Le feuilleton autour de la gestion des fonds destinés aux sinistrés des pluies diluviennes qui se sont abattues sur la ville de Kinshasa en avril dernier est loin d’être clos. Alors que le gouvernement, à travers le ministère de l'Intérieur, s'était félicité, lors de la 55ᵉ réunion du Conseil des ministres, du bon déroulement du processus de désactivation des sites d’hébergement, la polémique refait surface.
Face aux doléances de plusieurs sinistrés réclamant une meilleure prise en charge, le vice-Premier ministre de l'Intérieur, Jacquemain Shabani, a exigé du gouverneur de la ville de Kinshasa, Daniel Bumba, un rapport détaillé sur la gestion des fonds alloués à cette opération humanitaire.
"À l’issue de la crise humanitaire dont ont été victimes nos compatriotes lors des récentes pluies diluviennes, j’ai l’avantage, par la présente, de vous adresser mes félicitations pour la désactivation des sites ayant servi d’abris aux sinistrés. Toutefois, je vous rappelle notre devoir de redevabilité par la présentation d’un rapport détaillé sur la gestion de cette crise et sur l’utilisation des fonds mis à la disposition de la Ville-Province par le gouvernement central, dans un délai de 48 heures", écrivait Jacquemain Shabani dans sa correspondance adressée au gouverneur.
Le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, a formellement rejeté toute responsabilité dans la gestion des fonds destinés aux sinistrés. Dans une correspondance au VPM de l’intérieur, il rappelle que la gestion de cette crise humanitaire relevait d’une commission ad hoc interinstitutionnelle placée sous l’autorité directe du ministère de l’Intérieur.
"Je voudrais rappeler à votre attention que, face à cette crise humanitaire, la priorité pour la Ville-Province était d’évacuer en urgence les populations restées sans abri vers les centres d’hébergement mis à disposition par le chef de l’État", écrit Daniel Bumba.
Le gouverneur Daniel Bumba souligne que cette commission interinstitutionnelle, chargée de coordonner les opérations, réunissait des représentants de plusieurs institutions nationales.
"Le gouvernement provincial de Kinshasa, représenté par le ministre provincial de la Santé, a pris part à cette commission, au même titre que les délégués de la Présidence, de la Primature, du ministère de l’Intérieur, du ministère des Affaires sociales et Actions humanitaires, du ministère de l’Environnement, de la CPAU, etc. À ce jour, les services mandatés, notamment la Cellule permanente d’alerte et d’urgence (CPAU) ainsi que les services des finances relevant de votre ministère, sont à pied d’œuvre pour produire le rapport final des opérations y afférentes, que nous attendons tous. Il va de soi que, pour ce qui concerne les tâches spécifiques de la Ville, Kinshasa ne manquera pas d’en tirer les éléments nécessaires pour répondre à votre correspondance", conclut-il.
La semaine dernière, la Voix des Sans-Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) s’est rendue sur le terrain pour s’enquérir de la situation des sinistrés. Devant la presse et en présence de leurs représentants, l’organisation a constaté que ces derniers "sont abandonnés à leur triste sort " et "ne savent plus à quel saint se vouer ".
Ces sinistrés, après avoir campé aux abords de la Cité de l’Union africaine, non loin de la résidence du président Félix Tshisekedi, se sont récemment installés devant le Palais du Peuple, siège du Parlement, avant d’être à nouveau dispersés. Selon plusieurs témoignages, la distribution des indemnités, supervisée par le ministre provincial de la Santé, se serait déroulée de manière inégale, avec des montants variant entre 150 000 francs congolais et 1 000 dollars américains.
Des cas présumés de fraude et de détournement ont également été signalés, certains bénéficiaires affirmant que leurs noms avaient été remplacés par ceux de personnes étrangères aux listes officielles. Les sinistrés du Stade des Martyrs partagent le même constat et interpellent les autorités compétentes. Face à cette situation préoccupante, la VSV appelle le gouvernement central à intervenir sans délai pour apporter une réponse urgente et durable à cette crise humanitaire.
Lors de la 55ᵉ réunion du Conseil des ministres, tenue le 22 août 2025 à la Cité de l’Union africaine, Jacquemain Shabani avait annoncé la clôture complète du processus de désactivation des trois sites d’hébergement. Sur les 4 219 ménages initialement prévus dans le plan d’indemnisation, 5 300 ménages avaient effectivement bénéficié d’un appui et quitté les sites, selon le rapport gouvernemental.
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Clément MUAMBA