RDC-Ituri : des militaires préoccupés à percevoir des taxes sur l’axe Iga Barierre-Mugbalu à Djugu
Illustration. Un militaire au front contre ADF à Beni/Ph ACTUALITE.CD

Des militaires congolais ont érigé plusieurs barrières pour percevoir des taxes sur l’axe Iga Barierre-Mugbalu, au nord de Bunia, dans le territoire de Djugu. Des passagers disent être sommés de payer jusqu’à 5 000 FC à chaque barrière. Ils appellent les militaires à traquer des miliciens  CODECO plutôt que de se contenter à faire la fortune. Reportage.

Le reporter d’ACTUALITE.CD qui a fréquenté l’axe Iga Barierre-Mugbalu ce mardi dit avoir dénombré plus de 20 barrières sur cet axe long de seulement de 85 Km. Il s’agit généralement des cordes ou des sticks de bois devant lesquels les passagers sont obligés de s’arrêter pour payer des taxes. Si certaines barrières sont tenues par des cantonniers chargés d’entretenir la route, d’autres, la quasi-totalité sont tenues par des militaires déployés dans la région pour traquer les miliciens de CODECO qui endeuillent cette région de Djugu depuis décembre 2017. Et à chaque barrière, les propriétaires des motos et véhicules sont sommés de payer jusqu’à 5 000 FC pour se frayer passage. Ce qui révolte James, ce jeune taxi-moto rencontré sur l’axe Kobu-Mungbalu.

«Nous sommes vraiment indignés du comportement de nos militaires. Sur l'axe Iga Barierre-Mugbalu (85 Km, Ndlr), nous avons plus de 20 barrières. Nous payons au moins 2000 à 5000 FC pour le passage à chaque barrière. Ils nous demandent même le palata. Hors cela n'existe pas dans notre province. Les autorités doivent éduquer nos militaires. On ne sait plus si nous sommes dans quel pays et devant quelle armée concrètement. Il faut préparer au moins 25 000 FC pour leurs rapports, nous simples taximen. Comment peuvent-t-ils nous tracasser plus que même les miliciens? C'est ça la sécurité?», s’indigne-t-il.

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Un péage érigé par les militaires mais tenu par des civils sur la route Bunia-Mungbalu/Ph ACTUALITE.CD

 

D’après des témoins, cette tracasserie date de plus de deux ans maintenant. A la suite des dénonciations de plusieurs acteurs, les militaires ont changé des stratégies pour voiler leur implication : ils ne sont plus visibles au poste-barrière, mais recrutent des civils qui se chargent de la perception des taxes en leur place. Et eux, n’interviennent qu’en cas de résistance. 

«Ils ont changé le système comme on les dénoncent souvent. Ils mettent les gens en tenue civile au poste barrière. Si vous refusez de payer les taxes qu'ils appellent "rapport", ils font appellent maintenant aux militaires. Et les militaires débarquent bien armés. Et là, vous êtes obligé de donner de l'argent, d'ailleurs avec forfait pour résistance», dénonce notre source.

Faire la paix en s’adonnant à l’ambiance!

L’axe Iga Barierre-Mugbalu est l’un des plus insécurisés du territoire de Djugu, l’actuel épicentre des violences en province de l’Ituri. L’armée congolaise y a déployé ses éléments pour contrer les éventuelles invasions des miliciens dans des villages. Mais des usagers de l’axe craignent que cette concentration des militaires dans la perception des taxes puisse les détourner de leurs missions de la protection des populations et leurs biens. 

«Ces militaires sont normalement déployés dans des positions stratégiques, là où les miliciens proviennent. Ils doivent comprendre ça. Malheureusement nous nous rendons compte qu'ils sont préoccupés à percevoir des taxes. Ils nous demandent certains documents, quand les leur présente, ils nous disent "Tokoliya documents nayo wana? Pesa mbongo! (Ndlr: Nous allons nous nourrir de tes documents? Donne l'argent!) Pour ma sécurité, j'accepte de leur donner de l'argent, et ils s’en servent pour faire de l’ambiance dans des centres de négoces et les miliciens profitent de ces occasions pour nous attaquer. C'est ça le problème», regrette cet usager d’une trentaine révolue qui s’est confié à ACTUALITE.CD.  

Des militaires ne s'arrêtent pas qu’aux tracasseries. Les témoins les accusent de s’adonner aussi aux tortures des personnes qu’ils qualifient de résistants. Les habitants qui se sont confiés à ACTUALITE.CD appellent la hiérarchie militaire à inspecter les troupes déployées sur l’axe Iga Barierre-Mugbalu, pour se rendre compte de ces dérapages. 

«Ces militaires arrivent même au point de torturer les civils jusqu'à la mort. Ils l'ont fait notamment à Mugbalu. Les autorités militaires doivent faire la ronde pour s'imprégner de la situation. Ces autorités nous trompent dans les médias en disant que les dispositions sont prises pour mettre fin à cette pratique (tracasserie), ce qui n’est pas le cas. Peut-être qu’ils détournent l'argent destiné à la ration des militaires, ce qui pousse les soldats à la débrouillardise? C'est inadmissible! Nous n'allons pas accepter de mourir comme ça. Nous demandons l'implication des autorités, à moins qu’elles soient complices», plaide un conducteur de moto, sur fond de colère.

Cette situation de tracasserie est signalée alors que les autorités avaient décidé de démanteler toutes les barrières illégales en territoire de Djugu. Un problème qui a d’ailleurs été évoqué auprès des autorités provinciales comme un des éléments de crise de confiance entre les habitants de Djugu et l'armée congolaise. En attendant, les violences se poursuivent à Djugu. Les miliciens multiplient des attaques contre les civils. Actuellement, c’est le secteur de Banyali Kilo qui paie de lourds tributs. Une vingtaine de personnes ont été tuées dans une triple attaque dimanche dernier dans le secteur précité. 

Franck Asante, à Djugu

 

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