Invitée lundi du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l'ancienne ministre des Droits humains Marie-Ange Mushobekwa a vivement répondu à ceux qui lui contestent le droit de s'exprimer aujourd'hui sur les droits humains, en raison du bilan du régime Kabila en la matière. « J'ai le droit de parler des droits humains parce que j'étais ministre des Droits humains moi-même, et que mon âme est activiste des droits humains », a-t-elle martelé, affirmant qu'elle continuerait à s'exprimer sur ce sujet, que ses détracteurs soient d'accord ou non.
Interrogée sur les violences policières récurrentes lors des manifestations, elle a reconnu l'existence de « bavures » commises par la Police nationale congolaise, appelant les autorités ayant la police sous leur autorité, notamment le ministère de l'Intérieur et le commissaire général de la police, à veiller à ce que des armes non létales soient privilégiées pour disperser les manifestants plutôt que des armes létales.
Répondant aux accusations mettant en cause sa responsabilité personnelle dans les violations des droits humains commises durant son passage au gouvernement, Mushobekwa a développé une défense structurelle de sa fonction. Selon elle, le ministère des Droits humains était un « ministère transversal » sans autorité hiérarchique directe sur les forces de sécurité : la police et le renseignement relevant du ministre de l'Intérieur, l'armée du ministre de la Défense, la magistrature et les prisons du ministre de la Justice, la santé publique du ministre de la Santé, et les médias publics du ministre de l'Information. « Le ministre des Droits humains gère les dégâts causés par d'autres », a-t-elle résumé, précisant que son rôle se limitait à mener des enquêtes, produire des rapports et les transmettre au ministre de la Justice, seul habilité à instruire les procureurs.
Elle a néanmoins revendiqué des actions concrètes, citant son intervention pour la libération de l'activiste Carbone Béni, évoquant une dispute « violente » avec le patron de l'ANR à ce sujet, ainsi que le sauvetage de la petite Dorcas Makaya, victime d'une mutilation à la mâchoire, évacuée vers l'Afrique du Sud. « Si Carbone Béni est en vie, c'est parce que moi, Marie-Ange Mushobekwa, je me suis levée », a-t-elle affirmé, invitant l'intéressé, ainsi que Palmer Kabeya, à confirmer ses propos.
Sur la question de sa marge de manœuvre réelle face aux services de sécurité, elle a assuré avoir bénéficié du soutien du président Joseph Kabila, qui lui répétait, selon elle, « allez-y, faites ce que vous devez faire, vous avez mon soutien », tout en admettant avoir rencontré des résistances de la part de collègues du gouvernement à qui elle ne pouvait donner d'ordres. Elle a conclu en affirmant n'avoir « fait arrêter personne », « tué personne », ni « participé à aucun complot », se disant prête à répondre devant la justice, nationale ou internationale, sans crainte.