La situation en République démocratique du Congo figure parmi les préoccupations majeures soulevées au Conseil de sécurité des Nations Unies lors d’une session consacrée à la situation des enfants dans les conflits armés. La France a réaffirmé son engagement en faveur de la protection de l’enfance, tout en mettant en avant les mécanismes de suivi des violations graves commises contre les enfants, notamment en RDC, confrontée à l’activisme des groupes armés locaux et étrangers, ainsi qu’à l’aggravation de la crise sécuritaire dans l’Est du pays avec la rébellion de l’AFC/M23, qui contrôle de vastes zones des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Prenant la parole devant le Conseil de sécurité, le représentant permanent de la France auprès des Nations Unies, Jérôme Bonnafont, a rappelé que le dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU présente une situation alarmante à l’échelle mondiale. Selon le diplomate français, ce rapport établit "une réalité difficile à entendre mais fondée sur les faits" : l’ampleur des violations graves commises contre les enfants est sans précédent. Il a également souligné que, pour la première fois, les forces gouvernementales sont responsables de la majorité des violations recensées à l’encontre des enfants.
La RDC au cœur du dispositif de protection de l’enfance
La France a également mis l’accent sur l’importance du Mécanisme de suivi et de communication de l’information (MRM), un outil essentiel pour recenser et documenter les violations graves commises contre les enfants dans les contextes de conflit. Jérôme Bonnafont a rappelé que Paris appuie ce dispositif à travers le financement de sa mise en œuvre par l’UNICEF, notamment en République démocratique du Congo, où les enfants restent fortement exposés aux violences liées aux groupes armés.
"Le Mécanisme de suivi et de communication de l’information (MRM) est au cœur du mandat. Il recense avec impartialité et rigueur les cas d’atteinte aux droits des enfants en situation de conflits armés. La France le soutient, par exemple en finançant sa mise en œuvre par l’UNICEF, en particulier en République démocratique du Congo. Là où elles existent, les opérations de maintien de la paix sont essentielles pour la collecte de données fiables et objectives. La France attache donc la plus haute importance à ce que, en ces temps de contraintes budgétaires, la composante « protection de l’enfance » de ces opérations soit préservée dans leur conception et dans leur mandat. Cette méthode rigoureuse permet d’établir des réalités qui ne sont pas des partis pris politiques mais sont bien fondées sur des faits", a fait savoir mercredi 24 juin 2026 le représentant de la France à l'ONU.
Dans l’Est de la RDC, les enfants continuent de payer un lourd tribut aux violences liées aux groupes armés. Les violations recensées comprennent notamment le recrutement et l’utilisation d’enfants, les meurtres, les violences sexuelles, les enlèvements, les attaques contre les écoles et les structures sanitaires, ainsi que les restrictions d’accès à l’aide humanitaire.
Au-delà de la RDC, le représentant français a également évoqué d’autres situations préoccupantes, notamment en Ukraine, confrontée à la guerre avec la Russie, en Palestine et en Haïti, où la situation des enfants demeure également alarmante.
Appel à des sanctions contre les auteurs des violations
Face à cette situation, Paris appelle à une réponse internationale plus ferme.
"Sur la base de ces constants irréfutables, le Conseil doit agir de manière résolue", a déclaré le diplomate français, plaidant notamment pour des sanctions contre "les groupes et forces armés auteurs de ces violations".
La France demande également aux parties aux conflits de respecter strictement le droit international humanitaire, particulièrement lorsqu’il s’agit des enfants, qui bénéficient d’une protection spéciale en vertu des Conventions de Genève et de leurs Protocoles additionnels.
Une situation qui s’aggrave dans l’Est de la RDC
La situation humanitaire des enfants congolais s’est encore détériorée avec la reprise des violences dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, marquées par l’activisme de groupes armés, dont la rébellion de l’AFC/M23.
Des milliers d’enfants sont exposés aux déplacements forcés, à la déscolarisation et aux risques de violences graves dans plusieurs zones affectées par les combats.
La France insiste sur la nécessité d’une mobilisation collective afin d’éviter que les enfants deviennent une génération sacrifiée par les conflits.
"La protection de l’enfance est la responsabilité de tous les États", a rappelé Jérôme Bonnafont, appelant à davantage d’engagements internationaux pour garantir la sécurité et l’avenir des enfants touchés par les guerres.
La protection des enfants, une priorité internationale
À l’approche des trente ans du mandat " enfants et conflits armés ", Paris estime que la lutte contre les violations visant les enfants doit rester fondée sur les faits et sur des mécanismes indépendants.
" La protection des enfants dans les conflits armés est une question trop grave pour se prêter aux approximations ou accusations de parti-pris. La France soutient pleinement le mandat « enfants et conflits armés » dans sa mission d’établissement des faits et agit comme membre du Conseil pour mettre fin aux violations. Elle invite l’ensemble des Etats à la responsabilité. Peu de réalités sont aussi troublantes que celle dont nous traitons aujourd’hui, tant les violations contre les enfants choquent la conscience humaine. En ce 80ème anniversaire de la Charte, la mobilisation du Conseil contre cette pratique est prioritaire", a-t-il insisté dans son intervention.
Les effets du conflit sur les enfants en République démocratique du Congo se manifestent principalement à travers six violations graves, à savoir : le recrutement et l'utilisation d'enfants, les meurtres et les atteintes à leur intégrité physique, les viols et autres formes de violences sexuelles commis à leur encontre, les attaques contre les établissements scolaires, les hôpitaux ainsi que les personnes protégées qui leur sont liées, les enlèvements d'enfants et le refus de l'accès à l'aide humanitaire.
Si la situation était déjà préoccupante, elle s'est davantage détériorée avec la résurgence de la rébellion de l'AFC/M23, appuyée par le Rwanda, qui occupe actuellement de vastes portions des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en dépit des initiatives diplomatiques menées par les États-Unis d'Amérique, le Qatar et l'Union africaine.
Clément MUAMBA