Poursuivant son intervention de vendredi lors du Space live animé par Stanis Bujakera Tshiamala, le professeur Jacques Djoli Eseng'Ekeli, rapporteur de l'Assemblée nationale, s'est longuement exprimé sur la question de l'inclusion des acteurs armés dans le dialogue national, ainsi que sur le rôle controversé de l'ancien président Joseph Kabila dans la crise sécuritaire à l'Est du pays.
« Il n'y a personne qui est exclu »
Répondant aux critiques pointant l'exclusion de certains acteurs majeurs du processus, Jacques Djoli a rejeté l'idée même d'une exclusion. Selon lui, le dialogue national repose sur trois pôles distincts et complémentaires : un cadre proprement congolais, réunissant forces politiques et société civile autour des assises nationales, un cadre diplomatique avec le Rwanda, notamment via les pourparlers en cours à Washington, et un cadre destiné aux groupes armés eux-mêmes, actuellement engagés dans des discussions à Doha. "Nangaa parce qu'il a laissé pousser les barbes il doit venir au dialogue ? Makenga qui est au service de Kigali aussi ?". Il a rappelé qu'une commission d'organisation, mise en place après la signature d'une ordonnance présidentielle, sera chargée de fixer les modalités pratiques du dialogue, y compris l'éventuelle audition de groupes ayant pris les armes.
Le professeur a par ailleurs relativisé le poids à accorder à l'AFC/M23 dans ce dispositif, estimant qu'il ne faut pas surestimer l'importance de ce mouvement, qu'il a qualifié à plusieurs reprises de force « instrumentalisée » par le Rwanda. Il a également évoqué la persistance de multiples groupes armés en Ituri, citant notamment CODECO et les FRPI, pour souligner le caractère transversal des thématiques à traiter, quel que soit le cadre choisi.
Kabila et l'AFC/M23 : une alliance jugée « inadmissible »
Interrogé sur l'hypothèse d'un rapprochement entre l'ancien chef de l'État Joseph Kabila et l'AFC/M23, le Pr Djoli s'est montré particulièrement virulent. Il a rappelé que M. Kabila, durant ses deux mandats à la tête du pays, avait qualifié le M23 de « bandits », avant de mener contre ce mouvement une campagne militaire ayant abouti à sa défaite. Pour le Rapporteur, il est dès lors « inadmissible » que le même homme puisse aujourd'hui envisager de s'asseoir aux côtés de Corneille Nangaa ou d'autres figures de l'AFC/M23, un rapprochement qu'il juge incompréhensible au regard des pertes humaines, civiles comme militaires, causées par ce conflit.
Le professeur a en outre rappelé que Joseph Kabila fait l'objet de sanctions américaines et a été désigné par des experts des Nations unies comme l'une des figures soutenant la rébellion. Il a également affirmé que le président rwandais Paul Kagame le traiterait comme un chef de cette insurrection, appelant les Congolais à « regarder la vérité en face » sur cette question.
Concluant cette partie de son intervention, le Pr Djoli a insisté sur la nécessité, pour les Congolais eux-mêmes, d'assumer une lecture lucide de la crise actuelle et de ses ramifications, plutôt que de se voiler la face sur les alliances susceptibles de se nouer autour de l'AFC/M23.