Les voyages successifs du Chef de l’État congolais, Félix Tshisekedi à Luanda (Angola) auprès de son homologue angolais et président en exercice de l’Union africaine (UA), João Manuel Gonçalves Lourenço, suscitent dans l’environnement sociopolitique congolais l’hypothèse d’une nouvelle initiative diplomatique. Celle-ci viserait à relancer la médiation africaine en vue du rétablissement de la paix dans l’Est de la RDC, où Kinshasa est confrontée aux rebelles de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda, alors que les efforts de facilitation menés par l’État du Qatar semblent piétiner.
Si les contours précis de cette initiative ne sont pas encore connus du grand public, de nombreux observateurs y voient une démarche plus large que le seul volet sécuritaire, incluant un dialogue national inclusif destiné à prendre en compte toutes les composantes de la classe socio-politique congolaise. Elle intervient dans un contexte marqué par de longues attentes autour de la convocation de ce dialogue, en vue du rétablissement de l’autorité de l’État et de la cessation des hostilités entre les différentes parties en conflit dans l’Est de la RDC.
Lors d’un briefing de presse, jeudi 8 janvier 2026, aux côtés de son collègue de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a fait le point sur les différents déplacements de Félix Tshisekedi à Luanda. Selon lui, il ne s’agit pas d’une démarche visant à remplacer les processus diplomatiques en cours, à savoir ceux de Washington avec le Rwanda et de Doha avec la rébellion de l’AFC-M23.
"Je voudrais revenir sur ce que nous avons fait à Luanda cet après-midi, je reviens de Luanda où j'ai accompagné le Chef de l'État Félix Tshisekedi qui est retourné en Angola à l'invitation du Président de João Lourenço président en exercice de l'Union africaine pour discuter justement de la situation sécuritaire dans l'Est de notre pays et de la nécessité de poursuivre les efforts pour ramener la paix. Aux termes des échanges avec le Président de la République, le Président João Lourenço a appelé à un cessez-le-feu immédiat, l'initiative de Luanda n'est pas une initiative qui vient remplacer celles qui existent déjà de Doha avec l’AFC/M23 et de Washington avec le Rwanda", a déclaré Patrick Muyaya.
Selon le porte-parole du gouvernement, cette démarche angolaise s’inscrit dans la logique d’une synergie avec les initiatives en cours pour rétablir la paix dans l’Est de la RDC, dans le cadre du rôle du président angolais en tant que président en exercice de l’Union africaine.
"En tant que président en exercice de l'Union africaine qu'il a pris cette initiative dans l'espoir que des efforts combinés puissent permettre à nos populations dans l'Est de la République Démocratique du Congo de recouvrer la paix", a ajouté M. Muyaya.
L’Angola n’est pas à sa première manœuvre
En mars 2025, le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, s’est entretenu à Luanda avec son homologue angolais João Lourenço, désigné médiateur dans le conflit opposant Kinshasa au Rwanda qui soutient la rébellion de l’AFC/M23. Cette rencontre bilatérale, qui s’est tenue au palais présidentiel de la capitale angolaise, s’inscrivait dans le cadre des efforts diplomatiques visant à restaurer la paix dans la région du Kivu, où les combats entre les forces congolaises et les rebelles de l’AFC/M23 ont récemment intensifié les tensions. Selon la présidence angolaise, Luanda pourrait prochainement amorcer des contacts avec l’AFC/M23 afin de faciliter des négociations directes entre les parties. Cette initiative marque une nouvelle étape dans la médiation angolaise, après plusieurs tentatives infructueuses de désescalade.
À la suite de cette rencontre, l’AFC/M23 avait refusé de participer aux discussions prévues mardi 18 mars sous médiation angolaise. Dans un communiqué, le mouvement rebelle avait dénoncé les sanctions individuelles prises par l’Union européenne contre plusieurs de ses dirigeants, affirmant que ces mesures compromettent le dialogue et rendent impossibles les pourparlers tant attendus. Le groupe a accusé certaines institutions internationales de saboter le processus de paix, estimant que ces décisions renforcent la position du président Félix Tshisekedi, qu’il accuse de poursuivre une politique belliciste.
L’Angola cède la présidence de l’UA au Burundi en février
Une interrogation demeure quant à la suite de cette initiative : l’Angola poursuivra-t-il ses efforts après la fin de son mandat à la tête de l’Union africaine ? En février 2026, le président angolais João Lourenço cédera la présidence de l’UA au Burundi, avec à sa tête Evariste Ndayishimiye, à l’occasion du 39e sommet de l’organisation. De nombreux observateurs pointent encore des zones d’ombre autour de la démarche angolaise, élaborée conjointement avec Félix Tshisekedi.
Quelle place pour Faure Gnassingbé ?
Malgré son statut de médiateur désigné par l’UA après João Lourenço, le Togo reste discret dans la résolution de la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC, surtout depuis l’entrée en jeu des États-Unis et de l’État du Qatar. Au-delà de sa participation aux réunions du mécanisme conjoint de coordination en matière de sécurité sous l’égide de Washington, le Togo, dirigé par Faure Essozimna Gnassingbé, entend désormais donner un nouvel élan au processus de paix. Lomé prévoit d’organiser le 17 janvier 2026, une réunion de haut niveau consacrée à la cohérence et à la consolidation du processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs, afin de renforcer la confiance et faire progresser les négociations. Avec le retour de l’Angola dans le jeu diplomatique, la question se pose : quelle sera la marge d’action de Faure Gnassingbé ?
Une situation sécuritaire toujours préoccupante
Cette initiative intervient dans un contexte où, malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain reste préoccupante. Kinshasa et Kigali peinent à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques, notamment le processus de Washington.
Il en va de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés restent au point mort. Cette inertie et tergiversation diplomatique favorise la poursuite des violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales.
Clément MUAMBA