Human Rights Watch estime que la réponse internationale face au soutien du Rwanda au M23 reste insuffisante

Les combattants du M23 à Kibumba
Les combattants du M23 à Kibumba

Human Rights Watch a salué les sanctions annoncées le 2 mars par les États-Unis contre l’armée rwandaise et quatre hauts responsables militaires pour leur soutien au groupe armé M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, appelant d’autres gouvernements à adopter des mesures similaires.

Selon l’organisation de défense des droits humains, ces sanctions traduisent « un effort significatif » pour faire respecter les accords de Washington conclus en décembre 2025 entre les présidents congolais et rwandais sous médiation américaine.

« Les sanctions américaines vont au-delà de la question du soutien militaire rwandais au M23 et reflètent un effort important pour faire appliquer les accords de Washington », a déclaré Nicole Widdersheim, directrice adjointe du bureau de Human Rights Watch à Washington. « Les États-Unis indiquent clairement que les gains territoriaux du M23 n’auraient pas été possibles sans l’implication opérationnelle directe de l’armée rwandaise et que le Rwanda doit mettre fin une fois pour toutes à son soutien au M23. »

Le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain affirme que l’armée rwandaise « soutient activement, entraîne et combat aux côtés du M23 », un groupe armé accusé d’abus graves et responsable d’une crise majeure de déplacements de populations dans l’est de la RDC.

Les sanctions visent le général Mubarakh Muganga, chef d’état-major de la défense rwandaise, le major-général Vincent Nyakarundi, chef d’état-major de l’armée de terre, le major-général Ruki Karusisi, commandant de la 5ᵉ division d’infanterie et ancien chef des forces spéciales, ainsi que le brigadier-général Stanislas Gashugi, commandant des forces d’opérations spéciales.

Ces mesures prévoient le gel de tout avoir détenu aux États-Unis par ces responsables ou par l’armée rwandaise et interdisent aux citoyens américains d’effectuer des transactions avec eux. Le Trésor américain avertit également que les institutions financières et autres acteurs pourraient s’exposer à des sanctions s’ils réalisent certaines opérations impliquant des personnes désignées.

Les sanctions interviennent après la prise de la ville d’Uvira le 10 décembre 2025 par le M23 et les forces rwandaises, quelques jours après la signature à Washington d’un accord de paix entre les dirigeants congolais et rwandais.

Selon Human Rights Watch, les Nations unies, les États-Unis et l’Union européenne ont documenté des violations graves imputées au M23, notamment des exécutions sommaires, des violences sexuelles, des déplacements forcés, des attaques indiscriminées contre des civils et le recrutement forcé, y compris d’enfants.

D’après des sources onusiennes et militaires citées par l’organisation, plusieurs milliers de soldats rwandais, dont des forces spéciales, auraient traversé la frontière vers la RDC dans les semaines précédant l’offensive sur Uvira en décembre.

Human Rights Watch estime que la réponse internationale face au soutien du Rwanda au M23 reste insuffisante et appelle d’autres gouvernements, notamment dans l’Union européenne, au Royaume-Uni et dans la région, à adopter des sanctions ciblées contre des responsables supplémentaires du M23 et de l’armée rwandaise.

L’organisation plaide également pour un renforcement des mécanismes de suivi de l’accord de paix et pour une pression multilatérale accrue afin de protéger les civils et garantir l’accès à l’aide humanitaire dans l’est de la RDC, où les combats ont déplacé des centaines de milliers de personnes.