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Fayulu attendu à Butembo : "S'il nous libère de l’insécurité, de la guerre, il aura fait l’essentiel" (Kakule Mabele - 60 ans)

Jeudi 6 décembre 2018 - 09:15
Les militants perchés sur un chantier à la place VGH à Butembo pour attendre le meeting de Martin Fayulu

Mercredi, des milliers de militants rassemblés au rond-point VGH, à Butembo, où était prévu le meeting de Martin Fayulu, disent attendre de ce dernier, la restauration de la paix dans l'Est du pays une fois élu président de la République après les élections du 23 décembre. Ils justifient leur attente par le souci de relancer les activités agricoles suspendues dans plusieurs coins du Nord-Kivu suite à l'insécurité grandissante causée par les groupes armés locaux et étrangers.  

Ils sont nombreux, les habitants du Grand Nord (Beni, Butembo et Lubero) qui attendent de  Martin Fayulu la paix.

«Ici à Butembo, nous avons tiré l’essentiel de nos ressources dans l’agriculture. C’est l’agriculture qui nous a fait prospérer. Mais aujourd’hui nous avons abandonné nos champs, nos cacaos, nos cafés, nos palmiers, suite à l’activisme des miliciens dans les campagnes, dont les Maï-Maï à Lubero, les ADF (Forces démocratiques alliées, Ndlr) à Beni. Le problème est que nous ne savons plus nourrir nos familles et appuyer notre commerce. Et les quelques opérateurs économiques qui osent encore se lancer dans le transport, leurs véhicules sont attaqués et incendiés. Si Fayulu nous libère de cette affaire de l’insécurité, de la guerre, il aura fait l’essentiel pour nous», plaide de son côté Kakule Mabele, 60 ans, un vieux curieux rencontré à la place VGH.

Kavugho Ngahi, 47 ans, est une déplacée venue d’Oicha, chef-lieu du territoire de Beni. Si elle s’est invitée à la place VGH de Butembo c’est pour, d’après elle, venir écouter la politique de la coalition Lamuka pour stopper les tueries des civils récurrents depuis octobre 2014 dans la région de Beni.

«Notre grande attente, c’est de voir cette guerre se terminer. Elle nous a rendus misérables. Après avoir perdu mes parents à Mukoko (une localité près d’Oicha, Ndlr), j’ai décidé, avec ma famille, de trouver refuge à Butembo. Mais ici, nous peinons à trouver même un seul repas le jour. Nous voulons que Martin Fayulu nous aide à mettre fin à cette guerre, parce que le pouvoir actuel n’a pas su le faire. Si la guerre est finie, ça sera la fin de notre calvaire : nous allons regagner Oicha et sauver nos récoltes qui pourrissent dans nos champs insécurisés», souhaite-t-elle.

Au-delà de la paix, des jeunes, à l’instar de Mumbere Mwisa Fiston, militant de la Démocratie Chrétienne Fédéraliste-Nyamwisi (DCF-N), réclament aussi l’emploi. Car, explique-t-il, le chômage constitue également un facteur d’insécurité dans le Grand Nord.

«Nous étions 25 quand nous décrochions nos diplômes. Personne de nous n’a trouvé un emploi. Et quand je voulais aller cultiver le cacao et le riz à Oicha pour financer mes études universitaires, en vue d’être compétitif sur le marché de l’emploi, les ADF nous ont chassés. Nous avons abandonné et retourné dans la misère. L’Etat doit comprendre que c’est le manque d’emploi, le chômage qui poussent nombre des jeunes à rejoindre les groupes armés. Fayulu doit casser la politique de Kabila qui a sacrifié les jeunes», recommande-t-il.

La restauration de la paix constitue donc le principal enjeu de la bataille électorale dans l’Est du Congo, notamment à Beni, région qui connaît depuis octobre 2014 une crise sécuritaire sans précédent, caractérisée notamment par une série de massacres des civils. A l’intervalle de 4 ans seulement, la société civile parle de plus de 1 500 civils tués, notamment des femmes et des enfants, et près d’un million de déplacés de guerre. Officiellement, le gouvernement congolais attribue ces attaques meurtrières aux ADF, un groupe islamiste ougandais présent au Congo depuis 1995.

Claude Sengenya, depuis Butembo

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