Un médecin engagé dans la riposte contre la maladie à virus Ebola a été violemment agressé le mercredi 10 juin dans le village Tutu, groupement Tsere (territoire d’Irumu), dans la zone de santé de Rwampara, alors qu’il participait à une mission de suivi d’un cas suspect. L’incident survenu en pleine opération de terrain, relance les inquiétudes sur la sécurité des équipes sanitaires et la collaboration communautaire dans certaines zones affectées.
Une mission de suivi qui dégénère
Selon les membres de l’équipe de surveillance de la riposte dont faisait partie la victime, l’incident est survenu lors d’une mission de suivi d’un homme suspecté d’être atteint de la maladie à virus Ebola. Arrivée au domicile du suspect, l’équipe pensait effectuer une simple visite de contrôle sanitaire. Mais la situation a rapidement dégénéré. Un membre de l’équipe a raconté l'événement avec émotion :
« Nous pensions à une simple visite de contrôle. Il nous a accueillis normalement, puis est entré dans la maison. Quelques secondes après, nous avons entendu le bruit d’une arme. Il est ressorti avec une arme à feu et une machette. C’était la panique totale. Nous avons tous fui vers le véhicule. Le médecin, lui, a pris une autre direction dans la brousse. C’est là qu’il a été intercepté, ligoté et presque tué par les assaillants. Sans l’intervention rapide des services de sécurité, nous aurions perdu notre collègue ».
Le médecin Tibasima Pascal a été ligoté dans la brousse et violemment agressé avant d’être secouru
Grâce à l’intervention rapide des forces de sécurité, la victime a été retrouvée et évacuée saine et sauve pour une prise en charge médicale et psychologique. Cinq personnes, dont une femme, ont été arrêtées en lien avec cette attaque. Le principal suspect reste en fuite et fait l’objet de recherches actives.
Toute violence contre la riposte met en danger la communauté
Le point focal de la riposte Ebola, le commissaire supérieur adjoint Jean-Claude Mukendi, a fermement condamné cet acte :
« Nous condamnons avec la plus grande fermeté cette agression contre un médecin de la riposte. Toute violence dirigée contre les équipes de santé compromet directement la lutte contre Ebola et met en danger toute la communauté », a-t-il déclaré.
Au-delà de cet incident, les équipes sanitaires alertent sur des comportements préoccupants observés dans certaines communautés : méfiance envers les agents de santé, refus de coopération, dissimulation de malades et parfois hostilité ouverte envers les équipes et infrastructures de riposte.
Ces attitudes fragilisent la surveillance épidémiologique, retardent la prise en charge et augmentent le risque de propagation silencieuse du virus dans la communauté.
Les experts estiment que ces comportements favorisent également les évasions de patients et compliquent le suivi des contacts, pourtant essentiel pour interrompre les chaînes de transmission.
Un contexte déjà marqué par plusieurs incidents
Cet épisode intervient quelques semaines après l’attaque du centre de traitement Ebola de Rwampara, illustrant une série d’incidents ciblant les structures sanitaires en Ituri.
Dans une province qui demeure l’épicentre de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC, ces violences compliquent davantage la riposte sanitaire.
Les autorités sanitaires appellent les populations à collaborer pleinement avec les équipes de riposte, à signaler rapidement les cas suspects et à protéger les agents de santé.
Elles rappellent que la lutte contre Ebola ne peut être efficace sans confiance, ni sécurité, ni engagement communautaire.
Freddy Upar, à Bunia