À Kinshasa, où le financement des projets culturels est souvent précaire et dépendant des bailleurs de fonds, l’actrice culturelle Ritha Mangindula trace un chemin singulier. Entre entrepreneuriat culturel et management de projets artistiques, elle travaille pour imposer une autre façon de voir son secteur de prédilection. Avec un diplôme en Art dramatique obtenu en 2018 et un diplôme en management des entreprises culturelles en 2025, tous deux à l’Institut National des Arts, Ritha combine créativité et rigueur stratégique.
En 2015, elle lance Rita Picture, une entreprise spécialisée dans la production photo et vidéo. Rapidement, sa vision grandit et évolue, elle crée NaLingala Compagnie, une structure dédiée au management de projets culturels, à la formation professionnelle et à la production d’événements.
“Avant de lancer NaLingala Compagnie, notre projet était de mettre en avant le projet d’abord, et après maintenant constituer l’entreprise”, explique-t-elle à ACTUALITE.CD
Depuis 2018, Ritha met sur pied des projets ambitieux comme Elite Festival, désormais à sa cinquième édition, organisé en milieu scolaire à Kinshasa. En 2020, elle lance Etumba One style Afro dance, une compétition de danse qui attire des participants de toute la ville. Et pour cette année, un nouveau projet est prévu.
“Pour cette année, dans le calendrier de notre entreprise, au mois de juillet, nous allons lancer un nouveau projet, FAC, qui est une foire en milieu académique. C’est vraiment une plateforme d’employabilité, d’entrepreneuriat et de promotion des talents des étudiants”, annonce-t-elle.
La singularité de Ritha réside dans sa stratégie économique. Elle prône l’autonomie financière de ses projets, tablant sur la multiplication des revenus propres en premier plan, avant l’appui des bailleurs de fonds.
“Pour nous, notre stratégie, c’est de multiplier les revenus propres de l’entreprise. C’est par-là que nous voulons apporter notre contribution dans le secteur culturel et artistique. On ne veut pas inciter les gens à quitter le format de financement des bailleurs de fonds, mais on veut apporter notre contribution en incitant les gens à proposer des projets qui sont autonomes financièrement. C’est vraiment notre stratégie”, précise Ritha Mangindula.
Pour cette entrepreneure culturelle, l’autonomie financière est la clé de la pérennité. « 70 % de nos projets sont autonomes », affirme-t-elle, insistant sur la nécessité de réduire la dépendance aux bailleurs de fonds. Selon elle, un projet culturel doit pouvoir survivre et évoluer indépendamment des financements extérieurs.
“On veut montrer qu’un événement culturel peut être aussi autonome, sans forcément dépendre de tel bailleur de fonds. Le jour où ce bailleur de fonds décide de ne plus vous donner le financement, le projet meurt. C’est vraiment ce que nous voulons éviter. On veut que le projet soit autonome, libre, qu’il y ait un bailleur de fonds ou non, l’entreprise devrait fonctionner normalement”, insiste-t-elle.
Cette vision s’appuie sur une stratégie de diversifier les sources de revenus, renforcer l’attractivité des événements et responsabiliser le public en tant qu’acteur économique. Un pari audacieux dans un contexte où de nombreux festivals disparaissent après quelques années, faute de financement durable.
Bien que le parcours ne soit pas exempt de difficultés, notamment certains projets ayant connu des échecs financiers ou organisationnels, en presqu’une décennie d’activités dans le secteur culturel congolais, Ritha Mangindula considère que sa plus grande réussite n’est pas seulement financière, mais humaine. Elle souligne l’importance du capital humain dans la réussite de ses initiatives.
“Ma plus grande réussite, je dirais, en termes humains, c’est d’avoir une équipe avec qui on peut travailler pendant cinq ans sur n’importe quel projet que j’ai initié, c’est-à-dire avoir des personnes qui ont confiance en moi. C’est quelque chose que je considère comme un exploit. Et en termes de finance, il y a des hauts et des bas”, confie-t-elle.
Et d’ajouter que chaque nouveau projet est un défi :
“Initier une activité, élaborer une stratégie, lancer le projet et voir les gens réagir, c’est aussi un exploit. La plupart de nos projets réunissent beaucoup de monde. En termes de terrain, nous sommes assez courageux, car nous avons travaillé à Matadi sans connaître personne. On a offert aux jeunes danseurs du Kongo Central un espace d’expression : les gens venaient de Boma, de Moanda pour participer aux projets”.
Ce qui motive profondément Ritha Mangindula, c’est de créer un modèle durable pour le secteur culturel.
“Ce qui me plairait le plus, c’est de laisser un modèle économique autonome pour les événements culturels à Kinshasa. C’est toujours mon combat. Si un jour j’arrive à avoir un modèle que nous utilisons et que les autres peuvent appliquer dans leurs projets pour rester autonomes, ce sera pour nous un exploit”, a dit l’entrepreneure culturelle.
En 2026, Ritha Mangindula prévoit le lancement de « FAC », une foire académique dédiée à l’employabilité, à l’entrepreneuriat et à la promotion des talents étudiants. À cela s’ajoute une soirée d’humour prévue en mai pour mettre en lumière les humoristes kinois, ainsi qu’un projet d’envergure en début d’année prochaine, le lancement de « RACM », un réseau d'artistes et culturels majeurs destiné à structurer les échanges et les réflexions sur le développement du secteur.
Kuzamba Mbuangu