L’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa, l’ANRS Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE)/Inserm et l’ONG ALIMA, ainsi que leurs partenaires, lancent EBO-PEP, le premier essai clinique évaluant l’efficacité de la prophylaxie post-exposition (PPE) par l’antiviral obeldesivir contre l’épidémie actuelle du virus Ebola de Bundibugyo. L’essai a débuté ce 14 juillet dans les deux pays, d’après le communiqué de l’ONG ALIMA.
Selon le même document, l’essai clinique EBO-PEP, en préparation depuis 2024, vise à évaluer l’efficacité de différents médicaments utilisés en prophylaxie post-exposition (PPE) chez les personnes ayant été en contact à haut risque avec une filovirose, une famille de virus comprenant notamment le virus Bundibugyo, dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne (RDC, Ouganda, Guinée, Libéria et Sierra Leone). Sa première phase, ou « sous-protocole », est consacrée à l’évaluation de l’obeldesivir en PPE contre le virus Bundibugyo en RDC et en Ouganda.
Le communiqué précise que le recrutement des participants à ce premier essai clinique débute le 14 juillet 2026 dans la province de l’Ituri, en RDC, épicentre de l’épidémie, avec le soutien sur le terrain des organisations humanitaires ALIMA (Alliance pour l’action médicale internationale) et Médecins Sans Frontières. Les premiers participants sont recrutés dans les centres de prophylaxie post-exposition (PPE) installés à proximité des centres de traitement Ebola gérés par ALIMA à Bunia et Rwampara.
Cette phase de recrutement, qui vise à inclure près de 1 000 participants, se poursuivra en fonction de l’évolution de l’épidémie. Les participants, adultes ou enfants âgés de plus de 12 ans, doivent avoir été en contact direct avec un cas confirmé (une personne malade excrétant le virus, un cadavre ou à la suite d'une piqûre accidentelle avec une seringue contaminée) au cours des cinq jours précédents et ne présenter aucun signe ni symptôme de la maladie. Chaque participant sera suivi quotidiennement pendant 21 jours, avec une visite finale au 42e jour.
D’après le même document, un second sous-protocole est également prévu afin d’administrer, à titre compassionnel, un autre antiviral, le remdesivir, aux enfants de moins de 12 ans ainsi qu’aux femmes enceintes ou allaitantes ayant été en contact à haut risque. Les données actuellement disponibles sur l’obeldesivir dans ces populations étant insuffisantes, son utilisation n’y est pas autorisée.
« La prévention est essentielle pour enrayer cette épidémie et protéger les personnes les plus exposées au risque d’infection. Si elle s’avère concluante, l’étude EBO-PEP pourrait faire de la prophylaxie post-exposition une approche révolutionnaire pour prévenir la maladie à virus Ebola chez les personnes ayant été exposées au virus. Conjuguée à une forte mobilisation communautaire et à un traçage efficace des contacts, elle pourrait constituer un nouveau moyen important de sauver des vies et de contribuer à maîtriser les épidémies », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.
Selon le Dr Jean Kaseya, directeur général du CDC Afrique, le programme EBO-PEP offre une occasion cruciale d’agir avant que l’exposition ne se transforme en maladie.
« Une exposition au virus Ebola est une source d’angoisse pour un professionnel de santé, sa famille et toute la communauté. Le programme EBO-PEP nous offre une occasion cruciale d’agir avant que l’exposition ne se transforme en maladie. Le CDC Afrique a promis un million de dollars américains pour cet essai. L’engagement supplémentaire de cinq millions de dollars américains pris par la RDC et l’Afrique du Sud lors de la réunion du 2 juillet à Kinshasa entre le président Félix Tshisekedi et le président Cyril Ramaphosa, champion de l’Union africaine pour la prévention, la préparation et la riposte aux pandémies, témoigne de la capacité du leadership politique africain à agir. Nos scientifiques soutiennent la coordination de l’étude et les équipes de terrain à Bunia. Nous appelons maintenant nos partenaires à combler le déficit de financement restant et à se préparer à un accès rapide et équitable si l’obeldesivir s’avère sûr et efficace. Les personnes les plus exposées doivent être parmi les premières à en bénéficier ", a déclaré le Dr Jean Kaseya.
De son côté, le professeur Placide Mbala, virologue à l’INRB et co-investigateur principal de l’essai, explique : « Le projet EBO-PEP est né d’observations que Marie Jaspard et moi avons faites sur le terrain, où nous avons constaté que certains traitements utilisés pour soigner les patients atteints d’une maladie à filovirus pourraient peut-être être administrés aux personnes exposées, notamment les membres de la famille et le personnel de santé en contact avec des personnes infectées, afin de prévenir le développement de la maladie. »
L’ONG ALIMA assure la coordination générale de l’essai EBO-PEP, en collaboration avec de nombreux partenaires nationaux et internationaux. Les investigateurs principaux sont la professeure Pauline Byakika-Kibwika, de l’Université des sciences et technologies de Mbarara (MUST) en Ouganda, la Dre Marie Jaspard, de l’hôpital Saint-Antoine/Inserm en France, et le professeur Placide Mbala, de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) en République démocratique du Congo. L’essai est mené conjointement par l’INRB et l’ANRS Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE), organisme autonome de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
Le partenariat mondial Santé EDCTP3, soutenu par la Commission européenne, a accordé un financement initial de 3,4 millions d’euros à l’étude EBO-PEP. Le CDC Afrique s’est engagé à verser un million de dollars de financement direct à l’essai. Son plaidoyer a également permis de mobiliser deux millions de dollars supplémentaires de l’Afrique du Sud et trois millions de dollars de la RDC lors de la réunion de haut niveau tenue à Kinshasa le 2 juillet 2026 entre les présidents Félix Tshisekedi et Cyril Ramaphosa, champion de l’Union africaine pour la prévention, la préparation et la riposte aux pandémies.
Le CDC Afrique contribue également à la coordination scientifique de l’étude par l’intermédiaire du Dr Mosoka P. Fallah, qui travaille aux côtés du professeur Placide Mbala, co-investigateur principal. Il apporte par ailleurs un appui technique direct à l’équipe de terrain à Bunia, notamment pour les simulations d’essais cliniques et l’identification des contacts à haut risque.
Le 17 mai 2026, soit deux jours après la déclaration officielle de l’épidémie, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré que l’épidémie actuelle de maladie à virus Ebola, causée par le virus Bundibugyo en République démocratique du Congo et en Ouganda, constituait une « urgence de santé publique de portée internationale ».
Clément MUAMBA