Vendredi 15 janvier 2021 - 21:07

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RDC: ce que pense l'Evêque d'Uvira du Chef de la Maison Civile, Dr Bruno Miteyo
 Dr Bruno Miteyo, Chef de la Maison civile du Chef de l'État

Deus Caritas est

Homélie à messe d’action de grâce pour le Dr Bruno Miteyo Nyenge, Uvira, le 9.1.21

Mes frères et sœurs dans le Christ à vos titres et diverses distinctions, 

0. Nous avons voulu cette messe une action de grâce à Dieu pour notre frère Bruno Miteyo Nyenge qui, ayant commencé sa mission au milieu de nous et après avoir exercé de grandes responsabilités dans notre Eglise du Congo, a été appelé à d’autres charges plus grandes encore au niveau national, auprès du Président de la République, en qualité du Chef de sa Maison civile. Aussi, au moment où notre pays traverse une crise grave, il faut l’avouer, étant donné la déliquescence - le mot est fort, mais, c’est cela la réalité - de ses leaders, le leadership de Bruno nous a inspiré cette méditation orientée dans une triple perspective : Pour devenir soi, un leadership productif des valeurs et la vocation inscrite dans le thème Caritas.

1. Lorsque nous sommes arrivé à Uvira, cela la fait 7 ans déjà, évaluant ensemble toutes nos structures avec leurs animateurs, nous avions, autour de la Caritas, rappelé aux animateurs de celles-ci que l’homme qui dirigeait la Caritas nationale à cette époque venait de chez nous, d’abord dans le petit village de Kiringye, au Centre du Développement Communautaire (CDC), qu’il avait marqué de son emprunt, avant de venir à Uvira, où, pionnier de la Caritas, ses actions sont encore visibles. Aussi, en préparant cette messe, nous avons été partagé entre deux textes de l’Evangile, celui que nous venons d’entendre, la Parabole de talents (Mt 25, 14-30, et auquel nous reviendrons, et celui dit de Nathanaël au cœur duquel se trouve cette question : « que peut-il sortir de bon à Nazareth ? » (Jn 1, 47). Mutatis, mutandis, que peut-il sortir de bon à Kirigye, que peut-il sortir de bon à à Uvira ? Comme j’aime à le dire aux jeunes : quelles que soient tes origines modestes, tu peux réaliser ton rêve de réussir ta vie, de prendre en main, de forger ton destin, si tu le veux et tu y travailles. Qui veut peut, dit-on. En acceptant  de célébrer cette Eucharistie, nous avons voulu témoigner notre fierté face au leadership du Dr Bruno qui, parti de chez nous, son étoile est allé briller jusqu’au haut niveau de la République en passant par le haut niveau de l’Eglise locale au travers la Caritas nationale. 

2. Qui peut oublier que c’est sous son leadership que Caritas Uvira avait engendré la Caritas-Goma devenue l’une des plus prospères de l’Eglise du Congo, aujourd’hui. C’est aussi lui qui avait donné forme et consistance à la grande Caritas nationale que nous avons aujourd’hui, l’une des plus importantes en Afrique, dont parmi ses grandes réalisations, nous pouvons citer l’IFOD (Institut de financement des Œuvres du Développement), autrement dit la Banque catholique du Congo, et très prochainement notre Société d’assurance de la CENCO, dont Dr Miteyo a été le semeur de germes, avant de passer le témoin à d’autres, et d’être appelé à la Maison civile du Président de la République. 

3. Contrairement à ce que l’on entend de mauvaises langues, ce n’est pas par un relent du tribalisme qu’il a été choisi par le Président de la République, c’est plutôt avant tout à cause de toutes ses œuvres, sa compétence, son esprit d’entreprise, de créativité, d’inventivité, bref, son génie propre, son esprit d’entreprise. Comme j’aime encore à le répéter aux jeunes et même aux prêtres : quand tu as de la compétence, quand tu fais bien ton travail, tu n’auras pas besoin de corrompre le monde ou de t’appuyer sur ta tribu ou sur les puissants ; tes œuvres parleront pour toi, car on aura toujours besoin de toi. Même le professeur le plus corrompu est fier de ses étudiants les plus brillants parmi lesquels il choisit ses assistants quand il en a besoin. Et dans notre société où tout le monde voit le tribalisme de tout le monde, évêque, on a beau être taxé de tribaliste, lorsqu’on détecte un prêtre pas nécessairement brillant, mais travailleur, inventif, responsable, entreprenant, etc., on a du mal à se passer de ses services pour la bête raison qu’il n’est pas de sa tribu. Ce sont souvent des fainéants qui justifient leur non avancement en accusant les autres de mauvaise foi à leur égard, pire du tribalisme. A Uvira, la promotion de cet homme parti de chez nous pour être là où il est aujourd’hui doit nous interpeler : pourquoi son leadership ne nous a pas inspiré, influencés positivement pour la prise en charge, la prospérité des œuvres qu’il a laissées ? A chacun de s’interroger non seulement à la Caritas, au CDC Kirigye, mais aussi dans nos autres structures diocésaines, à l’Economat général, au BDOM, au CDPKa, au CDPE, à l’UNDT, à RNDT, etc. 

4. La première lecture nous parle de l’amour. Deus Caritas est (Dieu est amour). L’amour de Dieu et des prochains, associé à l’estimer de soi ; aimer ce que l’on est et ce que l’on fait est une source d’épanouissement et du don de soi. Vous avez tous entendu ce qui s’était passé à Bukangalonzo, ce parque agricole dans lequel le gouvernement de l’époque avait investi 200 000 000 de $. Lorsque l’actuel Premier Ministre de la coalition FCC-CACH, Monsieur Sylvestre Ilukamba, était de passage là-bas, ayant constaté la catastrophe avait posé la question de savoir qu’est ce qui n’avait pas marché, qu’est ce qui avait manqué pour qu’on en arrive là. Et son ministre de l’agriculture de répondre que, c’est l’amour du pays qui avait manqué. Là où il y a l’amour, on peut tout ; l’amour de son peuple, l’amour du pays. Quand on manque l’amour parce qu’on est préoccupé par ses propres intérêts, on ne peut rien. C’est le drame que nous vivons ces derniers temps dans notre pays. Je pense que c’est là où le Chef de l’état doit faire beaucoup attention dans sa volonté de créer son Union sacrée que nous appelons tous de tous nos vœux pour le relèvement du pays en s’entourant de mêmes personnes qui soient disant veuillent se convertir pour se mettre cette fois-ci au service du peuple, de la nation. « Qui a bu, boira », dit-on. Qui a volé, volera ; qui a tué, tuera…  « C’est le péché qui parle au cœur de l’impie, ses jeux ne voient pas que Dieu est terrible. Il se voit d’un œil trop flatteur pour  trouver et haïr sa faute, il n’a que ruse et fraude à la bouche; il a perdu le sens du bien. Il prépare en secret ses mauvais coups. La route qu’il suit n’est pas  celle du bien, il ne renonce pas au mal (Ps 35, 2-5). 

5. La RD. Congo a besoin d’une nouvelle classe politique, celle de jeunes hommes et femmes qui, prenant conscience du chemin que nous avons parcouru durant 60 ans ; chemin de pauvreté et de misère sur une terre dotée de tant de ressources humaines et naturelles, chemin de honte et de médiocrité ayant fait aujourd’hui de notre nation l’une de plus risées du monde, doivent se dire plus jamais ça : Debout congolais pour bâtir un pays plus bon qu’avant. Nous sommes fatigués d’entendre toujours des arguments faux-fuyants du genre : le Chef de l’Etat est bien, bon, de bonne foi et de bonne volonté, mais c’est son entourage qui est mauvais, de mauvaise foi et de mauvaise volonté. Le chef choisit souvent son entourage selon son profil : les médiocres s’entourant de médiocres, les prédateurs de prédateurs, les fainéants de fainéants, les corrompu de corrompus ; les excellents s’entourant d’excellents, les travailleurs de travailleurs, les hommes du progrès d’hommes du progrès, les incorruptibles d’incorruptibles.  

6. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la Parabole de talents que nous avons entendue (Mt 25, 14-30). A Uvira, j’aime exercer, faire réfléchir les jeunes en leur demandant de me dire à qui ressemblent les Congolais parmi ces trois ouvriers qui, le premier ayant reçu 5 talents, produisit 5 autres ; le deuxième ayant reçu 2, donna 2 autres, et enfin, le dernier ayant reçu 1 seul, qu’il préféra cacher sous la terre au lieu de le faire fructifier. Au quel de ces ouvriers peut-on comparer les Congolais ? Au premier ? Pas du tout, car nous avions beaucoup reçu, mais rien produit par rapport à l’immensité du don reçu. Au second, qui avait fait comme le premier ? Non plus. Au troisième ? Non plus, parce que nous avions plutôt beaucoup reçu. A qui alors ? Il m’arrive parfois de mettre la clé de ma voiture en jeu, en jurant de la remettre à quiconque me donnera une bonne réponse, convaincu que personne n’y parviendra. Ce que je ne ferai pas aujourd’hui, car beaucoup d’entre vous m’ont déjà entendu à ce sujet. En réalité les congolais sont un mélange du premier quant au don reçu et au dernier quant au résultat produit. Imaginez quelle catastrophe économique ferait le patron de ces ouvriers si c’est au dernier qu’il avait confié beaucoup de talents. « A celui qui a on donnera, et à celui qui n’a pas, on enlèvera le peu qu’il a » (Mt 25, 29). Pour n’avoir pas beaucoup fructifié le don reçu, ce pays risque de nous être arraché pour être « confié à un peuple qui lui fera produire ses fruits » (Mt 21, 44). 

7. Nous avons besoin de dirigeants qui répondent au critère de la méritocratie. Au sujet du dernier ouvrier, que Jésus qualifie de « propre à rien » (v 30), on peut se poser la question comme le Premier Ministre Sylvestre Ilukamba se l’était posée au sujet de Bukangalonzo : « qu’est-ce qui avait manqué ? ». Ce qui avait manqué, c’est la bonne foi, la bonne volonté,  comme Jésus le reproche au médiocre ouvrier en le prenant aux mots : « Serviteur mauvais, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé, et que je ramasse où je n’ai pas répandu ? Eh bien ! tu aurais dû mettre mon argent à la banque, et à mon retour, j’aurais recouvré mon bien avec bénéfice » (v 27). Les médiocres s’arrêtent toujours aux problèmes, jamais ils ne cherchent à les résoudre, à les contourner. Leur tort, c’est de ne jamais oser prendre des risques. Les hommes du progrès savent contourner les difficultés, trouver, inventer, créer des solutions même à partir de rien. Dieu crée à partir de rien ; les hommes inventent à partir de quelque chose. Il existe pourtant des hommes qui inventent à partir de rien, de gens partis de rien pour être, devenir, faire de grandes choses. Je crois que notre frère Bruno est de cette dernière catégorie des leaders producteurs des valeurs tant matérielles qu’immatérielles ; ces gens dont le pays a besoin pour son relèvement. 

8. Plus que la bonne foi, la bonne volonté, il faut l’amour comme la réponse avait été donnée au Premier Ministre ; ce qui avait manqué à l’ouvrier paresseux. L’amour, cela se dit Caritas en latin. La Maison civile du Chef de l’Etat est sa Caritas. Prions pour notre ami et frère Bruno, afin que le Seigneur lui comble de la grâce de faire éclore son génie au service de la nation à la dimension de la vocation inscrite dans le terme Caritas. Qu’il continue à lui donner la claire vision de ce qu’il doit faire et la grâce, la force et la volonté de l’accomplir. Il y a beaucoup de pauvretés, pire de misères chez nous, aujourd’hui. Puisse-t-il être avant tout au service des pauvres sans distinction des tribus, des langues, des sexes, des catégories, etc. 

9. Quant à nous autres au diocèse d’Uvira, connaissant bien notre situation de l’insécurité, de manque de paix, de tueries, d’enlèvements, de kidnappings, etc., ces derniers temps, ici chez nous où il avait posé ses premiers pas dans son progrès vers l’excellence, comme je l’ai dit à ses émissaires, nous attendons de lui qu’il fasse le suivi de notre Projet pour la Paix Durable sur les Hauts Plateaux par le Développement (PPDHPD), que nous avions laissé entre les mains du Chef de l’Etat. Sans oublier de lui rappeler la promesse qu’il nous avait faite lors de notre rencontre, d’intervenir personnellement à travers les autorités provinciales pour résoudre tant soit peu l’épineux problème des inondations dans notre ville d’Uvira, dont les travaux d’aménagement demandent de gros moyens. 

10. Enfin, prions pour notre frère et ami Dr Bruno Miteyo, afin qu’avec toute ces expériences accumulées à la Caritas diocésaine d’Uvira d’abord, nationale ensuite, avec beaucoup d’ouvertures au monde, il aide le Président de la République à rendre maintenant concrète la Parole de son père : « Le peuple d’abord ». Si hier, cela n’avait pas été possible parce que le père n’avait jamais exercé le pouvoir, maintenant que le fils y est, que ce rêve devienne réalité ; que ce slogan devienne action pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des hommes. Amen.

                 Sébastien-Joseph MUYENGO MULOMBE

Per Viscera  Misericordiae Dei Nostri

Evêque d’Uvira

 

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