Est de la RDC : la Directrice exécutive de l’ONU Femmes déplore la sous-représentation des femmes dans les processus de paix et exhorte les Nations unies à agir pour leur inclusion effective

Sima Bahous, Secrétaire générale adjointe de l’ONU et Directrice exécutive d’ONU Femmes
Sima Bahous, Secrétaire générale adjointe de l’ONU et Directrice exécutive d’ONU Femmes

Lors de la séance du Conseil de sécurité de l’ONU ce mercredi 15 avril 2026 consacrée à la situation dans la région des Grands Lacs, la Secrétaire générale adjointe de l’ONU et Directrice exécutive d’ONU Femmes, Sima Bahous, a insisté sur un point central : les femmes, bien qu’elles figurent parmi les premières victimes des conflits armés dans l’est de la République démocratique du Congo et dans la région, doivent également être reconnues comme des actrices essentielles des efforts de consolidation de la paix.

À cette occasion, Sima Bahous a appelé le Conseil de sécurité à renforcer son engagement en faveur d’une représentation égale des femmes dans les processus de paix, notamment en République démocratique du Congo et plus largement dans la région des Grands Lacs. Selon elle, l’intégration accrue des femmes dans les négociations et mécanismes de paix est indispensable pour parvenir à des solutions durables et inclusives.

« Une plus grande présence des femmes au Parlement ou au sein des gouvernements est certes positive, mais ne garantit pas une représentation effective dans les processus décisionnels relatifs à la paix et à la sécurité. Bien que deux des cinq facilitateurs du processus mené par l'Union africaine soient désormais des femmes, les Accords de Washington restent muets sur la question des femmes, des problématiques liées au genre, et même sur les violences sexuelles qui ont été à la fois une caractéristique et un facteur déterminant du conflit. ONU Femmes a soutenu le plaidoyer des Congolaises, mais sans le soutien du Conseil de sécurité, elles resteront à l'écart, simples spectatrices », a déclaré la Directrice exécutive d’ONU Femmes, Sima Bahous.

Dans son intervention, Mme Bahous a également appelé à la protection de la mission de maintien de la paix des Nations unies, la MONUSCO, ainsi que de son mandat essentiel en République démocratique du Congo. Pour appuyer son argumentaire, elle a rappelé plusieurs exemples concrets de son action sur le terrain : des centaines de procès engagés contre les auteurs de violences liées aux conflits, la protection accordée aux militantes et défenseuses des droits humains, ainsi que le soutien apporté aux femmes impliquées dans les efforts de consolidation de la paix entre les communautés Hema et Lendu en Ituri.

Elle a également souligné que les Casques bleus adaptent leurs patrouilles en fonction des alertes spécifiques transmises par les femmes locales, et que certaines bases de la MONUSCO ont été ouvertes pour accueillir et protéger des femmes déplacées en situation de danger imminent.

« Imaginez maintenant ce que signifierait la suppression de cette mesure. Songez aux 60 % de femmes défenseures des droits humains au Nord-Kivu qui font état de menaces directes et constantes. Songez aux rapports de Médecins Sans Frontières faisant état de 28 000 victimes de violences sexuelles et sexistes au cours du premier semestre de l’année dernière. Et songez qu’actuellement, la mission ne dispose d’aucune conseillère principale en matière de protection des femmes et que son unité genre est affaiblie. La MONUSCO et surtout les femmes et les filles, les hommes et les garçons civils qu’elle sert mérite bien mieux », a-t-elle souligné.

La Directrice exécutive d’ONU Femmes a appelé à un soutien accru en faveur des organisations de la société civile dirigées par des femmes, ainsi qu’à la protection de l’espace civique. Selon elle, ces organisations jouent un rôle essentiel mais encore trop souvent méconnu dans les efforts de consolidation de la paix. Elles constituent également un rempart important contre l’érosion démocratique, un phénomène susceptible d’alimenter de nouveaux cycles de violence et de conflits.

« Dans cette région plus que partout ailleurs, malgré un fort pourcentage de femmes en politique, et peut-être même en partie par opposition à cette présence, nous constatons précisément cette érosion démocratique, qui réduit l'espace pour la société civile et les droits humains. Malgré cela, nous sommes loin de répondre aux besoins. Nous pourrions autonomiser des milliers de femmes actrices de la paix dans la région des Grands Lacs, à un coût bien inférieur aux dépenses militaires, et obtenir des résultats nettement supérieurs. Le Conseil de sécurité pourrait faire la différence en débloquant le soutien nécessaire et en assurant lui-même la protection de ces femmes ».

Dans l'Est de la République démocratique du Congo, les femmes, les filles et les enfants continuent d’être les premières victimes des violences liées aux conflits armés, notamment lors des combats opposant la rébellion de l’AFC/M23 à l’armée congolaise au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Selon des données du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) pour l’année 2025, 887 cas de violences sexuelles ont été documentés, affectant 1 534 victimes, dont une majorité de femmes (854) et de filles (672).

C’est dans ce contexte que le ministère du Genre, Famille et Enfant, en collaboration avec le BCNUDH avaient lancé  lundi 9 mars dernier, une campagne contre l’esclavage sexuel et pour la protection des enfants nés du viol dans les conflits armés. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu concentrant près de 80 % des victimes recensées, les groupes armés sont responsables de 75 % des victimes documentées. Le Mouvement du 23 mars (M23) arrive en tête avec 439 victimes, suivi de groupes Wazalendo, de la Coopérative de développement du Congo (CODECO), de divers groupes Maï-Maï, ainsi que des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et des Forces démocratiques alliées (ADF). À ceux-là, s'ajoutent l’implication d’acteurs étatiques.

Sur la scène internationale, les initiatives diplomatiques progressent sur le papier mais peinent à produire des résultats concrets sur le terrain, dans un contexte de tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’entre Kinshasa et l’AFC/M23. Face à ce statu quo, l’AFC/M23 continue d’administrer de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Clément MUAMBA