RDC : HRW presse pour l’opérationnalisation de la Commission d’enquête de l’ONU et la réévaluation des liens sécuritaires avec Kigali

Uvira

L’Union africaine (UA), organisation intergouvernementale regroupant 55 États membres du continent africain, et ayant pour objectif de promouvoir l’intégration, la paix, la sécurité et le développement durable, peut jouer un rôle déterminant dans la crise sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, l’un de ses États membres. C’est ce qu’estime Human Rights Watch dans son nouveau rapport intitulé « Nous sommes des civils ! ».

Selon ce rapport parvenu à ACTUALITE.CD , ce document revient en détail sur les meurtres, violences sexuelles et enlèvements commis par la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda via les forces rwandaises, lors de l’occupation de la ville d’Uvira, chef-lieu provisoire de la province du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo.

Dans ce contexte, au titre de ses recommandations, l’organisation appelle l’Union africaine à demander publiquement la mise en place d’une enquête internationale indépendante sur les abus commis à Uvira et dans d’autres zones de l’est de la RDC. Elle recommande également de mandater la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples afin d’enquêter et de rendre compte des violations commises dans l’est de la République démocratique du Congo.

Par la même occasion, Human Rights Watch recommande de faire pression sur les États membres de l’Union africaine afin qu’ils coopèrent avec les mécanismes de responsabilisation, y compris la Cour pénale internationale (CPI). Aux autres gouvernements, l’organisation recommande de soutenir la Commission d’enquête indépendante sur la situation des droits de l’homme dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, mandatée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en 2025, afin qu’elle puisse pleinement exécuter son mandat.

Le document appelle également à sanctionner les commandants du M23 et de l’armée rwandaise, ainsi que les autres individus vraisemblablement impliqués dans des violations graves commises à Uvira, notamment à travers des régimes de sanctions ciblées. Il recommande en outre de renforcer le soutien à la CPI et à ses enquêtes sur les crimes internationaux graves commis dans l’est de la RDC, ainsi qu’aux efforts nationaux visant à enquêter, poursuivre et réparer les violations graves, actuelles et passées, commises par toutes les parties au conflit.

Dans le même registre, l’organisation appelle à soutenir l’instauration de chambres mixtes spécialisées, ou d’un mécanisme judiciaire similaire intégré au système congolais, composé de personnel militaire et civil congolais et international, afin de poursuivre les crimes graves commis en RDC. Elle recommande également de réexaminer l’assistance et la coopération militaires et sécuritaires avec le Rwanda, afin de s’assurer que ce soutien ne contribue pas à alimenter de graves violations dans l’est de la RDC.

S’adressant au Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale, le rapport « Nous sommes des civils ! » recommande d’inclure les crimes internationaux graves présumés commis à Uvira, chef-lieu provisoire de la province du Sud-Kivu, dans les enquêtes en cours sur la situation dans l’est de la République démocratique du Congo.

La ville stratégique d’Uvira, chef-lieu du territoire du même nom et devenue, depuis l’occupation de Bukavu par la rébellion de l’AFC/M23, le chef-lieu provisoire de la province du Sud-Kivu, est tombée entre les mains de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 Mars (AFC/M23) au début du mois de décembre 2025, soit quelques jours après l’entérinement des accords de Washington par Félix Tshisekedi et Paul Kagame en présence de Donald Trump. Soutenue par le Rwanda, la rébellion de l’AFC/M23 avait alors lancé une offensive rapide ayant conduit à la prise de la ville.

Au lendemain de cette occupation, Uvira était décrite comme une ville isolée, avec une grande partie de la population cachée ou en fuite, tandis que plusieurs cas de pillages avaient été signalés. Selon plusieurs estimations, l’occupation de la ville aura duré environ quarante jours. La libération d’Uvira et le retrait de l’AFC/M23 sont intervenus en janvier 2026. Sous pression diplomatique, notamment des États-Unis, le M23 avait annoncé, le 17 janvier 2026, un retrait unilatéral de la ville. L’armée congolaise (FARDC), appuyée par les groupes locaux dits Wazalendo, avait repris le contrôle d’Uvira le 20 janvier 2026, marquant ainsi le début du processus de rétablissement de l’autorité de l’État.

Ville stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais au Sud-Kivu, Uvira était passée sous le contrôle de l’AFC/M23, renforçant davantage l’emprise de la rébellion dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce verrou sécuritaire est considéré comme un point clé pouvant faciliter une éventuelle avancée vers l’espace du Grand Katanga, souvent présenté comme le poumon économique de la République démocratique du Congo.

Clément MUAMBA