Liberté d’expression numérique : Anny Modi appelle les femmes à une utilisation responsable des réseaux sociaux

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Anny Modi prenant la parole dans la conférence

Intervenant lors du café politique Uongozi organisé au Centre culturel Boboto ce vendredi 27 février, l’activiste Anny Modi, présidente de l’ONG Afia Mama a livré une réflexion sur la liberté d’expression dans les plateformes numériques, avec un accent particulier sur la situation des femmes et des jeunes filles en République démocratique du Congo.

Devant un public composé de politologues , d’acteurs de la société civile et de professionnels des médias, la panéliste a alerté sur les risques liés à l’usage non maîtrisé des plateformes numériques, soulignant que le manque de sensibilisation et de maîtrise des paramètres de confidentialité expose les utilisateurs, notamment les femmes et les jeunes filles, au harcèlement et à l’exploitation de leurs données personnelles.

« La plupart de femmes cliquent sur « J’accepte » simplement pour ouvrir rapidement leur compte, sans lire les conditions d’utilisation et s’arrêtent là. En agissant ainsi, elles donnent leur autorisation et confèrent à ces plateformes le pouvoir d’utiliser, par exemple, leurs données personnelles comme bon leur semble. Il est également important de souligner que les plateformes ne prévoient pas de séances d’information ou de formation destinées aux utilisateurs sur la manière d’utiliser correctement leurs services. Il faut savoir qu’il s’agit d’entreprises à but lucratif. Les créateurs de plateformes veillent surtout à se conformer à la réglementation de leur pays d’origine ou à celle des pays d’utilisation lorsque ces derniers se montrent particulièrement exigeants », a martelé Anny Modi.

Une responsabilité partagée 

Pour l’activiste, la protection des femmes en ligne ne relève pas uniquement des plateformes, l’État congolais a également un rôle déterminant à jouer à travers ses organes de régulation.

« Nous disposons d’organes de régulation chargés d’examiner les différentes plateformes, en lien avec le code du numérique, afin de déterminer si elles peuvent être accessibles en République démocratique du Congo. Pour ma part, je dis aux femmes et plus largement à tous les citoyens qu’il est essentiel de s’informer car il permet d’éviter de publier des propos diffamatoires, de relayer de fausses rumeurs ou de formuler des affirmations susceptibles d’être interprétées comme des discours de haine. Il est, en tout cas, indispensable de connaître les limites de ses obligations », a ajouté l’activiste.

Face aux défis du harcèlement en ligne, l’ONG Afia Mama a mis en place un programme d’inclusion numérique permettant aux femmes de mieux utiliser les réseaux sociaux.

« Nous avons mis en place un programme d’inclusion numérique dans le cadre duquel nous organisons des formations et des séances de sensibilisation afin de permettre aux femmes de comprendre qu’elles ont également des devoirs en ligne. Ce n’est pas parce qu’il est facile d’écrire en quelques clics qu’il faut nécessairement le faire. Compte tenu de la rapidité avec laquelle le numérique fonctionne et du nombre de personnes qu’une publication peut atteindre, certaines conséquences peuvent être irréversibles. C’est pourquoi nous misons sur la prise de conscience, le sens des responsabilités, ainsi que sur l’apprentissage d’une utilisation sécurisée des réseaux sociaux », a conclu Anny Modi.

Cette interpellation s’inscrit dans un contexte marqué par une mobilisation croissante des organisations féminines contre le cyberharcèlement visant les femmes et les filles. À l’instar du mouvement féministe Bisobasi Telema , qui a lancé depuis février la campagne digitale « WebSansViolence : un droit pour chaque femme et chaque fille ». 

Prévue pour s’achever le 5 mars, cette campagne entend non seulement attirer l’attention de l’opinion sur l’ampleur des violences faites aux femmes en ligne, mais aussi renforcer la sensibilisation autour des mécanismes de protection existants

Divine Mbala