L’Union européenne est appelée à emboîter le pas aux États-Unis d’Amérique, médiateurs dans la crise qui secoue la région des Grands Lacs entre Kinshasa et Kigali, en adoptant des mesures fortes, notamment des sanctions contre l’armée rwandaise et ses alliés de la rébellion de l’AFC/M23. Ceux-ci sont accusés de crimes commis contre les populations civiles ainsi que de l’occupation illégale de vastes pans des territoires des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Cette position ressort des discussions tenues jeudi 7 mai 2026 à Bruxelles, en Belgique, entre deux membres du gouvernement de la RDC, à savoir le ministre de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, et le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba Kabuya, ainsi que des députés européens et la présidente de l’Assemblée parlementaire paritaire Afrique–UE, Hilde Vautmans. Les échanges ont porté sur l’évolution du processus de paix en cours, piloté par les États-Unis d’Amérique et l’État du Qatar, ainsi que sur la situation des droits humains, qui continue de se détériorer en raison de la persistance des hostilités dans l’Est de la RDC.
À cette occasion, Hilde Vautmans a réaffirmé la volonté de l’Union européenne de renforcer la coopération avec les autorités congolaises sur les questions de paix, de sécurité et de protection des droits humains. Elle est également revenue sur les différentes initiatives déjà prises par le Parlement européen concernant la situation sécuritaire préoccupante dans l’Est de la RDC, marquée par la persistance des violences et les déplacements de populations.
"Comme présidente de la délégation de l’Union européenne-Afrique, j’ai l’honneur d’inviter aujourd’hui deux ministres très importants de la RDC : le ministre de la Communication et le ministre des Droits humains. Je les ai invités pour discuter de la manière de travailler davantage ensemble entre l’Europe et l’Afrique. La délégation a déjà effectué au moins dix échanges de vues sur la RDC. Nous avons voté trois résolutions très fortes pour condamner la guerre, condamner l’agression du Rwanda et demander la paix dans votre pays. C’est dans cette diplomatie parlementaire que nous continuons à parler", a fait savoir Hilde Josée Jeanne Vautmans, de nationalité belge, eurodéputée et présidente de la délégation du Parlement européen en charge des questions africaines.
D'après Hilde Josée Jeanne Vautmans, l'Union européenne comme première bailleur de financement de la situation humanitaire dans l'Est de la RDC, reste attentive à la situation de la RDC et cette rencontre a permis de mettre en place une coordination d'actions pour soulager les souffrances les populations civiles dans l'Est de la RDC.
"Qu’est-ce que l’Europe peut encore faire au niveau de la collaboration pour les droits des femmes, pour parvenir à la paix et aux accords de paix ? Qu’est-ce que l’Europe peut faire davantage pour aider à instaurer la paix après trente ans de guerre ? C’était cela l’objectif, parce que je pense vraiment que, de temps en temps, nous devons parler physiquement, nous regarder dans les yeux et discuter concrètement des effets, parce que l’Europe fait beaucoup. Nous sommes le premier bailleur au niveau de l’aide humanitaire, mais je pense que cela n’est pas toujours perçu comme tel et que nous devons vraiment travailler ensemble pour les populations", a ajouté l'euro députée Hilde Josée Jeanne Vautmans.
S'agissant de la situation humanitaire, le ministre Samuel Mbemba Kabuya dit avoir insisté sur le fait qu’aujourd’hui, il est évident que le Rwanda agresse la République démocratique du Congo depuis trente ans. Il a rappelé que depuis l’année passée,la RDC fait face à l’occupation des villes de Goma, Bukavu et leurs environs et du point de vue de l’agression, dit il, le pays comptz aujourd’hui plus de 10 millions de morts et plus de 7 millions de déplacés internes et externes.
"Nous avons publié des rapports concernant l’occupation de Goma, Bukavu et leurs environs, où il a été clairement établi qu’en 12 mois, le Rwanda a commis plus de 17 000 cas d’atteinte à la vie et à l’intégrité physique. Pour Uvira, nous avons constaté non seulement des cas d’atteinte à la vie et à l’intégrité physique, mais aussi et cela est très cruel la présence de fosses communes. Nous avons donc indiqué à l’Union européenne qu’au regard de ces évidences, elle devait passer à la vitesse supérieure, c’est-à-dire adopter des actions plus fortes. L’évidence veut aussi qu’à côté, nous voyions que le Rwanda de Paul Kagame a avoué. Nous sommes en présence d’aveux les femmes violées, les populations exterminées, lorsqu’on parle de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité, il faut aussi reconnaître qu’il existe des faits qui ne méritent pas d’autre qualification que celle de génocide", a plaidé auprès des euro députés le ministre des droits humains de la RDC Samuel Mbemba Kabuya.
De son côté, le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya est revenu sur ce qu'il qualifie des progrès parce qu’entre-temps, il y a eu la signature des accords de paix à Washington. Il y a également des évolutions dans le processus de Doha, où il y a aujourd’hui un accord-cadre qui a récemment évolué en Suisse avec la signature d’un mémorandum pour l’opérationnalisation du cessez-le-feu et d’un protocole permettant la libération des prisonniers.
Mais, a fait remarquer le porte-parole du gouvernement de la RDC Patrick Muyaya, aujourd’hui, au-delà de toute cette situation où avancées sur papier, ils ont discuté de la paix durable c'est-à-dire d'une paix réelle qui sera vécue par les populations, telle que voulue par les présidents de la République.
"C’est pourquoi, au cours de nos échanges, nous avons souhaité que l’Union européenne, à l’exemple des États-Unis d’Amérique à la suite des sanctions prises par le gouvernement américain en début du mois de mars et plus tard récemment contre le président honoraire de la RDC que l'Union européenne puisse également jouer de son influence, nous souhaitons qu’elle utilise ses leviers, notamment les sanctions, y compris contre l’armée rwandaise ou contre les activités économiques du Rwanda, afin de contraindre le président rwandais à respecter ses engagements pris devant le président américain mais aussi devant le monde. Nous pensons que c’est le premier élément qui nous permettra d’aller vers la paix", a déclaré le porte-parole du gouvernement de la RDC Patrick Muyaya.
En dépit des avancées enregistrées sur le papier dans les processus de Washington, qui prend en charge la crise entre Kinshasa et Kigali marqué par l’entérinement des accords par Félix Tshisekedi et Paul Kagame ainsi que celui de Doha, caractérisé par la signature de l’accord-cadre entre Kinshasa et l’AFC/M23 et des récents engagements pris à Montreux en Suisse, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Elle demeure marquée par la poursuite de l’escalade et par des accusations mutuelles de non-respect des engagements entre les différentes parties au conflit.
Consécutivement à l’entrée en jeu des États-Unis, qui prennent en charge la crise entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’au rôle de l’État du Qatar, impliqué dans la gestion du conflit opposant le gouvernement congolais à la rébellion de l’AFC/M23, l’Union européenne semble, selon plusieurs observateurs, prendre du recul concernant la crise dans la région des Grands Lacs alors que l’année dernière, au lendemain de l’occupation des villes de Goma et Bukavu par la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, l’Union européenne avait joué un rôle majeur pour faire pression sur Kigali et sur le mouvement rebelle, dans l’objectif d’aboutir à la résolution de la crise en cours.
C’est dans ce cadre que les sanctions individuelles de l’Union européenne contre des responsables rwandais ont été adoptées le lundi 17 mars 2025. Depuis lors, l'attitude de l'Union européenne est perçue par certains comme une spectatrice alors que pour de nombreux observateurs, la crise sécuritaire dans la région des Grands Lacs, et plus particulièrement dans l’est de la RDC, nécessite une pression accrue et coordonnée de l’ensemble de la communauté internationale afin de contraindre les parties à honorer leurs engagements.
Clément MUAMBA