Kinshasa : zoom sur les défis et les initiatives en matière de sensibilisation à la sexualité

Photo/Actualite.cd
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Au sein des familles à Kinshasa, les discussions autour de la sexualité sont souvent jugées taboues. Selon plusieurs responsables de familles interviewés par le Desk Femme d'Actualite.cd, la majorité des parents préfèrent éviter ce sujet, craignant d'encourager la curiosité des jeunes sur des questions qu'ils jugent encore trop jeunes pour aborder. Cependant, la prise de conscience de l’importance de cette éducation se fait de plus en plus sentir, notamment à travers des préoccupations liées à la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST), du VIH, ainsi que des grossesses précoces.

 "J’ai toujours eu peur d’aborder ce sujet avec mes filles, mais les médias et les campagnes de prévention m’ont fait comprendre que le silence peut être dangereux. Il est crucial de leur parler de manière claire et adaptée à leur âge,confie Pauline Mwika, une mere de famille qui vit dans la commune de Lemba." 

Cette prise de conscience est partagée par d'autres parents, comme Marceline Kasongo, responsable d'une école à Mont-Ngafula, qui souligne l'importance de briser les tabous : "Les jeunes filles ont besoin de connaître leur corps, d’être informées sur les risques, mais aussi de comprendre le respect de soi et des autres dans la relation sexuelle,

Il est important de noter que les réponses des parents, bien qu’hétérogènes, reflètent des préoccupations communes. Bernadette Kalombo, une autre mère de la commune de Selembao, confie : "Quand ma fille m’a demandé ce que signifiait avoir des relations sexuelles, j’ai d’abord été choquée, mais je lui ai répondu de manière simple. Nous ne pouvons pas nous cacher derrière nos peurs, c'est un sujet que l’on doit aborder avec sérieux." Ce témoignage met en lumière l’importance d’adopter une approche pragmatique et bienveillante face à la curiosité des jeunes générations.

Par ailleurs, le rôle de l’école dans l’éducation sexuelle devient de plus en plus central. Kazi Makaya, père de famille à Kinshasa, explique : "À la maison, je fais de mon mieux pour que mes enfants comprennent l’importance du respect mutuel et des limites personnelles. Mais c’est aussi à l’école de prendre en charge cette éducation, car les jeunes passent plus de temps là-bas qu’à la maison."

Dans le même esprit, Henriette Bokamba, responsable de famille dans le quartier de Kemi, ajoute : "Nous, les parents, avons souvent honte de parler de sexualité, mais quand je vois mes enfants grandir, je comprends qu’il est important qu'ils soient informés. Même si c’est difficile, je parle avec mes filles des relations amoureuses et des risques associés."

À Kinshasa, bien que l’intégration de l'éducation sexuelle dans les programmes scolaires reste encore marginale, la situation commence à évoluer. Certaines écoles de la commune de Ngaliema et Kintambo ont mis en place des programmes d’éducation à la sexualité, en collaboration avec des ONG locales et internationales. Ces programmes visent à fournir aux élèves des informations sur la prévention des IST/VIH, la contraception, et les droits sexuels des femmes. Didier Kimbembe, un enseignant à l’une des écoles secondaires de Kintambo, précise : "Au début, l’éducation sexuelle était un sujet sensible, mais au fil des années, les élèves sont devenus plus réceptifs, surtout quand ils réalisent que cela pourrait les protéger. Nos discussions incluent des informations sur les dangers des relations précoces, et sur l’importance de se protéger."


Néanmoins, malgré ces avancées, plusieurs défis demeurent. Le manque de ressources pédagogiques et de formations spécifiques pour les enseignants reste un frein majeur à l’expansion de ces programmes. Les manuels d’éducation sexuelle adaptés à la réalité congolaise sont encore rares et les cours sont souvent dispensés de manière sporadique, ce qui laisse de nombreuses lacunes dans la compréhension des jeunes. Guy Kambale, professeur d’éducation à la vie à Marie Olive, témoigne : "Les élèves sont souvent mal informés, et beaucoup ont des idées fausses sur la sexualité. Nous essayons de déconstruire ces mythes et de leur fournir des informations scientifiques basées sur la réalité de notre environnement. Mais il y a encore beaucoup à faire."

Dans ce contexte, des initiatives de sensibilisation menées par des professionnels de la santé viennent compléter les efforts éducatifs. Suzanne Luyindula, infirmière et responsable d’un programme de sensibilisation au VIH, explique : "Les jeunes filles n’ont pas toujours accès à des informations fiables. Dans certains quartiers, elles apprennent souvent de manière informelle, à travers des amis ou des connaissances, ce qui n’est pas toujours juste. Nous essayons donc d’organiser des séances de sensibilisation dans les écoles et communautés pour combler ce vide.

Ces actions visent à pallier les insuffisances des systèmes éducatifs et à garantir une meilleure éducation à la sexualité pour les jeunes filles de Kinshasa.

Nancy Clémence Tshimueneka