RDC - Ouganda : La Coalition de la société civile environnementale de l’Ituri et du Nord-Kivu appelle à suspendre tout nouvel accord pétrolier sans évaluation indépendante des risques transfrontaliers

Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni à Kampala
Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni à Kampala

Les organisations de la société civile environnementale de l’Ituri et du Nord Kivu,expriment leur vive préoccupation à la suite de l’ouverture, le 8 mai à Kampala, de la session de la commission permanente mixte RDC-Ouganda. La présence de la ministre congolaise des Hydrocarbures au sein de la délégation officielle, ainsi que les discussions prévue en cours autour de six nouveaux accords bilatéraux, font craindre une accélération de la coopération pétrolière entre les deux pays sans prise en compte des risques environnementaux et sociaux pour les communautés riveraines du lac Albert, du lac Édouard et de la rivière Semliki. La rivière Semliki,en tant qu’affluent majeur du Nil Blanc, constitue par ailleurs un élémenthydrologique vital pour plusieurs États de la région (Ouganda, RDC, Soudan,Soudan du Sud, Égypte, Éthiopie,…).

Les organisations de la société civile environnementale de l’Ituri et du Nord-Kivu Constate qu’aucune étude d’évaluation indépendante, transfrontalière et publique des impacts des projets Tilenga, Kingfisher et EACOP n’a été réalisée. Les projets pétroliers Tilenga, Kingfisher et EACOP, développés du côté ougandais, soulèvent déjà de fortes inquiétudes concernant leurs impacts sur les écosystèmes partagés du Graben Albertine.

La coalition des organisations de la société civile environnementale de l’Ituri et du Nord-Kivu dénonce également l’absence d’information et de consultation des communautés congolaises concernées. À ce jour,les populations riveraines du lac Albert et de la rivière Semliki n’ont bénéficié d’aucune consultation conforme aux principes du consentement libre, préalable et éclairé. Aucune étude d'impact environnemental et social transfrontalière, indépendante et rendue publique, n’a été portée à la connaissance des communautés affectées.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les autorités congolaises et ougandaises s’apprêtent à discuter de nouveaux accords dans le secteur des hydrocarbures, sans garanties claires concernant la surveillance environnementale,la réparation des dommages éventuels ou la protection des communautés affectées.

Face à cette carence, une action a d’ores et déjà été introduite devant la Cour de justice de l’Afrique de l’Est (EACJ) par des organisations de la société civile,interpellant les gouvernements concernés.

Dans ce contexte, la coalition des organisations de la société civile environnementale de l’Ituri et du Nord Kivu appelle solennellement le Gouvernement de la République Démocratique du Congo à suspendre la signature de tout nouvel accord dans le secteur des hydrocarbures concernant la zone du lac Albert et de la Semliki,dans l’attente de la réalisation et de la publication d’un audit environnemental et social indépendant des projets Tilenga, Kingfisher et EACOP, évaluant leurs effets cumulés sur les écosystèmes partagés.

Elle demande également que soit organisée, dans les meilleurs délais, une consultation effective des communautés riveraines, afin de garantir leur droit à l'information et leur participation aux décisions qui affectent directement leurs conditions de vie.

Par ailleurs la coalition des organisations de la société civile environnementale de l'Ituri et du Nord Kivu exhorte les autorités congolaises à soutenir l’action en justice initiée devant l’EACJ, en vue d’établir un état des lieux des mesures de protection des ressources en eau, de la biodiversité aquatique et des moyens de subsistance des populations de l’Ituri et du Nord-Kivu. 

La coalition des organisations de la société civile environnementale de l’Ituri et du Nord-Kivu réaffirme son attachement à une coopération régionale fondée sur la transparence, le respect des souverainetés et la primauté du droit. La terre ne se négocie pas dans le dos des peuples. Elle rappelle que les enjeux de développement économique ne sauraient être dissociés de l’impérieuse nécessité de protéger durablement les équilibres environnementaux et la dignité des communautés locales.

Le lac Albert, le lac Édouard et la rivière Semliki ne sont pas des poubelles pour l'industrie fossile. La population congolaise ne peut pas être une variable d'ajustement dans des négociations bilatérales menées sans transparence ni consultation des communautés concernées. Les lacs Albert et Édouard, la rivière Semliki et leurs ressources halieutiques constituent des biens communs dont la préservation engage la responsabilité de tous les États riverains.