique-t-il, la tendance générale montre une amélioration, avec une inversion de la courbe épidémique. La situation est cependant différente au Nord-Kivu, où la courbe demeure ascendante.
« Donc, c’est vraiment important de pouvoir le mentionner parce que j’ai vu sur les réseaux sociaux qu’après cette interview, tout le monde pensait que l’épidémie était finie, etc. Mais il faut vraiment comprendre que nous avons fait des progrès et que nous devons maintenir ces progrès. Parce que là, on se rend compte que, par exemple, en Ituri, il y a, c’est vrai, une progression, si je peux dire, c’est-à-dire que la courbe de l’épidémie s’inverse », a-t-il fait remarquer.
D’où l’importance, insiste-t-il, de descendre à un niveau d’analyse beaucoup plus précis. Les données doivent être examinées province par province, puis zone de santé par zone de santé et, enfin, aire de santé par aire de santé.
« Mais lorsqu’on va dans le Nord-Kivu, on voit qu’il y a une ascendance de la courbe épidémique. Et donc, lorsqu’on met le tout ensemble, nous avons à peu près une figure qui est un peu mitigée. Donc, c’est important de pouvoir voir les choses, c’est vrai, dans leur ensemble, mais il est important de regarder les données par province et, lorsqu’on va dans les provinces, par zone de santé et, lorsqu’on va dans les zones de santé, par aire de santé, pour être sûrs qu’on est en mesure de pouvoir obtenir des données fiables qui nous permettent de mieux interpréter nos résultats », a-t-il souligné.
Au-delà des indicateurs épidémiologiques, Africa CDC entend également renforcer la surveillance au plus près des populations. Le Professeur Placide Mbala cite notamment « l’approche village », destinée à améliorer la détection et le suivi des événements sanitaires au niveau communautaire.
Cette approche, soutenue par Africa CDC en collaboration avec le Gouvernement, vise à rapprocher davantage la riposte des communautés et à renforcer leur implication dans la surveillance.
« Et là, je voulais également mentionner ce travail que le Professeur a également mentionné lorsque nous étions sur le terrain : c’est cette approche village. Parce que ce qu’on veut, c’est que nous puissions renforcer la surveillance communautaire et renforcer cette approche village qu’Africa CDC soutient également avec le Gouvernement, pour nous permettre de pouvoir vraiment amener la riposte au niveau de la population, de la communauté », a-t-il expliqué.
La République démocratique du Congo fait face à sa 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola, provoquée par le virus Bundibugyo. Déclarée officiellement en mai 2026 dans la province de l’Ituri, cette nouvelle flambée a déjà fait plus de 3 300 morts et s’est progressivement étendue à plusieurs provinces du pays. Selon les autorités sanitaires et leurs partenaires, sept provinces et plus de 60 zones de santé sont désormais touchées, faisant de cette épidémie une crise sanitaire d’ampleur nationale.
La progression du virus intervient dans un contexte particulièrement difficile, marqué par l’insécurité, les déplacements de populations, d’importants mouvements de personnes et des capacités limitées dans certaines structures de santé. À ces difficultés s’ajoutent les problèmes de confiance et d’adhésion de certaines communautés aux interventions sanitaires, susceptibles de compliquer la surveillance épidémiologique, le suivi des contacts, l’identification rapide des cas et la prise en charge des personnes infectées.
Clément MUAMBA