Dans l’est de la République démocratique du Congo, les effets combinés du changement climatique et de l’insécurité armée continuent de pousser des centaines de familles à l’exode. Dans le territoire de Nyiragongo, au Nord-Kivu, plus de 60 hommes et femmes déplacés tentent aujourd’hui de reconstruire leur vie grâce à l’agriculture durable.
Originaires principalement du Sud-Kivu, ces déplacés ont fui à la fois les violences armées liées au conflit opposant l’armée congolaise aux rebelles du M23 et la dégradation de leurs terres agricoles provoquée par les dérèglements climatiques. À Mudja, un groupement situé au nord-ouest de la ville de Goma, ils transforment désormais des terrains couverts de pierres volcaniques en jardins potagers.
Sous la lumière matinale, hommes et femmes s’activent dans un champ aménagé avec l’appui de l’Association des Jeunes Visionnaires pour le Développement du Congo (AJVDC/Brigade Verte), en partenariat avec MISEREOR et l’Église catholique de Goma.
Ici, chaque parcelle cultivée représente un défi relevé contre un environnement hostile. Les déplacés y cultivent notamment des amarantes, des choux et des oignons afin de subvenir aux besoins de leurs familles.
« Chez nous, la terre ne produisait plus rien. Pour éviter que les enfants ne meurent de faim, j’ai rejoint les autres qui vivent ici. On nous encadre et je peux dire que cela fonctionne, même si ce n’est pas facile », témoigne Justine Kaghoma, ancienne cultivatrice de Kavumu, dans le Sud-Kivu, tenant dans ses mains une botte d’amarantes fraîchement récoltées.
À ses côtés, Aline Bahati, venue du territoire de Walungu, estime que les déplacés climatiques restent largement oubliés.
« Le changement climatique est une réalité. J’ai fui la famine parce que nous ne cultivions plus comme avant. On parle souvent des victimes de guerre, mais rarement des victimes du climat. Nous souffrons aussi et nous avons besoin d’aide », explique-t-elle.
Le même constat est partagé par André Alimasi, déplacé de Bushushu, dans le territoire de Kalehe, où les inondations ont emporté sa maison et tous ses biens.
Vers 9 heures, les récoltes commencent dans une ambiance organisée. Justin Mutabesha, activiste climatique au sein de l’AJVDC, coordonne les travaux du jour.
« Nous leur apprenons à comprendre les enjeux climatiques, à protéger l’environnement et à agir concrètement pour préserver notre planète », explique-t-il.
Au-delà de la production agricole, le projet se veut également un espace d’apprentissage communautaire et environnemental. Les bénéficiaires partagent les récoltes entre familles et développent progressivement une solidarité nouvelle au sein de la communauté d’accueil.
« Nous sommes devenus une famille ici. Nous sommes bien accueillis par la population locale, malgré nos origines différentes. Nous cultivons même des champs appartenant à des personnes qui nous ont simplement fait confiance », raconte Louise Bahati, sourire aux lèvres.
La RDC figure parmi les pays les plus vulnérables aux effets du changement climatique. Inondations, sécheresses prolongées, hausse des températures et perturbation des cycles agricoles aggravent l’insécurité alimentaire et accentuent les déplacements de populations.
À travers ses jardins communautaires et scolaires, l’AJVDC tente d’apporter une réponse locale à cette double crise sécuritaire et climatique. L’organisation mène également des activités d’éducation environnementale dans plusieurs écoles de Goma et du Sud-Kivu, notamment à l’EP Nengapeta de Mugunga et à l’École primaire Shanga, dans la paroisse Bobandana.
Pour les initiateurs du projet, ces espaces agricoles sont devenus de véritables outils pédagogiques permettant de sensibiliser les communautés et les élèves à la protection de l’environnement.
Face à l’ampleur des besoins, les responsables de l’AJVDC appellent le gouvernement congolais et les partenaires techniques et financiers à soutenir davantage les initiatives locales de résilience climatique dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.