"Etre une femme cordonnière à Kinshasa, c'est nager à contre-courant" immersion dans l'aterlier de Esokowa Londo Marie Jeanne

Photo/ Droits tiers
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Dans les ruelles animées de Kinshasa, où le bruit des moteurs et des klaxons se mêle au chant des vendeurs ambulants, se cache un atelier où le cuir prend forme sous les doigts habiles d'une femme. Esokowa Londo Marie Jeanne, diplômée en coupe-couture, a choisi de faire de la cordonnerie son métier, un domaine traditionnellement dominé par les hommes en République Démocratique du Congo.


Avec ses outils à la main, Esokowa Londo Marie Jeanne fabrique des chaussures sur mesure, réparant les vieilles paires et créant de nouvelles pièces uniques. Son parcours atypique en fait une figure inspirante dans un secteur où les femmes sont sous-représentées.
Mais derrière le sourire et la fierté d'avoir choisi un métier peu commun, se cachent des défis quotidiens qui témoignent des inégalités persistantes.

- Le poids des stéréotypes : " être une femme cordonnière à Kinshasa, c'est un peu comme nager à contre-courant", confie-t-elle. "Les gens sont souvent surpris de me voir travailler avec autant d'aisance avec des outils et des matériaux aussi robustes. Les regards interrogateurs et les commentaires désobligeants ne sont pas rares."


- Au-delà des préjugés, Esokowa Londo Marie Jeanne fait également face à des conditions de travail difficiles. "Les ateliers sont souvent exigus, mal ventilés et mal éclairés. Les produits chimiques utilisés pour traiter le cuir peuvent être irritants pour la peau et les voies respiratoires. Et puis, il y a la question de la force physique. Certaines tâches demandent une grande robustesse, ce qui peut être un défi pour une femme", explique-t-elle.


- ⁠Un accès limité aux ressources: "les formations professionnelles sont souvent conçues pour les hommes, et les réseaux professionnels sont dominés par les hommes. Il est difficile de trouver des mentors féminins dans ce domaine. On se sent souvent isolé", déplore-t-elle.


- ⁠Une clientèle réticente à faire appel aux services d'une femme cordonnière. "Certains clients préfèrent travailler avec des hommes, pensant qu'ils seront plus compétents. Il faut souvent faire ses preuves pour gagner leur confiance", souligne la cordonnière.

Malgré ces difficultés, Esokowa Londo Marie Jeanne ne compte pas abandonner. "J'aime la création, j'aime donner une seconde vie aux chaussures et j'aime le contact avec les clients. Je veux également montrer aux autres femmes qu'il est possible de réussir dans un métier qui n'est pas traditionnellement féminin. Je veux ouvrir la voie à d'autres ", explique-t-elle avec passion. "C'est un métier qui me permet d'être indépendante et de m'exprimer."


Pour elle, il est essentiel de valoriser le travail des artisans, et en particulier celui des femmes. "Nous avons besoin de plus de reconnaissance et de soutien pour développer notre secteur", souligne-t-elle. "Les pouvoirs publics pourraient, par exemple, mettre en place des formations spécifiques pour les femmes et faciliter l'accès au financement."

En continuant à exercer son métier avec passion et détermination, Esokowa Londo Marie Jeanne contribue à faire évoluer les mentalités et à ouvrir de nouvelles perspectives pour les femmes en RDC.
Son parcours est emblématique de celui de nombreuses femmes qui luttent pour faire reconnaître leurs compétences et leur place dans un monde du travail encore trop souvent marqué par les inégalités.


Nancy Clémence Tshimueneka