Ancien ministre de l'Information et porte-parole emblématique du gouvernement Kabila, Lambert Mende Omalanga est aujourd'hui l'une des voix qui défendent Felix Tshisekedi et l'Union Sacrée. Dans un entretien exclusif à ACTUALITE.CD, il revient sans détour sur les sanctions américaines contre son ancien patron, la question du troisième mandat, la proposition de loi référendaire de Ngondankoy et l'état du processus de paix à l'est.
Les États-Unis ont imposé des sanctions à Joseph Kabila via l'OFAC. En tant qu'ancien porte-parole de son gouvernement, comment accueillez-vous cette décision ?
"C'est avec des sentiments mitigés que je suis l'évolution de notre ancien président de la République. Au départ, il m'a été difficile de croire qu'il avait des accointances coupables avec les renégats congolais de l'AFC-M23 qui servent de supplétifs au président rwandais Paul Kagame dans son agression contre la RDC. Mais lorsqu'il s'est affiché publiquement dans Goma occupée et s'est exprimé en faveur du Rwanda et de l'AFC-M23, le doute s'est dissipé. La déclaration du président rwandais Kagame le présentant comme le véritable patron de l'AFC-M23 a confirmé ces appréhensions. On ne peut donc pas faire grief aux États-Unis, garants de l'accord de paix RDC-Rwanda, de prendre des sanctions contre ceux qui violent sans scrupules leurs engagements à œuvrer pour la stabilisation."
Ces sanctions constituent-elles un signal adressé à l'ensemble de la classe politique congolaise, ou visent-elles exclusivement l'ancien président ?
"À mon avis, ces sanctions visent à réduire la témérité criminelle des autorités rwandaises et de leurs complices congolais. Il y a eu des destructions matérielles et des pertes en vies humaines. Toutes les personnes impliquées doivent en répondre."
Certains estiment que ces sanctions pourraient paradoxalement renforcer Kabila sur l'échiquier politique intérieur, en le repositionnant comme victime d'une ingérence étrangère. Partagez-vous cette analyse ?
"Il n'y a pas lieu de parler d'ingérence dès lors que c'est le président légitime de la RDC et son gouvernement qui ont demandé aux Américains de contribuer à sécuriser et stabiliser une région du pays en proie depuis trente ans à une dévastation programmée."
Lors de sa conférence de presse du 6 mai, le président Tshisekedi a laissé entendre qu'il serait difficile d'organiser les élections de 2028 en raison de l'occupation d'une partie du territoire. Cette position vous semble-t-elle constitutionnellement défendable ?
"En l'espèce, il ne s'agit pas de la Constitution, mais d'une réalité factuelle. Comment peut-on envisager une élection dans un pays dont une partie substantielle est occupée militairement par un pays voisin ? Pour moi, les élections ne sont pas une fin en elles-mêmes. Elles ne doivent pas occulter l'impérieuse nécessité de contrer la menace existentielle qui pèse sur la RDC depuis 1996.
L'opposition accuse le président de vouloir instrumentaliser la guerre à l'est pour justifier un glissement du calendrier électoral. Ces accusations sont-elles fondées ?
"Cela aurait été le cas si, et seulement si, il existait une preuve de collusion entre le président Tshisekedi et le fauteur de guerre Paul Kagame, ce qui est loin d'être le cas."
La proposition de loi référendaire du député Ngondankoy est dénoncée par une large partie de l'opposition comme une tentative de contourner l'article 220 de la Constitution. Quelle est votre lecture de ce texte ?
"J'ai sous les yeux le texte de l'article 220. Nulle part il n'est édicté une interdiction d'organiser un référendum. Le juriste et parlementaire Ngondankoy a proposé à l'Assemblée nationale un projet de loi d'application d'une disposition constitutionnelle prévoyant l'organisation d'un référendum lorsque des initiateurs limitativement énumérés dans le texte ressentiront le besoin de revisiter la loi fondamentale. S'agissant de ces initiateurs, ni la majorité ni l'opposition n'en font partie ès qualité."
Félix Tshisekedi a lui-même combattu la tentative de révision constitutionnelle sous Kabila. Comment expliquez-vous qu'il semble aujourd'hui emprunter une démarche similaire ?
"Si mes souvenirs sont exacts, la revendication de Félix Tshisekedi et de l'UDPS consistait exclusivement à mettre hors de toute révision l'article 220. Aujourd'hui, l'opposition prétend empêcher même la réflexion sur une éventuelle revisitation de la Constitution. C'est différent."
Si un référendum constitutionnel devait être organisé en période d'état de siège et d'occupation partielle du territoire, serait-il légitime ?
"La Constitution congolaise ne permet pas la tenue d'un référendum pendant l'état de siège. Mais pour l'instant, nous n'avons enregistré aucun projet de référendum. Doter le pays d'une loi référendaire n'est pas synonyme d'organiser un référendum. Il faut faire la part des choses."
Les accords de Washington sont en cours de ratification au Sénat. Constituent-ils une base solide pour une paix durable ?
"À la chambre basse, nous les avons soigneusement examinés et n'avons pas trouvé d'anomalies significatives. C'est la raison pour laquelle nous avons autorisé leur ratification."
Quel bilan faites-vous de la gestion de la crise sécuritaire à l'est par le gouvernement Tshisekedi ?
"Au départ, ça a incontestablement patiné. Le président Tshisekedi lui-même s'en est expliqué, évoquant des rapports fallacieux qui lui avaient été faits sur l'état de l'armée. Mais à mesure que des dispositions correctives sont prises, les nouvelles du front sont assez encourageantes."
Pensez-vous que les accords de Washington contraignent suffisamment Kigali à mettre fin à son soutien au M23 ?
"J'ai peu de doutes à ce sujet, car je sais que sans l'aide multiforme des pays occidentaux, dont les États-Unis, le Rwanda ne pourra pas grand-chose contre le Congo."
Comment évaluez-vous l'état de l'opposition congolaise à l'approche de 2028 ?
"Même sans modification des règles du jeu, le fait est que l'opposition est passablement affaiblie, avec les options questionnables de la plupart de ses leaders : snober les institutions, se délocaliser à l'étranger ou se transformer en supplétifs de l'agresseur du pays."
Un mot, enfin, sur l'avenir politique de Joseph Kabila dans ce contexte de sanctions ?
"Je crois que son avenir est entre ses propres mains. Le plus utile pour lui serait d'aller à Canossa en rompant les amarres avec Paul Kagame, qui du reste ne s'est pas gêné pour le livrer à la clameur publique en le désignant comme sponsor de l'AFC-M23. Le reste viendra avec le temps."
Interview réalisée par Stanis Bujakera Tshiamala