RDC: sur fond de persistance des tensions avec Kigali, Kinshasa multiplie les contacts pour renforcer les liens de coopération et de bon voisinage en Afrique australe

Cyril Ramaphosa et Paul Kagame
Cyril Ramaphosa et Paul Kagame

Dans un contexte marqué par la persistance de la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, consécutive à l'agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, le Vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et des Anciens Combattants, Guy Kabombo Muadiamvita, a effectué une tournée qualifiée de " stratégique " par sa cellule de communication dans plusieurs pays d’Afrique australe. Objectif : renforcer une coopération militaire désormais orientée vers l’opérationnel avec trois États clés de la région.

Première étape : le Botswana

À Gaborone, selon la source citée vendredi 1er mai 2026, les échanges avec son homologue Moeti Mohwasa ont permis de franchir un cap important. Au cœur des discussions figure la mise en place d’une coopération militaire plus intégrée, active et axée sur des résultats concrets. Guy Kabombo Muadiamvita a également rendu hommage à la mémoire de Sir Ketumile Masire, ancien président du Botswana, pour son rôle dans les années 2000 comme médiateur du dialogue intercongolais ayant conduit à l’Accord de Sun City.

De son côté, Moeti Mohwasa a souligné que cette rencontre constitue une base solide pour renforcer les relations bilatérales en matière de défense. Il a réaffirmé l’engagement du Botswana à accompagner la RDC dans ses efforts de restauration de la paix dans l’Est du pays. Les deux parties ont acté la mise en place d’une équipe mixte chargée de définir les priorités, de valoriser l’expertise botswanaise au profit de la réforme des Forces armées de la RDC (FARDC) et d’instaurer un mécanisme permanent de concertation, traduisant une volonté de coopération de terrain.

Deuxième étape : la Namibie

À Windhoek, poursuit la source citée, Guy Kabombo Muadiamvita et son homologue Frans Kapofi ont affiché une convergence de vues sur les enjeux sécuritaires régionaux. La partie congolaise a insisté sur la nécessité de transformer les liens historiques en un partenariat stratégique structuré, capable de répondre efficacement aux défis sécuritaires actuels.

"La République Démocratique du Congo compte sur l'appui, la compréhension et la solidarité des pays amis. La République Démocratique du Congo souhaite poser les bases d'un véritable partenariat militaire, fondé sur la confiance, la consultation et l'identification progressive des domaines concrets de cooperation sur plusieurs pistes possibles notamment les mécanismes de concertation réguliers, la formation militaire et le renforcement des capacités, des échanges d'expérience en matière d'organisation des forces, des disciplines et de monter en puissance institutionnelle. Nous demeurons convaincus que le retour durable de la paix sur le territoire congolais contribuera non seulement à la sécurité de notre pays mais également à la stabilité de l'ensemble de notre sous région", a déclaré Guy Kabombo Muadiamvita. 

Dans la même dynamique, le ministre namibien a plaidé pour une coopération durable fondée sur la confiance et orientée vers la stabilité de la RDC et de l’ensemble de la région.

Troisième étape : la Zambie

À Lusaka, l’accueil réservé au vice-Premier ministre congolais par son homologue Ambrose Lwiji Lufuma témoigne de la solidité des relations entre les deux pays. Selon sa cellule de communication, les échanges, d’abord en tête-à-tête puis élargis aux délégations, ont permis de réaffirmer une ambition commune : dépasser le simple voisinage pour bâtir une coopération militaire robuste et structurée.

Le ministre congolais a rappelé, à cette occasion, la persistance des défis sécuritaires dans l’Est du pays ainsi que les efforts en cours pour restaurer la paix et préserver l’intégrité territoriale. En réponse, la partie zambienne a renouvelé son engagement à soutenir la RDC, estimant que sa stabilité est indissociable de celle de la région.

Pour le ministère de la Défense nationale et des Anciens Combattants de la République démocratique du Congo, cette tournée à forte portée opérationnelle s’inscrit dans une démarche résolument pragmatique. Au-delà des échanges diplomatiques, elle intervient dans un contexte marqué par la persistance des tensions entre Kinshasa et l’un de ses neuf voisins, à savoir le Rwanda. Ces multiples déplacements du ministre congolais de la Défense auprès des États voisins sont perçus comme une stratégie visant à raffermir les relations bilatérales et à promouvoir une politique de bon voisinage.

Si, sur le plan diplomatique international, certaines initiatives progressent sur le papier, la situation sur le terrain demeure préoccupante. Elle reste caractérisée par la poursuite des hostilités ainsi que par des accusations mutuelles entre les différents protagonistes, notamment autour du non-respect des engagements pris.

Clément MUAMBA