Une enquête menée par la PPLAAF et le Bureau of Investigative Journalism (TBIJ) met en lumière la pression croissante exercée par plusieurs entreprises sur le parc marin des Mangroves, pourtant classé zone protégée depuis 1992.
Selon les témoignages recueillis, Perenco, Congo Dihao et DP World figurent parmi les acteurs économiques dont les activités menacent directement l’écosystème côtier.
Kim Rebholz, ancien directeur du parc, décrit la situation comme « alarmante ».
« Le plus hallucinant dans l'histoire du parc marin des Mangroves, c'est qu'il n'y a finalement pas d'activité qui ne se passe pas là ou autour, alors que c'est censé être ultra-protégé. », a expliqué l'ancien directeur.
Il affirme avoir découvert un port illégal appartenant à Congo Dihao, société chinoise qui a remplacé Maniema Union, une entreprise liée au général Gabriel Amisi, dit « Tango Four », inspecteur général des FARDC. Depuis ce port, des milliers de tonnes de bois seraient exportées à destination de la Chine.
« Ce ne sont pas des essences locales, ce sont des grumes de bois provenant du cœur de la forêt congolaise », déclare Rebholz. Des images satellites confirment la présence de milliers de troncs empilés.
Le trafic de carburant constitue une autre menace. Un port clandestin aux portes du parc aurait servi de point de transit à des milliers de barils de pétrole de contrebande en provenance d’Angola. Trois mois après son signalement, une explosion a détruit plusieurs hectares de mangroves.
L’entreprise pétrolière Perenco, unique producteur de pétrole du pays, est également citée. Selon des sources locales, ses torchères et déchets polluent les rivières et les sols.
« Ce sont dans ces rivières- là où on prend le poisson, où on prend de l'eau à boire, de l'eau aussi pour arroser nos jardins. On consomme déjà des produits toxiques », déplore le chef d'un village voisin, évoquant les problèmes de santé qui en découlent.
Enfin, le projet du port en eau profonde de Banana, confié à DP World, suscite de vives inquiétudes. Pour l’ancien directeur, le site du futur port se trouve à l’intérieur du périmètre protégé du parc. Rebholz affirme que les représentants de l’entreprise « n’étaient même pas au courant que ce port allait être construit au sein d’un parc national ».
La société DP World a démenti ses allégations et assuré avoir mené des études environnementales.
Perenco dément également tout débat sur l’environnement.
Les Chinois de Congo Dihao et le général Gabriel Amisi n’ont pas répondu.
Joséphine Moulds, Sonia Rolley