La République démocratique du Congo (RDC) continue de faire face à l’une des crises alimentaires les plus graves et les plus étendues au monde. L’alerte a été lancée ce mercredi 13 mai par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM), qui mettent en garde contre une aggravation de l’insécurité alimentaire en RDC, où des millions de personnes restent piégées dans une crise humanitaire croissante, alors que les besoins dépassent largement la réponse apportée.
Dans ce communiqué parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD, la FAO et le PAM avertissent également que l’assistance humanitaire demeure largement insuffisante face à l’ampleur des besoins. Sans investissements urgents et durables, la crise risque de s’aggraver davantage, avec des conséquences potentiellement irréversibles pour des millions de personnes. En 2026, la FAO soutient déjà 55 500 familles touchées par la crise dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri et du Tanganyika, grâce à une allocation de 10 millions de dollars du Fonds humanitaire pour la RDC.
Ce soutien comprend la distribution de semences, d’outils et d’intrants agricoles, ainsi que des transferts monétaires lorsque cela est possible, afin d’aider les familles à relancer leur production alimentaire, à protéger leurs moyens de subsistance et à réduire leur dépendance à l’aide alimentaire. Toutefois, la FAO a un besoin urgent de 163 millions de dollars supplémentaires pour intensifier ce soutien agricole vital avant que les périodes critiques de semis ne soient manquées.
"Chaque saison agricole manquée accroît la dépendance à l’aide humanitaire. Lorsque les familles reçoivent des semences, des outils et un appui aux moyens de subsistance en temps voulu, elles peuvent produire de la nourriture en quelques semaines, préserver leur dignité et éviter de sombrer davantage dans la faim. Mais cette aide doit arriver avant la fin des périodes de semis", a déclaré Athman Mravili, Représentant par intérim de la FAO.
La FAO et le PAM réitèrent la nécessité urgente d’adopter une approche à double volet combinant une assistance vitale immédiate avec un soutien à plus long terme à l’agriculture, aux moyens de subsistance et aux systèmes alimentaires, tout en garantissant un accès humanitaire sûr et durable.
Depuis janvier 2026, l’assistance d’urgence du PAM sous forme d’aide alimentaire et de transferts monétaires a atteint près de 1,3 million de personnes, soit seulement une fraction de celles qui en ont besoin dans les provinces de l’est les plus touchées. Parmi elles, à peine 389 000 enfants et mères ont bénéficié d’une assistance nutritionnelle entre janvier et mars 2026, un chiffre bien en deçà des besoins réels. L’accès humanitaire limité en raison de l’insécurité, conjugué à un déficit de financement de 214 millions de dollars jusqu’en octobre, continue de freiner la réponse et d’imposer des choix difficiles en matière de priorisation.
"Loin de s’atténuer, la crise s’est enracinée et s’est complexifiée, piégeant des millions de ménages vulnérables dans un cycle de besoins persistants. L’assistance humanitaire constitue une bouée de sauvetage, mais elle doit être intensifiée de toute urgence pour répondre à l’ampleur des besoins. Au‑delà de l’aide d’urgence, des investissements durables dans des systèmes alimentaires résilients et des solutions intégrées sont indispensables pour aider les communautés à faire face aux chocs et à amorcer leur relèvement", a expliqué David Stevenson, Représentant du PAM.
Aujourd’hui, précise le communiqué conjoint de ces deux agences des Nations-Unies, plus de 26,5 millions de personnes soit près d’un Congolais sur quatre peinent à satisfaire leurs besoins alimentaires de base, selon la dernière mise à jour de l’analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC). Parmi elles, plus de 3,6 millions de personnes se trouvent en situation d’urgence, confrontées à des pénuries alimentaires critiques qui menacent directement leur survie en l’absence d’une assistance urgente.
Bien que les dernières projections montrent une légère amélioration par rapport aux estimations précédentes, la situation reste plus critique que lors de la période de septembre à décembre 2025, où 24,8 millions de personnes étaient confrontées à des niveaux de faim de crise ou plus sévères ce qui met en évidence le caractère aggravé et prolongé de la crise. Cela souligne des dynamiques profondément enracinées, en particulier dans les provinces les plus touchées le Nord‑Kivu, le Sud‑Kivu, l’Ituri et le Tanganyika où les conflits continuent de déplacer les populations, de détruire les moyens de subsistance, de perturber les marchés et de limiter l’accès aux terres agricoles.
À travers le pays, l'on compte plus de 7,8 millions de personnes déplacées internes, dont beaucoup ont perdu leur logement, leurs champs, leur bétail et leurs sources de revenus. Parallèlement, la persistance de prix alimentaires élevés, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les épidémies récurrentes notamment de choléra, de rougeole et de Mpox poussent des communautés déjà fragiles encore plus près du seuil de rupture.
La situation nutritionnelle est particulièrement alarmante. Selon la source citée, entre janvier et juin 2026, on estime que 4,18 millions d’enfants de moins de cinq ans auront besoin d’un traitement contre la malnutrition aiguë. Parmi eux, plus de 1,3 million d’enfants souffrent ou risquent de souffrir de malnutrition aiguë sévère, une affection potentiellement mortelle en quelques semaines, sans prise en charge. En outre, plus de 1,5 million de femmes enceintes et allaitantes devraient être touchées par la malnutrition aiguë, aggravant davantage les risques pour la santé des mères et des enfants.
Clément MUAMBA