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Minerais critiques : à l'ONU, la RDC dénonce l'inaction face à l'armée rwandaise et insiste sur une gouvernance au service de la paix et du développement 

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Riche en minerais stratégiques parmi les plus recherchés au monde, la République démocratique du Congo a participé, mardi 14 juillet, à New York, aux États-Unis, à la réunion de haut niveau des Nations unies consacrée aux minéraux critiques pour la transition énergétique. Cette initiative du Secrétaire général de l'ONU a réuni les États membres autour des enjeux liés à la gouvernance des minerais indispensables à la transition énergétique mondiale.

La délégation congolaise était conduite par Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d'État, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et des Congolais de la Diaspora, accompagnée des membres de la Mission permanente de la République Démocratique du Congo auprès des Nations unies.

Dans son intervention, la cheffe de la diplomatie congolaise a rappelé que, pour la RDC, la question des minerais critiques dépasse largement le cadre économique. Illustrant son propos par la situation dans l'est du pays, elle a cité le cas de Rubaya, important bassin minier de coltan.

« Pour des pays comme le mien, il ne s'agit plus seulement d'une question de développement. L'exploitation illicite affaiblit l'autorité de l'État, érode la souveraineté et peut s'accompagner d'une violation de l'intégrité territoriale. Le cas de Rubaya est frappant. Ses mines représentent environ 15 % de la demande mondiale de tantale. Selon le Groupe d'experts des Nations unies, au moins 1 400 tonnes de coltan ont été introduites clandestinement au Rwanda au cours de la première année suivant leur saisie par le M23, groupe armé soutenu par le Rwanda, générant environ 800 000 dollars américains par mois pour ce groupe », a rappelé la cheffe de la diplomatie congolaise.

La ministre d'État a également dénoncé l'absence de sanctions onusiennes contre les Forces de défense rwandaises, malgré les éléments documentés par les experts des Nations unies.

« Pourtant, malgré ces preuves accablantes, les Forces de défense rwandaises ne sont toujours pas soumises aux sanctions des Nations unies. Cela révèle à la fois une application insuffisante des outils existants et une lacune plus large dans l'architecture internationale qui, trop souvent encore, cantonne la gouvernance des ressources naturelles à la sphère du développement, même lorsque l'exploitation illicite alimente les conflits armés, érode la souveraineté et viole l'intégrité territoriale »,  a dénoncé Thérèse Kayikwamba Wagner.

À cette occasion, la RDC a réaffirmé son engagement, dans le cadre de sa présidence du Conseil de sécurité des Nations unies, à promouvoir une approche établissant un lien direct entre la gouvernance des ressources naturelles, la prévention des conflits et la consolidation de la paix.

« C'est pourquoi la République démocratique du Congo plaide, durant sa présidence du Conseil de sécurité, en faveur d'un cadre plus cohérent liant les ressources naturelles à la prévention des conflits, à la paix et à la sécurité internationales, ainsi qu'à la prospérité partagée. Nous saluons les principes directeurs et les recommandations concrètes du Secrétaire général, mais ces principes n'auront d'importance que s'ils se traduisent par des changements mesurables sur le terrain », a fait remarquer la cheffe de la diplomatie congolaise.

Au nom de la RDC, Thérèse Kayikwamba Wagner a également insisté sur la nécessité de bâtir des partenariats plus équilibrés avec les pays producteurs de minerais critiques. Elle a plaidé pour une responsabilité partagée de tous les acteurs intervenant dans la chaîne de valeur des minerais.

« Les partenariats doivent aller au-delà de la simple garantie d'accès aux matières premières. Ils doivent soutenir la valorisation locale et régionale, les infrastructures, le transfert de technologies, la recherche, le développement des compétences, l'industrialisation ainsi que l'accès au financement et aux marchés. La responsabilité doit s'étendre à l'ensemble de la chaîne de valeur. Elle ne saurait s'arrêter aux portes de la mine. Producteurs, négociants, transformateurs, institutions financières, fabricants et pays consommateurs doivent tous être responsables »,  a indiqué Thérèse Kayikwamba Wagner.

Abordant la question de la traçabilité, la ministre d'État a estimé que celle-ci devait permettre de lutter efficacement contre la fraude et le financement des groupes armés, sans pénaliser les exploitants artisanaux légitimes.

« La traçabilité doit lutter contre la fraude, la contrebande et le financement des conflits sans exclure les producteurs artisanaux légitimes, sans créer de nouveaux obstacles à l'accès au marché ni faire peser l'entière responsabilité de la conformité sur les pays producteurs. Ce programme se situe au carrefour des Objectifs de développement durable : énergie propre, travail décent, industrialisation, production responsable, action climatique, institutions fortes et partenariats internationaux », a fait savoir Thérèse Kayikwamba Wagner.

Poursuivant son intervention, la cheffe de la diplomatie congolaise a souligné que la réussite de la transition énergétique mondiale devra être évaluée non seulement à l'aune des performances industrielles, mais également à son impact sur les populations des pays producteurs.

« Les progrès vers un objectif ne doivent jamais se faire au détriment d'un autre. En fin de compte, le succès de la transition énergétique ne se mesurera pas uniquement au nombre de batteries, de véhicules électriques ou d'éoliennes produits. Il se mesurera aussi à la question de savoir si les pays, les travailleurs et les communautés dont les ressources rendent cette transition possible sont plus sûrs, plus souverains et plus prospères grâce à elle », a insisté Thérèse Kayikwamba Wagner.

Ces initiatives interviennent dans un contexte marqué par le partenariat stratégique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis autour des minerais critiques, mais également par l'accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali. Cet accord prévoit notamment des mesures de désescalade, le retrait progressif des forces rwandaises du territoire congolais ainsi que la neutralisation des groupes armés opérant dans l'est de la RDC, notamment les FDLR, que Kigali considère comme une menace pour sa sécurité. Malgré ce cadre diplomatique, largement salué lors de sa signature, la situation sécuritaire demeure extrêmement fragile. Sur le terrain, le processus de Doha, conduit sous l'égide de l'État du Qatar pour faciliter le dialogue entre Kinshasa et la rébellion de l'AFC/M23, reste également dans l'impasse.

Les rebelles de l'AFC/M23, que Kinshasa, les Nations unies et plusieurs partenaires internationaux accusent d'être soutenus par le Rwanda, continuent de contrôler les villes de Goma et de Bukavu, ainsi que plusieurs autres localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les affrontements se poursuivent dans différentes zones, tandis que les efforts diplomatiques peinent à produire des résultats durables. Cette situation relance, une fois de plus, le débat sur le décalage persistant entre les avancées diplomatiques annoncées et la réalité observée sur le terrain

Clément MUAMBA