Fermeture de la frontière RDC–Rwanda : des impacts socio-économiques ressentis quelques jours après à Goma et Gisenyi

Poste frontalier "petite barrière" entre Rwanda et RDC
Poste frontalier "petite barrière" entre Rwanda et RDC

La fermeture temporaire des postes frontaliers entre la République démocratique du Congo et le Rwanda continue d’avoir un impact négatif sur les activités socio-économiques à Goma, dans la province du Nord-Kivu. Plusieurs voyageurs et commerçants éprouvent des difficultés à se rendre à Kampala et dans d’autres villes de la région. Le constat a été fait par ACTUALITÉ.CD ce mardi 19 mai 2026, trois jours après la fermeture officielle de la frontière entre les deux pays.

À la grande barrière dite la Corniche, située au quartier les Volcans, en plein centre-ville de Goma, l’accès au poste frontalier est désormais conditionné par le port obligatoire du masque. Cette mesure a été instaurée par les services sanitaires dans le cadre de la riposte contre la maladie à virus Ebola, signalée du côté congolais.

Des restrictions strictes ont été appliquées à la traversée. Les Congolais en provenance de Kampala rencontrent des difficultés pour entrer en RDC, tandis que les mouvements transfrontaliers entre la RDC et le Rwanda sont suspendus pour les citoyens des deux pays. Seuls quelques cas exceptionnels sont autorisés, notamment les élèves, écoliers et étudiants congolais vivant au Rwanda et étudiant en RDC, ainsi que certains voyageurs expatriés ou Congolais devant embarquer sur des vols internationaux au départ de Kigali, sous réserve de justification et d’un test négatif à Ebola effectué par les services sanitaires rwandais.

À la grande barrière, plusieurs voyageurs, majoritairement des commerçants en partance pour Kampala ou pour les villes de Beni, Butembo et Bunia via le Rwanda, sont restés bloqués depuis la matinée. Parmi eux figure Rachel Mwangilwa, vendeuse d’habits à Goma, dont les activités commerciales dépendent des échanges entre Goma et Kampala.

« Je devais voyager depuis dimanche pour Kampala. Malheureusement, à notre arrivée ici, nous avons été bloqués par les services de migration. On nous a simplement dit que nous étions empêchés de traverser parce qu’un cas d’Ebola venait d’être découvert à Goma. Nous ne comprenions pas en quoi cela nous concernait, nous qui voulions voyager. Nous avons tenté d’insister, mais il était impossible de nous laisser passer.

Mon commerce dépend beaucoup de Kampala et je crains que, si la situation perdure, certains produits deviennent rares sur le marché et que les prix de nombreuses marchandises augmentent. Aujourd’hui encore, je suis revenue pour tenter de voyager, mais je suis toujours bloquée ici, à la Grande Barrière. Que les autorités rwandaises trouvent une solution à ce problème, car plusieurs familles de Goma en dépendent et se demandent comment elles vont vivre avec cette crise que traverse la ville de Goma », s’interroge-t-elle.

À la petite barrière, la situation est similaire. Nadine Chiruza, vendeuse d’épices et mère de trois enfants, fait partie des petits commerçants qui s’approvisionnent en marchandises au Rwanda. La fermeture de la frontière compromet la continuité de ses activités commerciales, dans un contexte déjà marqué par l’insécurité à Goma.

« Je vends des épices et je me rends souvent au Rwanda, où j’ai l’habitude de me ravitailler. Grâce à ce petit commerce que je fais entre le Rwanda et Goma, j’arrive à nourrir ma famille et à scolariser mes enfants.

Depuis l’arrivée du M23 à Goma, mon mari a perdu son travail ; il était manutentionnaire à l’aéroport. Aujourd’hui, c’est moi qui travaille et, si je ne travaille pas, à la maison nous n’allons pas manger. Maintenant que l’on nous interdit d’aller au Rwanda, nous nous demandons comment nous allons nourrir nos enfants.

Ma vie dépend de ce trafic frontalier entre Goma et Gisenyi. Que les autorités cherchent réellement une solution à ce problème. Nous sommes prêts à respecter les mesures barrières, pour que nous puissions continuer ce commerce transfrontalier afin de subvenir aux besoins essentiels de nos familles », a-t-elle fait savoir.

Du côté rwandais, à Gisenyi, ville frontalière de Goma, les dispositifs sanitaires ont été renforcés aux postes-frontières, avec des contrôles systématiques, notamment la prise de température et la surveillance des flux de voyageurs.

Dans le district de Rubavu, les restrictions ont également des répercussions économiques sur les activités commerciales transfrontalières. Jean Damaseine Mugabo figure parmi les opérateurs économiques affectés par la suspension des échanges. Ces mesures interviennent après que l’Organisation mondiale de la santé a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale face à la propagation de la maladie à virus Ebola dans l’est de la RDC, où le premier cas a été confirmé à Goma.

Selon les autorités congolaises, environ 136 décès supposés liés à Ebola et plus de 540 cas suspects ont été enregistrés, principalement dans la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie. Des bilans antérieurs faisaient état de 88 décès pour 336 cas suspects, indiquant une progression rapide de la maladie.

La fermeture temporaire des postes frontaliers entre la RDC et le Rwanda est effective depuis la matinée du dimanche 17 mai. De son côté, le gouvernement rwandais, à travers son ministère de la Santé, indique suivre de près l’évolution de l’épidémie signalée dans l’est de la RDC et précise qu’aucun cas d’Ebola n’a été recensé sur son territoire à ce jour.

Josué Mutanava, à Goma