A Kalemie, le gouvernement et ses partenaires dont le PAM lancent le programme national d’alimentation scolaire

Lancement du programme national d'alimentation scolaire
Lancement du programme national d'alimentation scolaire

Le gouvernement de la République démocratique du Congo vient de franchir une nouvelle étape dans la réforme du secteur éducatif en plaçant désormais le bien-être des élèves au centre de sa politique. Il s’agit du lancement officiel, le lundi 2 mars 2026, à l’EP Kifungu, à Kalemie (Tanganyika), du Programme national d’alimentation scolaire après la validation en Conseil des ministres.

Organisée en marge de la célébration de la Journée africaine de l’alimentation scolaire, célébrée chaque 1er mars depuis 2016, cette cérémonie présidée par la Première ministre Judith Suminwa a réuni des autorités nationales et provinciales, des partenaires internationaux, dont le Programme alimentaire mondial (PAM), du Coordonnateur résident et coordonnateur humanitaires et chef adjoint ad intérim de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), ainsi que des parents d’élèves, autour d’un objectif commun : garantir à chaque élève congolais un repas sain et nutritif afin de favoriser l’apprentissage et la réussite scolaire.

Ce programme qui se repose sur la Stratégie nationale de l’alimentation scolaire 2025-2030 s’articule autour de trois piliers, à savoir : la souveraineté alimentaire via l’agriculture locale, la protection sanitaire des élèves et la pérennité du système afin d’assurer à l’horizon 2030, un accès équitable à l’alimentation scolaire sur toute l’étendue du territoire national.

« Au-delà de sa dimension sociale, l'alimentation scolaire est un choix de souveraineté. Nous voulons que nos cantines s'approvisionnent auprès de nos producteurs, nous voulons que nos territoires bénéficient de cette dynamique économique, nous voulons stimuler l'économie locale et consolider les circuits nationaux. Ainsi, chaque repas servi dans une école pourra soutenir un agriculteur, un entrepreneur, une famille. C'est une véritable chaîne de solidarité nationale. Ce programme repose sur une conviction simple : les politiques publiques doivent être efficaces, mesurables et responsables », a déclaré la première ministre, Judith Suminwa.

Une stratégie nationale pour soutenir le capital humain

Pour sa part, Raïssa Malu, ministre d’État en charge de l’Éducation nationale a précisé qu’après la gratuité de l’enseignement, première étape majeure, la RDC franchit un nouveau cap avec les cantines scolaires, considérées comme un investissement stratégique dans le capital humain et le développement national.

« Nous le savons tous, un enfant qui a faim n’apprend pas. Comment exiger l’excellence d’un esprit affamé ? La malnutrition n’est pas seulement un défi de santé publique, c’est un plafond de verre de l’intelligence et un frein au développement de notre nation. Ce programme n’est donc pas une simple mesure sociale, c’est un investissement stratégique dans le potentiel de notre jeunesse. Cette ambition n’est plus un simple projet : elle est désormais gravée dans notre stratégie nationale de l’alimentation scolaire, consignée dans le Plan scolaire 2025-2030, validé en août dernier. Ce document dépasse le cadre d’un simple plan technique. C’est le contrat que la nation signe avec sa jeunesse. Il repose sur une conviction scientifique soutenue par le ministère du Plan : chaque franc investi dans une assiette scolaire est un levier de croissance. En luttant contre le décrochage et en boostant la réussite, nous transformons la dépense sociale en un plan de croissance, un investissement productif pour le capital humain de la RDC », a souligné la Ministre d'État Raïssa Malu.

Un allègement du fardeau des parents

Ce programme est financé sur fonds propres du gouvernement, avec l’appui de partenaires techniques et financiers, notamment l’Agence française de développement (AFD) et le Programme alimentaire mondial (PAM). Selon la ministre d’État, Raïssa Malu, il vise également à alléger le fardeau des parents et à démontrer aux élèves l’attention que le gouvernement accorde au bon encadrement de la jeunesse, considérée comme l’avenir de demain.

« Ce projet d’envergure ne pourrait voir le jour sans une confiance partagée. Je salue le Programme alimentaire mondial pour son expertise constante, ainsi que l’Agence française de développement, dont l’appui budgétaire est le catalyseur essentiel du démarrage de ce programme. Cette confiance internationale nous impose rigueur et transparence absolues. Chers parents, nous connaissons vos sacrifices. Ce programme est là pour alléger votre fardeau et vous assurer que l’école publique est un lieu de vie pour tous. L’école publique est un lieu de soins autant que de savoir. Chers élèves, cette cantine est la preuve que la République croit en vous. Elle est le carburant de vos rêves. Travaillez avec courage, car votre pays veille sur vous », a recommandé Mme Malu.

Un message d’espoir pour les zones post-conflit

Le choix de l’EP Kifungu n’est pas anodin. Située dans une localité marquée par des mouvements de population liés aux conflits intercommunautaires passés, cette école symbolise la renaissance par l’éducation. David Stevenson, représentant du PAM en RDC, a rappelé l’urgence et l’impact de cette action. Selon lui, l’alimentation scolaire permet aux enfants d’apprendre dans de meilleures conditions et de développer pleinement leur potentiel. Dans cette région, le PAM assiste déjà 36 500 enfants répartis dans 78 écoles.

« Alors que le conflit persiste, que les déplacements s’intensifient et que la faim se propage dans l’est de la RDC, notamment autour d’Uvira, nous sommes réunis ici pour porter un message d’espoir en saluant la résilience des communautés, et pour réaffirmer notre engagement en faveur de solutions humanitaires durables et de l’avenir du pays. Cette journée nous rappelle que des solutions concrètes existent et que l’alimentation scolaire en fait pleinement partie. Chaque jour, dans cette région, le PAM fournit une assistance alimentaire à près de 36 500 enfants dans 78 écoles, leur permettant d’apprendre et de développer pleinement leur potentiel », a déclaré David Stevenson, représentant du PAM en RDC.

Avant de s’étendre à l’ensemble du territoire national, le Programme d’alimentation scolaire cible, dans un premier temps, 164 écoles situées dans les provinces du Tanganyika, de la Lomami, du Kasaï-Central et du Kasaï-Oriental (pour l’année scolaire 2024-2025). Le menu type du programme prévoit des céréales, des légumineuses, de l’huile végétale et du sel, complétés par les récoltes issues des jardins et champs communautaires.

S’agissant de l’approche, le programme privilégie une démarche communautaire : chaque école dispose d’un COPA (Comité de parents) et d’un comité de gestion composé d’enseignants, de parents et d’élèves. À travers ce projet, le gouvernement central entend garantir l’accès aux services sociaux de base, conformément au quatrième pilier du Programme d’action du gouvernement 2024-2028, qui met en avant le renforcement du capital humain.

Clément MUAMBA