Un groupe de sénateurs américains initie et présente une loi sur Ebola visant à exiger la reprise et le renforcement de la coopération USA-OMS face à l’épidémie 

Photo d'illustration
L'enterrement d'un patient atteint d'Ebola

Les sénateurs américains Jeanne Shaheen (D-NH), membre de rang du Comité des affaires étrangères du Sénat, Cory Booker (D-NJ), Chris Van Hollen (D-MD), Tim Kaine (D-VA), John Hickenlooper (D-CO), Amy Klobuchar (D-MN), Jacky Rosen (D-NV), Chris Coons (D-DE), Alex Padilla (D-CA), Chris Murphy (D-CT), Tammy Baldwin (D-WI) et Jeff Merkley (D-OR) ont présenté, jeudi 25 juin 2026, la loi sur la barrière épidémique et le leadership en cas d’épidémie, ou loi EBOLA, qui exige que le président Trump réintègre l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et collabore immédiatement avec elle afin de répondre à l’épidémie d’Ebola.

Baptisée « Epidemic Barrier and Outbreak Leadership Act » (loi EBOLA), cette initiative intervient alors que l’épidémie d’Ebola en Afrique centrale et orientale dépasse les 1 000 cas confirmés, à peine deux mois après sa détection, ce qui en ferait la plus importante épidémie d’Ebola de l’histoire. Aux effets dévastateurs de cette maladie mortelle s’ajoute un conflit actif entre la République démocratique du Congo et le Mouvement du 23 Mars (M23), soutenu par le Rwanda, qui entrave l’accès humanitaire aux zones touchées.

Le retrait du président Trump de l’OMS, combiné à la réduction drastique de l’aide étrangère américaine, a considérablement limité la capacité des États-Unis à coordonner leurs efforts avec leurs partenaires internationaux pour lutter contre l’épidémie. L’OMS et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies coordonnent la riposte mondiale. Parallèlement, le gaspillage des deniers publics par l’administration Trump se poursuit : selon ses propres estimations, la facture pour « clôturer » les programmes d’aide étrangère de l’USAID s’élèverait à environ 19 milliards de dollars.

"Alors que le monde est confronté à la pire épidémie d'Ebola de l'histoire, l'administration Trump refuse toujours de collaborer avec l'OMS, qui pilote la riposte mondiale. Le retrait de l'administration Trump de l'OMS l'an dernier, les coupes budgétaires dans les programmes d'aide étrangère et le gel des fonds destinés à des organisations essentielles pour la vaccination comme Gavi ont aggravé la crise et rendu les Américains plus vulnérables. J'exhorte le Sénat à adopter rapidement ce texte et à veiller à ce que le gouvernement des États-Unis coopère pleinement avec l'OMS afin de réduire la transmission et d'empêcher qu'Ebola n'atteigne à nouveau le sol américain", a déclaré dans un communiqué la sénatrice Shaheen, membre de la Chambre des représentants.

Plus précisément, souligne le document, cette loi aura pour effet : • d’obliger le président à réintégrer l’OMS au plus tard 30 jours après la date de promulgation de la loi. Elle exige également que les États-Unis collaborent immédiatement avec l’OMS pour répondre à l’épidémie de maladie à virus Ebola en Afrique centrale et orientale.

• d’autoriser les crédits nécessaires à la mise en œuvre de la loi, y compris les cotisations des membres de l’OMS ainsi que les contributions volontaires ou le soutien programmatique visant à prévenir la propagation mondiale de la maladie à virus Ebola.

Parallèlement à cette initiative, la sénatrice Shaheen, chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer (D-NY), et les sénateurs Cory Booker (D-NJ), Chris Van Hollen (D-MD), Tim Kaine (D-VA), Raphael Warnock (D-GA), Amy Klobuchar (D-MN), Jacky Rosen (D-NV), Tammy Duckworth (D-IL), Brian Schatz, Chris Coons (D-DE), Alex Padilla (D-CA), Tammy Baldwin (D-WI) et Angela Alsobrooks (D-MD) ont également envoyé une lettre exhortant le secrétaire d'État Rubio à permettre au département d'État, au Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) et à d'autres agences compétentes de travailler avec l'OMS pour répondre immédiatement à l'épidémie d'Ebola.

"Nous écrivons avec inquiétude face à l’épidémie incontrôlée d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda. Un mois seulement après que les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies ont déclaré l’épidémie d’Ebola, on dénombre déjà plus de 1 000 cas suspects et confirmés du virus et des centaines de décès présumés. À titre de comparaison, lors de l’épidémie d’Ebola de 2014 en Afrique de l’Ouest, on ne comptait que 40 cas suspects au moment où la riposte internationale a été lancée", ont écrit les sénateurs. 

Pour ces sénateurs, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) demeure l’organisme le mieux placé pour surveiller l’épidémie et mettre en place une réponse internationale efficace. 

"Nous vous exhortons à soutenir une dérogation générale qui permettrait au Département d’État, aux Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) et aux autres agences compétentes de collaborer avec l’OMS afin de lutter contre l’épidémie d’Ebola. Une épidémie de cette ampleur exige une coordination constante et prévisible avec toutes les agences impliquées dans la riposte mondiale", ont-ils fait savoir dans leur lettre.

Et d'ajouter :

"Une dérogation permettrait à tous les ministères concernés de commencer immédiatement à fournir des ressources à l’OMS et à collaborer avec elle afin de coordonner notre riposte et de partager toutes les ressources et informations pertinentes relatives à Ebola".

Cette démarche intervient dans un contexte où les États-Unis ont officiellement quitté l’Organisation mondiale de la santé (OMS) jeudi 22 janvier 2026. Le président Donald Trump avait signé un décret en ce sens dès son entrée en fonction à la Maison-Blanche. Après un an de préavis légal, ce retrait est donc devenu effectif.

En réaction, l’OMS, qui avait pris acte de cette décision, a reconnu que les États-Unis ont longtemps joué un rôle important dans ses actions, notamment dans l’éradication de la variole et la lutte contre plusieurs maladies mondiales. L’OMS regrette toutefois ce retrait, estimant qu’il affaiblit la sécurité sanitaire mondiale. Elle conteste également les accusations américaines selon lesquelles elle aurait mal géré la pandémie de COVID-19, affirmant avoir agi rapidement, partagé les informations disponibles et conseillé les pays sur la base des données scientifiques disponibles.

Dans leurs déclarations, les États-Unis d’Amérique ont cité parmi les raisons de leur décision « les échecs de l’OMS pendant la pandémie de COVID-19 », notamment « l’entrave à la communication précise et en temps voulu d’informations essentielles » ainsi que le fait que l’OMS « aurait dissimulé ces échecs ». Bien qu’aucune organisation ni aucun gouvernement n’ait été totalement irréprochable, l’OMS a défendu son action face à cette crise sanitaire mondiale sans précédent.

Tout au long de la pandémie, l’OMS affirme avoir agi rapidement, communiqué au monde les informations dont elle disposait et fourni des recommandations aux États membres en se fondant sur les meilleures données disponibles. Elle a recommandé le port du masque, la vaccination et la distanciation physique, mais n’a jamais imposé ces mesures ni recommandé directement leur obligation. L’organisation a soutenu les gouvernements souverains afin qu’ils prennent les décisions qu’ils jugeaient nécessaires dans l’intérêt de leurs populations, ces décisions relevant de leur responsabilité.

Clément MUAMBA