Le Baromètre des Accords de Paix en Afrique a rendu public son rapport d’évaluation de la mise en œuvre de l’Accord de paix de Washington pour le mois de février 2026, soit huit mois après sa signature par les ministres des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de la République démocratique du Congo, Thérèse Kayikwamba, et du Rwanda, Olivier Nduhungirehe. Il a ensuite été entériné par les chefs d’État des deux pays, en présence de Donald Trump, président des États-Unis.
Selon le rapport parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD ce mardi 3 mars 2026 et publié le mardi 3 février 2026, le Baromètre des Accords de Paix en Afrique révèle que les conditions humanitaires restent catastrophiques. Le niveau de mise en œuvre de l’ensemble des mesures humanitaires identifiées dans l’Accord notamment la protection des civils, la fourniture d’une assistance aux populations vulnérables, le retour des déplacés internes ainsi que celui des réfugiés demeure extrêmement faible, avec un score figé à 2,5 sur 10 pour chacune d’elles.
"Cette paralysie met en évidence l’inactivité des mécanismes prévus par l’Accord à répondre de manière effective aux urgences humanitaires. Quant au taux global d’exécution de l’ensemble des engagements, il demeure inchangé à 23,3 % depuis la fin du mois de novembre 2025", lit-on dans le rapport d'évaluation du rapport de Washington.
Selon le rapport du Baromètre des Accords de Paix en Afrique, les principaux défis au cours de la période du 1er au 28 février 2026 sont les mêmes que ceux observés ces derniers mois : l’intensification des hostilités, la non-neutralisation des FDLR, la non-levée des mesures défensives rwandaises, la recrudescence des tensions entre la RDC et le Rwanda, ainsi que des entraves persistantes à l’accès effectif de l’aide humanitaire aux populations civiles.
En revanche, poursuit le rapport du Baromètre des Accords de Paix en Afrique, les avancées observées relèvent essentiellement du domaine diplomatique. Elles traduisent une mobilisation soutenue des acteurs régionaux et internationaux en faveur de la mise en œuvre de l’Accord, notamment à travers :
-La proposition d’instauration d’un cessez-le-feu devant entrer en vigueur le 18 février 2026 (bien qu’elle n’ait pas abouti) formulée par le Président Lourenço, ainsi que le mandat officiel qui lui a été confié par le Médiateur de l’UA pour conduire des consultations devant aboutir à l’organisation d’un dialogue intercongolais ;
-La visite à l’Est de la RDC de la Cheffe par intérim de la MONUSCO et de la Commissaire de l'UE à l’aide humanitaire sur l’opérationnalisation de l’EJVM+ et l’établissement de couloirs humanitaires sécurisés, qui s’est accompagnée de l’annonce d’une enveloppe de 81,2 millions d’euros d’aide humanitaire ;
-Les auditions de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants du Congrès américain consacrées à l’état du processus de paix entre la RDC et le Rwanda;
-Les sanctions, à l’étude tout au long de février, ont été annoncées par le Département du Trésor des USA à l’encontre de responsables et d’entités rwandaises accusés de violations flagrantes de la mise en œuvre de l’Accord.
Dans ce contexte, le rapport formule plusieurs recommandations spécifiques à l’attention de chacune des parties prenantes, dont certaines avaient déjà été émises dans les rapports précédents :
Au gouvernement des USA
-Maintenir et renforcer la pression diplomatique et politique coordonnée sur les deux parties, afin d’assurer le respect des engagements et des délais convenus, notamment en ce qui concerne la neutralisation des FDLR et la levée des mesures défensives rwandaises par la RDC ;
-Continuer d’envisager, en dernier ressort, l’adoption des mesures coercitives ciblées à l’encontre des acteurs identifiés comme entravant délibérément la mise en œuvre de l’Accord ;
-Encourager le Rwanda à fournir des garanties sécuritaires et/ou judiciaires aux membres des FDLR encore présents en RDC afin de faciliter leur rapatriement volontaire vers leur pays ;
-Convoquer la réunion mensuelle du JOC au mois de mars 2026.
Au gouvernement de RDC
-Accélérer la mise en œuvre d’opérations coordonnées visant à neutraliser les FDLR, par : (1) le démantèlement immédiat des éléments des FDLR opérant dans les territoires sous contrôle incontesté du Gouvernement de la RDC ; et (2) l’implication de la MONUSCO dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23;
-Envisager de fournir à l’ensemble des parties prenantes des assurances claires et vérifiables attestant qu’aucun membre des FDLR n’est intégré au sein des FARDC, permettant ainsi de répondre aux allégations persistantes, de réduire les perceptions erronées et de renforcer la confiance mutuelle entre les parties ;
-Opérationnaliser le Mécanisme Conjoint de Vérification Élargi Plus (EJVM+), signé à Doha le 14 octobre 2025;
-Achever les négociations des six Protocoles encore en instance dans le contexte de l’Accord-Cadre de Doha, en accordant une attention prioritaire à celui portant sur l’accès humanitaire ; et
Au gouvernement du Rwanda
-Mettre en œuvre, sans plus tarder, un plan harmonisé de désengagement et de levée des mesures défensives, assorti d’objectifs mesurables et d’un mécanisme de vérification conjoint ;
-Fournir des garanties sécuritaires et/ou judiciaires aux membres des FDLR encore présents en RDC, mais hésitant à se rendre, afin de faciliter leur rapatriement volontaire vers le Rwanda ;
-Encourager l’AFC/M23 à renforcer la protection des populations civiles dans les territoires sous son contrôle;
-User de son influence sur l’AFC/M23 pour faciliter une assistance humanitaire sans entrave aux populations vulnérables (y compris la réouverture de l’aéroport de Goma) ; AU JOC et au JSCM;
-Reprendre la tenue des réunions mensuelles et publier des rapports offrant un compte-rendu plus complet et détaillé de l’ensemble des violations observées, des retards, ainsi que des mesures correctives envisagées.
Au gouvernement du Qatar
Encourager le Gouvernement de la RDC et l’AFC/M23 à achever les négociations des six Protocoles encore en instance (surtout celui sur l’accès humanitaire) ; et maintenir la pression diplomatique en vue d’assurer le respect effectif du cessez-le-feu par les parties.
A l’Union africaine et au Médiateur de l’UA
-Adopter et publier le document-cadre de la Médiation, fondé sur l’état des lieux et l’analyse des dynamiques du processus de paix établis à l’issue de la tournée régionale menée en janvier et février 2026 par le Médiateur de l’UA et le Panel des facilitateurs ; et ce, conformément aux orientations contenues dans le Communiqué final de la réunion de haut niveau de Lomé sur la cohérence et la consolidation du processus de paix en RDC de janvier 2026 ;
-Finaliser l’adoption d’un instrument méthodologique commun, ainsi que d’autres outils opérationnels destinés à encadrer et à harmoniser le travail du Panel des Facilitateurs et des experts du Secrétariat Conjoint Indépendant.
Malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sécuritaire sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement de violations des engagements pris, alimentant une méfiance persistante et des tensions.
Les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, connaissent également un net ralentissement. Destinées à compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés, ces négociations restent largement au point mort. Plusieurs mesures déjà actées, dont le mécanisme de cessez-le-feu, la déclaration de principes et l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.
Cette inertie diplomatique ne cesse de favoriser la reprise de violents affrontements dans l’Est de la RDC. Par ailleurs, le dialogue national, réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques pour accompagner ces initiatives de paix, tarde toujours à être convoqué. Le président Félix Tshisekedi maintient sa position, estimant que toute initiative en ce sens doit émaner exclusivement de son autorité, malgré la publication récente de la feuille de route des confessions religieuses.
Clément MUAMBA