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RDC: « le dialogue doit se faire à plusieurs niveaux », plaide Jacques Djoli

Le député national Jacques Djoli

Invité vendredi du Space live animé par Stanis Bujakera Tshiamala, le professeur Jacques Djoli Eseng'Ekeli, rapporteur de l'Assemblée nationale, a livré une lecture approfondie des enjeux entourant le dialogue national convoqué par le président Félix Tshisekedi.

D'emblée, l'universitaire a salué la décision du chef de l'État de répondre aux attentes de la classe politique et de la société civile en lançant formellement ce processus. Il a toutefois tenu à préciser ne pas être « partisan de la vérité unique ou de la politique du fait accompli », exprimant le vœu que toutes les parties prenantes s'engagent positivement afin de sortir le pays de la crise multidimensionnelle dans laquelle il est plongé.

Trois priorités : paix, cohésion nationale et refondation de l'État

Reprenant les termes employés par le chef de l'État, le prof Djoli a identifié trois objectifs prioritaires pour ce dialogue. D'abord, restaurer la paix, dans un contexte où la crise sécuritaire à l'Est du pays combine agression extérieure, présence de groupes armés transnationaux, dont les ADF-Nalu, et affrontements à caractère intercommunautaire. Ensuite, consolider la cohésion nationale, en rappelant les tensions survenues récemment au Grand Kasaï autour des conflits fonciers, et en soulignant qu'au-delà des combats armés à l'Est, c'est bien la question du « vivre-ensemble » qui doit être structurée. Enfin, jeter les bases de la refondation de l'État, un chantier que le Rapporteur juge indispensable après plus de soixante-six ans d'indépendance marqués par une récurrence de conflits armés qu'il attribue à des « fragilités institutionnelles » persistantes.

Convoquant la mémoire institutionnelle du pays, le professeur a dressé un parcours des crises successives de la RDC : les sécessions du Katanga et du Sud-Kasaï au lendemain de l'indépendance, la longue parenthèse autocratique du maréchal Mobutu, la transition de seize ans, puis la fragmentation du territoire national en trois espaces distincts, Kinshasa, RCD et MLC, avant la réunification opérée à Sun City. Il a également rappelé les quatre cycles électoraux organisés depuis l'instauration du nouvel ordre démocratique, chacun ayant, selon lui, débouché sur une « crise de légitimité permanente », pour aboutir à la situation actuelle marquée par la persistance de groupes armés, dont l'AFC/M23, et par la présence de plus d'une centaine de groupes armés rien qu'en Ituri.

Pour le Rapporteur, ce constat traduit un problème de gouvernance globale et de fragilité étatique, qu'il juge nécessaire d'aborder à la racine, à travers un véritable pacte social susceptible d'orienter le pays pour les trois prochaines décennies.

Relancé sur l'exclusion de certains acteurs majeurs de la crise, notamment l'AFC/M23, le Pr Djoli a défendu une approche à plusieurs niveaux. Il a insisté sur le fait que le dialogue devait avant tout demeurer « un dialogue entre Congolais », partant de la base pour remonter jusqu'aux assises nationales, avec la participation de l'ensemble de la population.

S'agissant des groupes armés, il a distingué ce premier niveau de dialogue national d'un second cadre, qu'il juge nécessaire, avec ce qu'il qualifie d'« État agresseur » et ses soutiens internationaux, évoquant à ce titre les initiatives diplomatiques en cours à Washington et à Doha. Selon lui, ces trois volets, dialogue interne, dialogue avec le Rwanda, et diplomatie internationale, constituent les trois côtés d'un même triangle indispensable pour sortir durablement la RDC de la crise.