Retour spontané de près de 22 000 congolais à Uvira en provenance de Bujumbura : Kinshasa dit avoir saisi déjà le HCR pour la Tripartite

Mouvements des déplacés de Sake vers Goma
Mouvements des déplacés de Sake vers Goma

Au total, près 22 000 Congolais ont regagné le pays via la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, en provenance du Burundi, l’un des pays voisins de la République démocratique du Congo. C’est ce qu’a révélé le Vice-Premier Ministre et Ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, dans sa note d’information présentée lors de la 81ᵉ réunion du Conseil des ministres, tenue à la Cité de l’Union africaine sous la direction de la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka.

Parlant d’un retour " spontané " sur leur territoire, le responsable de la sécurité nationale et territoriale, Shabani Lukoo Jacquemain, a également informé les membres du gouvernement que le HCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) avait été saisi afin de garantir le respect des règles internationales relatives au retour des déplacés et des réfugiés.

"Le VPM, Ministre de l'intérieur, Sécurité, décentralisation et Affaires Coutumières a conclu par la situation aux frontières, spécifiquement celle avec le Burundi, où il est enregistré le retour spontané de près de 22 000 compatriotes en provenance de Bujumbura, par le poste frontalier de Kavimvira, dans la ville d’Uvira. Le gouvernement de la République a saisi le HCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) afin d’organiser le cadre tripartite conformément aux règles en la matière", rapporte le compte rendu de la réunion tenue vendredi 6 mars.

Les violents combats entre la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales qui ont précédé la chute de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, avaient énormément contribué à la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire, avec des répercussions sur certains États voisins de la République Démocratique du Congo. L’un des pays les plus touchés demeure le Burundi, qui a accueilli d’importantes vagues de réfugiés en provenance de l’Est de la RDC

Dans ce contexte, le gouvernement congolais, avec à sa tête la Ministre d’État, ministre des Affaires sociales et des Actions humanitaires, Ève Bazaiba Masudi, avait conduit une mission humanitaire au Burundi et en Tanzanie. L’objectif était de rencontrer ces Congolais réfugiés pour leur apporter un message de réconfort, fournir l’assistance du gouvernement, renforcer la coordination de l’aide avec les pays d’accueil, et évaluer la situation en collaboration avec d’autres partenaires et organisations, telles que l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Ce retour des populations intervient à la suite de la cérémonie symbolique marquant la relance des échanges transfrontaliers, après plusieurs mois de fermeture consécutifs aux tensions sécuritaires liées aux activités de l’AFC/M23.L’arrivée de la délégation gouvernementale, qui avait présidé cette cérémonie d’ouverture de la frontière, s’inscrit également dans le cadre du suivi de la mise en œuvre des actions visant à restaurer l’autorité de l’État. Ces actions ont été engagées depuis le retrait de la rébellion de l’AFC/M23, consécutif aux pressions américaines exercées sur ce mouvement ainsi que sur son parrain, Kigali.

Cette évolution de la situation sur le terrain intervient à la suite de la tournée de la commissaire européenne chargée de la préparation et de la gestion des crises ainsi que de l’égalité, Hadja Lahbib. Elle a bouclé sa mission humanitaire dans la région des Grands Lacs à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, où elle a été reçue, vendredi 20 février, par les dirigeants de la rébellion, conduits par leur coordonnateur politique, Corneille Nangaa. À Kinshasa, Bujumbura, Kigali et Goma, Hadja Lahbib a délivré un message constant : appeler au respect strict du droit international humanitaire par toutes les parties prenantes au conflit.

Ville stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais au Sud-Kivu, Uvira était passée sous le contrôle de l’AFC/M23, renforçant ainsi l’emprise de la rébellion dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce verrou sécuritaire est perçu comme un point clé susceptible de faciliter une avancée vers l’espace du Grand Katanga, considéré comme le poumon économique de la RDC.

Clément MUAMBA