RDC: André Wameso redoute un scénario d’escalade continue du conflit au Moyen-Orient aux conséquences directes sur les marchés mondiaux de l’énergie

André Wameso, gouverneur de la BCC
André Wameso, gouverneur de la BCC

Lors de la dernière réunion du Comité de politique monétaire de la Banque Centrale du Congo, il a été relevé qu’à l’échelle mondiale, la conjoncture économique reste marquée par les contrecoups du conflit au Moyen-Orient. Ce conflit perturbe les marchés énergétiques, accroît les coûts logistiques et entraîne une hausse des prix du pétrole, alimentant ainsi les pressions inflationnistes et assombrissant les perspectives de croissance mondiale.

Sur le plan national, l’environnement économique demeure relativement stable. Selon le Comité de politique monétaire, l’activité économique continue de faire preuve de résilience, avec une croissance projetée à 6,2 % en 2026, contre 5,8 % en 2025. Cette dynamique est portée à la fois par le dynamisme du secteur extractif et la bonne tenue des activités hors mines.

S’agissant de l’inflation, elle affiche une trajectoire globalement favorable. À fin mars 2026, le taux en glissement annuel s’est établi à 2,2 %, contre 10,1 % à la même période de l’année précédente. Dans un contexte de suivi renforcé de la liquidité bancaire, l’inflation observée reste principalement expliquée par les anticipations des agents économiques, les pressions sur la demande de céréales dans la zone sud ainsi que par des facteurs saisonniers.

Interrogé lors d’un briefing presse tenu avec le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya sur le scénario tant redouté pour les 12 prochains mois, le gouverneur de la Banque Centrale du Congo, André Wameso, a précisé qu’il n’existe pas un scénario unique pour les 12 prochains mois, mais plusieurs hypothèses dépendant de l’évolution de la situation internationale, notamment au Moyen-Orient.

"Je pense qu’on ne peut pas dire qu’il y a un seul scénario. Sinon, on ne ferait pas d’analyse, puisque tout serait déjà connu. Nous avons la possibilité de voir cette crise puisque notre scénario est principalement basé sur ce qui se passe, les différents scénarios possibles principalement basés sur ce qui se passe en Iran actuellement "a-t-il fait savoir le 28 avril dernier dans les installations de la RTNC

Un scénario dépendant du prix du pétrole

Dans un premier scénario, note le numéro Un de la BCC, une amélioration de la situation internationale entraînerait une baisse des prix du pétrole.

"Si la situation s’améliore, cela aura une conséquence directe sur le prix du pétrole. Les prix vont baisser, et nous aurons un réajustement à la pompe chez nous, avec une décélération de l’inflation", a-t-il indiqué lors de son intervention. 

À l'en croire, un deuxième scénario, qualifié de base, prévoit une stabilisation de la situation actuelle.

"Si la crise se maintient au niveau actuel, nous continuerons à avoir un prix du pétrole autour de 100 dollars. C’est le scénario de base. Nous aurons des contraintes, mais ce sera dans la continuité de ce que nous observons aujourd’hui. Avec les instruments dont nous disposons, nous allons contenir la situation ", a rassuré André Wameso, gouverneur de la Banque Centrale du Congo. 

Un scénario pessimiste en cas d’aggravation

Le scénario le plus préoccupant reste celui d’une escalade du conflit, avec un impact direct sur les marchés mondiaux de l’énergie.

"Si la situation s’aggrave, le prix du pétrole peut grimper et dépasser 150 dollars" a averti le gouverneur de la BCC

Dans ce cas, la République démocratique du Congo pourrait être contrainte de recourir à ses réserves de change pour faire face aux déséquilibres économiques.

"Nous serions alors dans un scénario très pessimiste, où nous devrions sans doute mobiliser nos réserves de change pour faire face à nos besoins" a-t-il  fait savoir lors de son intervention. 

Rappelons-le, qu'à l’issue de la réunion ordinaire du Comité de politique monétaire (CPM), consacrée à l’analyse de la conjoncture économique du premier trimestre 2026 et aux perspectives pour le reste de l’année, tenue  jeudi 9 avril 2026 à Kinshasa sous la direction du gouverneur André Wameso, la Banque centrale du Congo avait décidé d’abaisser le taux directeur de 1,5 point de pourcentage, le faisant passer de 15 % à 13,5 %. L’objectif poursuivi par l’institution monétaire de la RDC est de préserver la stabilité macroéconomique et d’anticiper les chocs extérieurs.

Une décision qui intervient dans un environnement international reste marqué par la guerre au Moyen-Orient, bouleversant les existences et les moyens de subsistance dans la région et au-delà, et assombrissant les perspectives économiques de nombreux pays, d’une part, et, d’autre part, par des tensions énergétiques persistantes majeures, caractérisées par une réduction historique de la production pétrolière de plus de 10 millions de barils par jour ainsi que par le blocage du détroit d’Ormuz.

Clément MUAMBA