Cinéma : avant-première du film “Simon Kimbangu” de Masumu Debrindet

Masumu
Ph. ACTUALITE.CD

Préserver la mémoire, pérenniser notre propre histoire dans les générations futures, telle est la mission du film dénommé “Simon Kimbangu” de Masumu Debrindet. Ce dernier qui voit en ce film d’un peu plus d’une heure, le couronnement de sa carrière artistique, a joué le rôle principal, a été réalisateur et bien d’autres rôles, pour produire une biographie fidèle de Simon Kimbangu, telle que racontée par les responsables de l’église Kimbanguiste.

Le film a été projeté en avant-première vendredi 16 décembre, au CinéBuzz au Showbuzz. Il se déroule sur deux ans, en 1920 et 1921, à Léopold ville (actuelle Kinshasa), Nkamba et d’autres villages dans l’actuelle province du Kongo-Central. A l’époque, la RDC est en pleine colonisation belge. Ce qui n’a pas permis à Kimbangu (incarné ici par Masumu Debrindet) de s’épanouir dans la mission divine que lui donnait Dieu à travers des révélations. Il guérissait des malades et prêchaient dans les villages. Cela n’aura pas duré parce que Kimbangu s’est fait rechercher, arrêter et emprisonner.

Dans ce long métrage, avec langue principale Lingala, on y retrouve également des faits connus sur la vie de Simon Kimbangu. Il a travaillé dans une huilerie à Kinshasa pendant 3 mois, mais sans toucher de salaire. Quelqu’un d’autre signant en avance, à sa place à chaque fois, sans trop comprendre. Un agent de police l’a intercepté et lui a arraché ses poissons fumés. Par la suite, toute nourriture dans la bouche de ce policier se transformait en poisson. Il est sorti vivant après avoir été enfermé dans un tonneau jeté dans le fleuve.

Dans ce film, il y a une volonté de défaire “les mensonges racontés par les occidentaux” sur la vie de Simon Kimbangu. Un point est mis sur le côté de la religion et le message d’indépendance qu’il répandait. Il a fait l’objet d’une controverse inexplicable dans les villages, contesté même par ses frères. Une guerre de leadership a éclaté avec les anciens des villages, magiciens, guérisseurs. Chassé de la mission protestante, Kimbangu a dû fuir à Nkamba pour se protéger des blancs qui voulaient sa tête.

Il a été finalement arrêté en pleine réunion avec des membres du village qui croyaient en lui. Incarcéré, il a été transféré en janvier 1922, à Elisabeth Ville (actuelle Lubumbashi), à la prison centrale où il mourut près de 30 ans après.

Motif de satisfaction

Un moment d’échange a eu lieu après la projection du film. Présent sur le lieu, l’acteur et réalisateur du film, Masumu Debrindet, a indiqué avoir été révolté par le fait que dans les écoles catholiques où il a fait ses études, il lui a été enseigné des guerriers extraordinaires mais jamais nos réalités.

« On a grandi au Kongo-Central, on a étudié dans les écoles catholiques, à l’internat. Jamais, on ne pouvait prononcer le nom de Kimbangu, c’était un fait divers. Et quand j’ai découvert, je me suis dit que c’était injuste de laisser passer toute une histoire sans qu’on en parle », a-t-il dit.

Et d’ajouter :

« Kimbangu est le précurseur des indépendances africaines. Il faut que les gens le sachent. Ma lutte est que l’opinion ait la vraie version de notre histoire »

Masumu Debrindet a déjà écrit une pièce de théâtre sur Kimbangu, qu’il a présenté dans toutes les écoles Kimbanguistes et même au stade Tata Raphaël. Selon lui, cela n’a pas suffi. C’est alors qu’il a commencé le travail sur ce projet de film. Il y a mis de la concentration pendant plus de 10 ans pour aboutir à ce long métrage. Il a rencontré le fils de Simon Kimbangu, à Nkamba, avec qui il a discuté pour plus de détails.

« Ce film donne une certaine leçon par rapport à la jeunesse, à l’humanité. Que les hommes arrivent à comprendre que nous sommes tous issus d’un même Dieu. Noir ou blanc, nous avons les mêmes potentialités que nous devons exploiter pour le bien être commun », a dit un participant à l’avant-première.

Les prochaines projections sont prévues en salle pendant un mois, en janvier 2023. En février une tournée de projections publiques. En avril, le deuxième volet du film sera produit plus professionnellement. Une tournée européenne est également prévue en début d’année 2023, mais elle sera fixée dès que la réponse à la demande de visa est favorable.

Emmanuel Kuzamba