« Le second et dernier mandat du Président de la République démocratique du Congo (RDC) prendra fin le 20 janvier 2029 ! » tel est l’intitulé de la déclaration du docteur Denis Mukwege, rendue publique ce lundi 18 mai 2026, au sujet du débat autour de la réforme constitutionnelle qui ne cesse de diviser la classe sociopolitique congolaise dans un contexte marqué par l’activisme des groupes armés et l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23 dans l’est du pays.
Dans cette missive, dont une copie est parvenue à la rédaction de ACTUALITE.CD, ce gynécologue de renom et militant des droits humains affirme qu’avec le lancement du débat autour d’une possible révision constitutionnelle visant à permettre à l’actuel chef de l’État de briguer un éventuel troisième mandat, les principes fondamentaux de la démocratie sont à nouveau en danger en RDC.
"Nous exhortons le régime en place à ne pas plonger la Nation dans le débat explosif sur la modification du contrat social, notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels. Comme l’énonce l’article 219 de la Constitution : « Aucune révision ne peut intervenir pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège » et d’après l’article 220 « le nombre et la durée des mandats du Président de la République ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle »", a déclaré le docteur Denis Mukwege.
Pour cet ancien candidat à l’élection présidentielle, les forces socio-politiques doivent œuvrer à une issue de crise juste et durable, et non accorder aux forces d’agression et de déstabilisation une opportunité de progresser vers la désintégration du pays.
Il a appelé au rejet de cette démarche, tout en réaffirmant la volonté commune de bâtir, au cœur de l’Afrique, un État de droit et une nation puissante et prospère, fondée sur une véritable démocratie politique, économique, sociale et culturelle. Il conclut en ces termes : « Touche pas à ma Constitution ! ».
"Nous lançons donc un appel aux forces vives du pays pour ne pas sacrifier la République et œuvrer sans relâche à une voie de sortie de crise juste et durable et non d’accorder aux forces d’agression et de déstabilisation une opportunité d’avancer vers la désintégration du pays. Les Congolaises et les Congolais doivent rejeter toute tentative de dérive autoritaire, ne pas cautionner les velléités expansionnistes et éviter toute division pour rester unis face à l’urgence de résoudre les défis existentiels auxquels la Nation doit répondre de concert", a-t-il fait savoir dans sa déclaration.
Alors que le pays traverse une crise multiforme et fait face à une menace existentielle à la suite de la dernière guerre d’agression et d’occupation dans l’Est de la RDC, a-t-il fait remarquer, la nation semble à la merci d’un homme, le Président de la République, et d’un regroupement de partis politiques, l’Union sacrée, qui chercheraient à s’accrocher au pouvoir en érigeant un système fondé sur le culte de la personnalité, au mépris du principe de l’alternance démocratique, après un bilan jugé désastreux en matière de gouvernance sécuritaire, économique et sociale.
Denis Mukwege dénonce les manœuvres du régime de Félix Tshisekedi, qui, selon lui, s’inscrivent dans une logique de non-organisation des élections prévues en décembre 2028. Il affirme que le pouvoir persiste toutefois dans l’idée d’organiser un référendum afin de se maintenir au-delà des délais constitutionnels.
"Comme l’énonce la Constitution, aucune fraction du peuple ni aucun individu ne peut s’attribuer la souveraineté nationale, qui appartient au peuple. Si certains spéculent déjà sur un probable report des élections prévues en 2028 et un nouveau « glissement » du calendrier électoral, en invoquant des raisons sécuritaires qui priveraient plus de 12 millions de citoyens du Nord et du Sud Kivu de leur participation au scrutin, les mêmes raisons empêcheraient l’organisation d’un référendum national permettant au souverain primaire de s’exprimer sur un changement de la Loi fondamentale", a dénoncé le Prix Nobel de la paix Dénis Mukwege.
Défiant toute cohérence, a-t-il dit, ceux qui dénoncent une « Constitution des étrangers » sont les premiers à brader les minerais stratégiques de la RDC aux puissances étrangères, en contrepartie d’une prétendue garantie de sécurité qui tarde à se concrétiser. Selon lui, ceux qui avaient battu le pavé à travers le pays il y a moins de dix ans pour s’opposer à la révision constitutionnelle, mettant ainsi en péril la vie de nombreux jeunes compatriotes, sont aujourd’hui les plus fervents défenseurs du changement de la même Constitution, pourtant verrouillée sur certains articles.
"Notre pays a un très sérieux problème, non pas de textes légaux inadaptés ou imposés de l’extérieur, mais plutôt de femmes et d’hommes capables de le gouverner efficacement en assurant à la population la paix, la justice, le travail et la dignité pour tous", a soutenu Dénis Mukwege dans sa déclaration.
Lors de sa récente sortie médiatique en marge de la célébration de la Journée de la liberté de la presse, le Président Félix Tshisekedi, président statutaire de l’UDPS, s’était montré ouvert à l’idée de briguer un troisième mandat ainsi qu’à une réforme de la Constitution. Selon lui, « si le peuple le veut », il serait prêt à briguer un troisième mandat. Le chef de l’État a également estimé que toute réflexion sur un changement ou une révision de la Constitution doit passer par une consultation populaire, c’est-à-dire un référendum.
Dans le même registre, Félix Tshisekedi a rappelé la position historique de son parti : « Je suis de l’UDPS. En 2006, l’UDPS avait dit que si elle arrivait au pouvoir, cette Constitution serait changée », a-t-il indiqué. Il avait toutefois posé des conditions au débat, affirmant : « Aucune question d’intérêt national ne saurait être caricaturée, confisquée ou interdite à la réflexion. Mais ces questions doivent être abordées avec sérieux, transparence et méthode. »
Clément MUAMBA