You are using an outdated browser. For a faster, safer browsing experience, upgrade for free today.
Diaporama
Slide 1 selected
Catégorie

Ebola en RDC: « N’attendez pas que le virus franchisse les frontières pour agir » alerte Tom Fletcher, SGA de l’ONU aux affaires humanitaires, face au déficit de financement

Un centre de traitement d'Ebola à à Butembo en 2021/Ph ACTUALITE.CD

Alors que plus de cent jours se sont écoulés depuis la déclaration officielle de la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC), l’épidémie continue de progresser, au regard du nombre élevé de cas confirmés et du nombre de personnes décédées. Face à cette situation, les Nations unies appellent à une opération « d’envergure et durable » pour tenter d’endiguer la propagation du virus.

S’exprimant lors d’une réunion d’information virtuelle à l’intention des États membres, depuis Genève en Suisse, Tom Fletcher, Secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a estimé que la réponse ne pouvait plus être menée progressivement face à une épidémie qui connaît désormais une croissance exponentielle. Il a ainsi mis en exergue les efforts déployés entre les différentes agences du système des Nations unies.

« Nous avons activé notre dispositif le 9 juin et renforcé notre réponse. Damien Mama, coordinateur humanitaire, et Julien Harneis, coordinateur principal pour Ebola, vous donneront une idée de ce à quoi ressemble la situation en première ligne. Les centres opérationnels de Bunia et de Beni sont pleinement opérationnels. Le financement humanitaire a été mobilisé. Et grâce au leadership renforcé de Damien, notre coordinateur humanitaire, nous nous sommes engagés, bien entendu, dans le cadre de la réinitialisation humanitaire, à garantir une réponse coordonnée et unifiée sous son autorité » a rappelé mardi 1er septembre 2026, Tom Fletcher 

Face à l’accélération de l’épidémie, le responsable onusien estime que des mesures supplémentaires doivent être prises rapidement.

« Mais nous ne pouvons pas répondre progressivement à une épidémie qui croît désormais de façon exponentielle. Il nous faut donc une opération d’envergure et durable pour endiguer le virus. Il faut accroître les capacités de traitement, mettre en place des équipes d’inhumation plus sûres et respectueuses de la dignité humaine, et améliorer l’accès des travailleurs humanitaires et du matériel », a-t-il ajouté.

Cette réponse doit notamment permettre d’accroître les capacités de traitement, de renforcer les équipes chargées des inhumations sûres et respectueuses de la dignité humaine et de faciliter l’accès des travailleurs humanitaires ainsi que l’acheminement du matériel.

Pour Tom Fletcher, la lutte contre Ebola doit également prendre en compte les besoins essentiels des populations affectées.

« Nous ne pouvons pas lutter contre Ebola isolément. Les populations ont besoin de services de santé fonctionnels, d’eau potable, d’installations sanitaires, de nourriture, de protection et de moyens de subsistance. Par-dessus tout, elles ont besoin de confiance », a indiqué le patron de l’OCHA.

La riposte à l’épidémie fait également peser de lourds risques sur les travailleurs de première ligne. Selon Tom Fletcher, plus de 40 agents de santé sont déjà morts après avoir contracté Ebola alors qu’ils tentaient de sauver des vies. Parallèlement, les efforts de préparation se sont intensifiés dans les pays voisins, notamment au Soudan du Sud et en République centrafricaine, deux pays eux-mêmes confrontés à d’importantes crises humanitaires.

« Les personnes qui mettent en œuvre cette réponse prennent des risques extraordinaires. Plus de 40 agents de santé sont décédés d’Ebola en tentant de sauver des vies. Des centres de traitement et des ambulances ont été attaqués. Ces intervenants de première ligne doivent être protégés. Les efforts de préparation se sont intensifiés dans les pays voisins, notamment au Soudan du Sud et en République centrafricaine, tous deux déjà confrontés à de graves crises humanitaires. La semaine dernière, l’OMS a déclaré l’Ouganda exempt de cette épidémie après 42 jours sans aucun cas d’Ebola signalé », a-t-il fait remarquer.

Sur le plan financier, les besoins restent considérables. Le Plan révisé pour les besoins humanitaires et la réponse en RDC pour 2026 prévoit 2,1 milliards de dollars, dont 300 millions de dollars consacrés aux activités liées à Ebola dans l’ensemble du secteur humanitaire.

« Le Plan révisé pour les besoins humanitaires et la réponse en RDC pour 2026 prévoit 2,1 milliards de dollars, dont 300 millions pour les activités liées à Ebola dans l’ensemble du secteur humanitaire. Plus d’un milliard de dollars ont été réunis, mais la moitié du financement nécessaire reste à trouver. Le virus, lui, n’attend pas que nous trouvions la solution. Grâce au Fonds central d’intervention d’urgence, et grâce à la générosité de nos donateurs, j’ai alloué plus de 57 millions de dollars à la réponse et à la préparation en RDC et dans les pays voisins. Par ailleurs, les financements mutualisés nationaux et régionaux sont également renforcés ».

Par la même occasion, Tom Fletcher a relayé l’appel du Secrétaire général de l’ONU concernant l’attention insuffisante accordée à cette crise. Selon le Secrétaire général de l’ONU, la communauté internationale doit également vaincre le « virus de l’indifférence » face à la crise d’Ebola.

Pour Tom Fletcher, il ne faut pas attendre que la maladie franchisse les frontières pour agir. Il a formulé plusieurs priorités à l’endroit des États membres : maintenir Ebola parmi les priorités internationales, garantir l’accès humanitaire et renforcer le financement.

« La semaine dernière, le Secrétaire général a dénoncé l’indifférence qui entoure cette crise. Il a raison de le faire. Une épidémie qui se propage à une telle vitesse devrait retenir l’attention du monde entier. La RDC fait sa part, la communauté internationale doit faire la sienne. Mes arguments sont donc simples. Tout d’abord, usez de votre influence, collectivement et individuellement, pour que cette crise reste une priorité internationale. N’attendez pas que le virus Ebola franchisse les frontières pour agir », a-t-il plaidé.

Sur le plan de l’accès humanitaire, Tom Fletcher a insisté sur la nécessité de permettre au personnel et au matériel de circuler rapidement et en toute sécurité, aussi bien à destination qu’à l’intérieur de la RDC.

« Deuxièmement, l’accès est indispensable. Le personnel et le matériel humanitaire doivent pouvoir circuler rapidement et en toute sécurité à destination et à l’intérieur de la RDC. Il est impératif de maintenir les frontières ouvertes et de lever les obstacles à l’intervention. Troisièmement, le financement. Nous avons besoin d’un soutien accru et flexible pour la riposte à l’épidémie d’Ebola et l’opération humanitaire au sens large. Le temps ne joue pas en notre faveur », a-t-il lancé.

Et de poursuivre :

« Nous avons l’expérience, les outils, des personnes extraordinaires qui risquent leur vie pour stopper cette épidémie. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de volonté politique, d’accès et de ressources. Nous avons déjà vaincu Ebola. Et nous pouvons le faire à nouveau. »

Plus de 3 000 personnes sont mortes depuis le début de l’épidémie d’Ebola provoquée par le virus Bundibugyo, selon le dernier bilan du ministère congolais de la Santé consulté mercredi par ACTUALITE.CD. Au 31 août, le pays avait enregistré 6 186 cas confirmés, dont 3 007 décès et 1 409 guérisons, soit un taux de létalité de 48,6 %, indique le rapport de situation publié par l’Institut national de santé publique (INSP).

Si l’Ouganda est parvenu à maîtriser l’épidémie d’Ebola, la situation demeure préoccupante en République démocratique du Congo. La progression de la maladie, la défiance d’une partie de la population, les insuffisances des infrastructures sanitaires et l’insécurité compliquent considérablement la riposte

Malgré ces défis, le gouvernement congolais se veut rassurant et affiche son optimisme quant à sa capacité à contenir l’épidémie. Les autorités entendent notamment s’appuyer sur l’expérience acquise lors des 16 précédentes épidémies d’Ebola enregistrées dans le pays, ainsi que sur les mécanismes de surveillance et de riposte développés au fil des années.

Le gouvernement assure ainsi poursuivre et renforcer les efforts engagés, avec l’appui de ses partenaires techniques et financiers, afin de freiner la propagation de la maladie, de protéger les populations à risque et de garantir une prise en charge rapide et efficace des personnes affectées

Clément MUAMBA