RDC : la VSV alerte sur la fragilisation de l’unité nationale et exhorte Félix Tshisekedi à agir pour décrisper le climat politique

Félix Tshisekedi
Félix Tshisekedi

La Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV), organisation de défense des droits de l’homme, exprime son inquiétude face à la montée des tensions politiques en République démocratique du Congo, sur fond de débat autour de la révision ou du changement de la Constitution. Dans une déclaration rendue publique  jeudi 25 juin 2025, cette organisation appelle le président de la République, Félix Tshisekedi, à intervenir afin d’apaiser le climat politique et de prévenir d’éventuelles violations des droits humains.

Selon la Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV), la situation actuelle intervient dans un contexte particulièrement sensible, marqué par l’agression rwandaise et l’occupation de plusieurs zones de l’Est du pays, notamment les villes de Goma et de Bukavu, chefs-lieux respectifs du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’Est de la RDC. 

La VSV estime que l’unité nationale, souvent évoquée dans les discours officiels, est aujourd’hui mise à rude épreuve par des divisions visibles au sein de la société congolaise.

"Ce climat politique très tendu a malheureusement lieu dans un contexte d’agression et d’occupation des villes de Goma et de Bukavu ainsi que de plusieurs territoires de ces deux provinces, fragilisant davantage la cohésion nationale dont les Congolais et les autorités ont grandement besoin en ce moment précis. L’unité nationale tant vantée et soutenue par tout le monde est devenue un simple slogan au regard des fractures réelles et très visibles entre les diverses couches des populations congolaises", déplore la VSV

Crainte d’un retour aux tensions de 2015-2016

La VSV établit un parallélisme avec la période précédant la fin du mandat de l’ancien président Joseph Kabila, marquée selon elle par de fortes tensions politiques et des violations des droits humains. Elle rappelle que des violences avaient été enregistrées en 2015, notamment contre des militants pro-démocratie et d’autres citoyens.

"Le soutien à la révision ou au changement de la Constitution serait le réel prétexte d’une bombe à retardement prête à exploser à tout moment. Des violations massives et graves des droits humains ont été perpétrées en 2015 dont les meurtres des activistes pro-démocratie et d’autres citoyens congolais", souligne la VSV dans sa déclaration.

Appel à préserver l’espace civique

L’organisation reconnaît toutefois certaines avancées enregistrées depuis l’alternance politique intervenue en 2019 avec l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi. Tout en saluant des réalisations dans plusieurs secteurs, notamment les infrastructures et certaines améliorations sociales, la VSV estime que beaucoup reste à faire, particulièrement en ce qui concerne les conditions de vie des populations. Elle dénonce également une montée de l’intolérance politique et une restriction progressive de l’espace civique.

"L’alternance politique qui a suivi a été saluée par tout le monde avec l’avènement au pouvoir du président Félix Tshisekedi, dont le mandat avait démarré sur une belle note d’espoir en matière de respect des droits humains.  L’intolérance politique a atteint son paroxysme et l’espace civique est de plus en plus menacé. Cette intolérance contraint même des acteurs de la société civile à s’autocensurer par crainte d’être ciblés", affirme la VSV.

L’organisation pointe également du doigt des personnes se réclamant de la "Force du progrès" qu’elle accuse de se livrer à des comportements portant atteinte aux droits humains, sans intervention suffisante des autorités.

"Des personnes se faisant passer pour des membres de la Force du progrès dite alliée de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social s'illustrent ces derniers temps par des comportements répréhensibles émaillés des atteintes graves aux droits de l'Homme sans que les forces de l'ordre ne les interpellent. Des informations faisant état des opposants politiques et des religieux se sentant menacés par des individus se passant pour des membres de la force dite du progrès ne peuvent laisser indifférentes les défenseurs des droits de I'Homme", a-t-elle dénoncé dans la déclaration.

Et de poursuivre :

"Pour la VSV, si rien n'est fait pour décrisper le climat politique et pour arrêter une intolérance politique qui a atteint le paroxysme et ciblant principalement les voix critiques qui ne sont pas nécessairement des voix des personnes s'opposant au régime au pouvoir, des risques et craintes des violations massives et graves des droits de l'Homme dans le futur ne seraient pas à écarter. Pour la VSV, il est plus que temps que les autorités lancent des messages d'apaisement et interpellent leurs partisans à mettre fin aux discours et déclarations qui divisent les congolais et de multiplier plutôt des messages qui favorisent l'unité nationale".

La VSV interpelle le chef de l’État

Face à cette situation, la VSV demande aux autorités congolaises de privilégier l’apaisement et de lutter contre les discours de division. Pour cette organisation, le président Félix Tshisekedi a un rôle central à jouer dans la décrispation du climat politique.

La VSV estime également que le pouvoir de Kinshasa devrait éviter de se laisser induire en erreur par de nombreux flatteurs qui, selon elle, agissent dans le but d’obtenir ou de préserver des dividendes politiques ou financiers, notamment des nominations à des postes de responsabilité ou le maintien dans leurs fonctions actuelles, jugées avantageuses.

"La VSV croit que seul le Président de la République peut contribuer à la décrispation du climat politique très tendu pour apaiser la tension politique. Il est crucial que les congolais restent unis et cela doit passer par la retenue à observer par tous les opérateurs politiques, toutes tendances confondues pour que la RDCongo ne bascule dans le chaos. En effet, aucune appartenance tribalo-ethnique ne vaut plus que l'unité et la cohésion nationales surtout en ce moment précis de contexte d'agression et d'occupation de certaines parties de la RDCongo avec le soutien du Rwanda. Les opérateurs politiques doivent éviter que des sanctions au niveau international ayant frappé certaines personnalités du régime passé ne les rattrapent un jour pour entraves au développement démocratique et au respect des droits humains et des libertés fondamentales", plaide la VSV.

En République démocratique du Congo, le débat autour de la réforme constitutionnelle a donné naissance à deux dynamiques au sein de l'environnement sociopolitique congolais : d'une part, la création de la Coalition Article 64 pour la Défense de l'Ordre Constitutionnel (C64) et, d'autre part, celle de la Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution (C4). Chaque camp affirme bénéficier du soutien de la population afin de concrétiser les objectifs poursuivis par son organisation.

Cette polarisation de l'environnement sociopolitique s'ajoute à une crise sécuritaire persistante dans l'Est de la RDC, marquée par l'activisme des groupes armés locaux et étrangers ainsi que par l'agression rwandaise à travers la rébellion de l'AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Cette situation perdure malgré les initiatives diplomatiques menées à Washington et à Doha, avec l'appui de l'Union africaine, sans qu'un dialogue national inclusif n'ait été convoqué à ce jour.

Clément MUAMBA