La question d’actualité consacrée aux actes de xénophobie visant des ressortissants étrangers, notamment congolais, en Afrique du Sud était à l'ordre du jour de la plénière de ce vendredi 8 mai à l'Assemblée nationale. Cette plénière a permis à la Ministre d’État, Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et de la Diaspora congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner de présenter l'état de la situation ainsi que les mesures prises par le gouvernement congolais pour protéger ses ressortissants.
D’entrée de jeu, la cheffe de la diplomatie congolaise a salué l’intérêt porté par la représentation nationale à cette question qu'elle considère "sensible". Selon elle, Il s’agit d’un sujet grave, actuel et profondément humain estimant que cette préoccupation " résonne également auprès de ses compatriotes vivant à l’étranger, particulièrement en Afrique du Sud ".
"L’Afrique du Sud accueille l’une des plus importantes communautés congolaises du continent. Des milliers de nos compatriotes y vivent, y travaillent, y étudient et contribuent à la vie économique et sociale de leur pays d’accueil. La sécurité et la dignité de cette communauté constituent donc une responsabilité que le Gouvernement prend avec le plus grand sérieux", a déclaré la Ministre d'État Thérèse Kayikwamba Wagner lors de sa prise de parole devant la représentation nationale.
Pour la cheffe de la cheffe de la diplomatie congolaise Thérèse Kayikwamba Wagner, ces difficultés ne sauraient occulter le rôle important que jouent les migrants africains, notamment congolais, dans les économies du continent et particulièrement en Afrique du Sud.
"Dans leur immense majorité, ce sont des femmes et des hommes respectueux des lois, qui travaillent, entreprennent, paient leurs impôts, partagent leurs compétences et contribuent activement à la vie économique et sociale de leurs communautés d’accueil. Ce sont des bâtisseurs et non des destructeurs. Ils n’ont aucun intérêt à fragiliser les sociétés qui les ont accueillis, mais cherchent au contraire à y vivre dignement et à contribuer positivement au développement collectif", a indiqué Thérèse Kayikwamba Wagner.
Malgré cette implication, Thérèse Kayikwamba Wagner déplore que, depuis plusieurs semaines, certaines provinces sud-africaines, notamment le KwaZulu-Natal, le Gauteng et le Cap-Occidental, connaissent une recrudescence préoccupante d’actes hostiles visant principalement les ressortissants étrangers africains.
Selon la ministre, les incidents les plus graves ont été signalés dans la ville de Durban les 5 et 6 mai 2026. Plusieurs résidences occupées par des ressortissants étrangers y ont été prises pour cible.
"Les informations transmises par notre ambassade à Pretoria font état d’intimidations, de vandalisme, de pillages et d’agressions physiques dans plusieurs quartiers abritant des communautés étrangères africaines. Selon les éléments recueillis par notre mission diplomatique, certains incidents auraient également été marqués, dans des cas isolés, par une réaction insuffisante ou tardive de certains services chargés du maintien de l’ordre"a fait savoir la cheffe de la diplomatie congolaise Thérèse Kayikwamba Wagner.
Dans le même registre, Thérèse Kayikwamba Wagner a indiqué que ses compatriotes congolais n’ont malheureusement pas été épargnés. Selon elle, "à ce jour, plusieurs cas impliquant des ressortissants congolais ont été officiellement recensés par l’ambassade de la République démocratique du Congo en Afrique du Sud.
"Certains compatriotes ont été grièvement blessés, d’autres ont subi des pertes importantes de biens ou ont dû quitter temporairement leurs lieux de résidence pour des raisons de sécurité. Des cas documentés concernent notamment une résidence congolaise entièrement saccagée à Durban South, plusieurs compatriotes agressés, dont certains grièvement blessés, ainsi que des victimes ayant nécessité une prise en charge médicale urgente. Outre les violences physiques, plusieurs compatriotes vivent aujourd’hui dans un climat d’insécurité et une forte pression psychologique. À ce stade, aucun décès de ressortissant congolais n’a heureusement été enregistré", a révélé la Ministre d'État Thérèse Kayikwamba Wagner.
Face à cette situation, Thérèse Kayikwamba Wagner a indiqué que le gouvernement n’est pas resté inactif. Dès les premiers incidents signalés, l’ambassade de la RDC à Pretoria a activé un dispositif renforcé de veille, d’assistance consulaire et de coordination communautaire. Les lignes d’urgence ont été renforcées afin de permettre une remontée rapide des informations.
Toujours selon la ministre, les réseaux communautaires congolais ont été mobilisés dans les provinces concernées. Des contacts permanents ont été établis avec les représentants de la diaspora afin de suivre l’évolution de la situation pratiquement heure par heure.
"Notre mission diplomatique procède également au recensement progressif des cas signalés afin de disposer d’un état de situation consolidé et de mieux orienter les mesures d’assistance. L’ambassade a par ailleurs identifié les zones considérées comme les plus sensibles et diffusé plusieurs communications officielles, répercutées sur les réseaux sociaux, appelant nos compatriotes à éviter les attroupements, à limiter les déplacements non essentiels, à renforcer les mesures de vigilance autour de leurs domiciles et lieux d’activité et à signaler immédiatement tout incident aux services consulaires. Une assistance consulaire directe est apportée aux victimes identifiées par notre mission diplomatique", a expliqué Thérèse Kayikwamba Wagner, cheffe de la diplomatie congolaise.
L’Assemblée nationale se penche sur cette question dans un contexte régional tendu, suscitant de vives inquiétudes au sein des communautés étrangères, notamment africaines, et appelant à une réponse concertée des États concernés afin d’assurer la protection de leurs ressortissants. L’Afrique du Sud vient de répondre aux accusations de xénophobie après une série de manifestations anti-migrants organisées ces dernières semaines.
Le Nigeria et le Ghana avaient déjà exprimé leurs inquiétudes face à ces développements. Cette campagne, dite " Opération Dudula ", n’en est pas à sa première apparition. Il s’agit d’un mouvement nationaliste et anti-immigration récurrent en Afrique du Sud, qui prône l’expulsion forcée des immigrés, principalement africains, accusés de prendre des emplois, de saturer les services publics et de contribuer à l’augmentation de la criminalité. Le terme " Dudula ", issu de la langue zouloue, signifie "repousser" ou "se débarrasser par la force"
Clément MUAMBA