Ebola en RDC : deux mois après la déclaration de l'épidémie, MSF appelle à un renforcement urgent de la réponse médicale internationale en Ituri 

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Deux mois après, soit du 15 mai au 15 juillet 2026, depuis que la République démocratique du Congo a officiellement déclaré l'épidémie de maladie à virus Ebola, qui totalise désormais près de 2 000 cas confirmés et plus de 700 décès, Médecins Sans Frontières (MSF) appelle à un renforcement urgent de la réponse médicale. Selon l'organisation, l'épidémie continue de se propager à un rythme sans précédent et gagne de nouvelles zones, tandis que les efforts déployés pour la maîtriser demeurent insuffisants.

En seulement deux mois, MSF révèle que l'épidémie actuelle de maladie à virus Ebola, causée par le virus Bundibugyo, est devenue la troisième plus importante épidémie d'Ebola jamais enregistrée et celle qui connaît la progression la plus rapide. En moins de cinq semaines, précise l'organisation, le nombre de cas confirmés a triplé, passant de 650 à près de 2 000 au 12 juillet, tandis que le nombre de décès a été multiplié par plus de cinq, passant de 130 à plus de 700. Selon MSF, l'épidémie a déjà dépassé la moitié du nombre de cas recensés lors de l'épidémie d'Ebola de 2018-2020 en RDC, qui avait duré près de deux ans.

« Chaque retard coûte des vies. Nous continuons à courir après l'épidémie au lieu de garder une longueur d'avance sur elle. De plus en plus de personnes sont infectées, de plus en plus de familles perdent des proches, et la situation devient de plus en plus difficile à maîtriser. Nous avons besoin d'une action internationale plus forte et mieux coordonnée pour agir plus rapidement et améliorer l'accès tant aux soins liés à Ebola qu'aux autres services de santé essentiels », déclare Trish Newport, responsable du programme d'urgence de MSF.

Pour l'organisation, la situation est particulièrement alarmante, car l'épidémie continue de s'étendre géographiquement. L'accès limité aux soins médicaux, un système de surveillance débordé et une pression croissante sur les centres de traitement font que des communautés entières, situées en dehors des grandes zones urbaines, restent privées d'un soutien adéquat.

MSF appelle ainsi les autorités sanitaires et les acteurs humanitaires à renforcer rapidement les moyens mobilisés dans tous les domaines de la lutte contre Ebola, notamment la mobilisation communautaire, la surveillance, le dépistage et le diagnostic, la prise en charge des patients, l'accompagnement des survivants, ainsi que la gestion des dépouilles et des enterrements dans le respect de la sécurité et de la dignité, tout en veillant à ce que les autres besoins sanitaires urgents soient également pris en compte. Selon l'organisation, la province de l'Ituri, épicentre de l'épidémie, concentre environ 90 % de l'ensemble des cas confirmés.

« À Mongbwalu, nous constatons chaque jour les conséquences mortelles de ces lacunes sur la population. Au centre de traitement d'Ebola, nous continuons à voir arriver des patients dans un état critique, avec peu de chances de survie. Depuis que MSF a lancé ses interventions contre Ebola, nous avons soigné 57 survivants, mais plus de 110 patients sont décédés. Un renforcement des ressources nationales et internationales contribuerait à prévenir la poursuite de la transmission et de nouvelles pertes humaines », a expliqué Ayokunnu Raji, médecin et responsable des programmes médicaux de MSF.

À son tour, Sylvie Kaczmarczyk, coordinatrice des urgences de MSF à Bunia, a ajouté :

« À Bunia, le centre de traitement d'Ebola d'Elikiya, doté de 90 lits, fonctionne presque toujours à pleine capacité. Les gens nous disent régulièrement qu'ils préfèrent attendre chez eux et ne venir que lorsqu'un lit se libère. Par conséquent, nous continuons à accueillir des patients qui arrivent trop tard et qui sont déjà dans un état critique. Il est déchirant de savoir que bon nombre de ces décès auraient pu être évités grâce à un diagnostic plus précoce et à un accès rapide aux soins et aux traitements. »

Alors que d'autres organisations médicales travaillent aux côtés du ministère de la Santé dans l'est de la RDC, d'importantes lacunes subsistent. Selon MSF, le système de surveillance de la RDC est conçu pour détecter les cas à un stade précoce grâce à de solides réseaux communautaires et au système de santé local. Cependant, l'épidémie actuelle d'Ebola, combinée à de multiples autres urgences sanitaires, a poussé ce dispositif à ses limites.

Pour ralentir et, à terme, enrayer la propagation de l'épidémie, MSF rappelle qu'il est essentiel de rapprocher la réponse des communautés tout en renforçant l'intervention médicale et le système de surveillance afin que les cas puissent être identifiés et isolés le plus tôt possible.

« Les efforts visant à étendre le dépistage, la recherche des contacts et l'implication des communautés doivent également se poursuivre. Les restrictions de circulation, notamment la fermeture des frontières, les obligations d'autosurveillance ainsi que les mesures affectant le personnel humanitaire et médical mises en place par les autorités de la RDC et d'autres pays créent des difficultés supplémentaires pour le déploiement et la rotation du personnel spécialisé dans la lutte contre Ebola » précise MSF.

Cette épidémie de maladie à virus Ebola se déroule dans un contexte de conflit armé, de déplacements de populations et de multiples urgences sanitaires simultanées. L'insécurité continue de restreindre l'accès à certaines communautés, tandis que les équipes de MSF répondent simultanément à d'autres besoins médicaux urgents, notamment liés au choléra et au paludisme. L'approche de la saison des pluies devrait également entraîner une recrudescence des cas de paludisme, ce qui mettra davantage à rude épreuve un système de santé déjà débordé.

Pour MSF, il est essentiel d'accélérer les efforts visant à améliorer l'accès aux soins contre Ebola tout en garantissant la fourniture d'autres aides humanitaires de base, notamment en matière de santé, d'eau et d'assainissement.

« Nous ne pouvons pas continuer à faire face à l'épidémie avec les mêmes ressources limitées alors qu'elle continue de nous dépasser. Seule une réponse médicale solide, dotée de ressources suffisantes et reflétant véritablement l'ampleur des besoins sur le terrain, peut empêcher cette épidémie de se transformer en une crise que nous ne serons plus en mesure de contenir. Pour y parvenir, un soutien international accru est nécessaire de toute urgence » a déclaré Trish Newport.

Deux jours après la déclaration officielle de l'épidémie, le 17 mai 2026, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait déclaré que l'épidémie actuelle de maladie à virus Ebola, causée par le virus Bundibugyo en République démocratique du Congo et en Ouganda, constituait une « urgence de santé publique de portée internationale ». À ce jour, il n'existe malheureusement ni traitement spécifique ni vaccin homologué contre le virus Bundibugyo.

Parallèlement, l'Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa, l'ANRS Maladies infectieuses émergentes/Inserm et l'ONG ALIMA, avec leurs partenaires, viennent de lancer EBO-PEP, le premier essai clinique évaluant l'efficacité de la prophylaxie post-exposition (PPE) à l'aide de l'antiviral obeldesivir contre l'épidémie actuelle de maladie à virus Ebola de Bundibugyo. L'essai a débuté le 14 juillet 2026 en République démocratique du Congo et en Ouganda

Clément MUAMBA