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RDC-Ebola : « Cette épidémie n’est pas une fatalité » la CENCO appelle à renforcer la riposte face à la démotivation des soignants et à la désinformation

Photo d'illustration

La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) dit suivre de près l’évolution de la nouvelle épidémie de la maladie à virus Ebola, la 17ᵉ de l’histoire de la République démocratique du Congo (RDC), et tire la sonnette d’alarme face à sa progression. Dans une déclaration jeudi 3 septembre, les évêques congolais se disent « préoccupés par la montée vertigineuse » du nombre de cas de contamination et de décès liés à cette épidémie déclarée le 15 mai dernier.

Selon les données officielles citées par la CENCO, l’épidémie, initialement signalée en Ituri avec 53 cas confirmés au 19 mai 2026, a connu une progression importante en l’espace de trois mois. La CENCO estime toutefois que ces chiffres pourraient être revus à la hausse, compte tenu de l’existence de cas qui ne seraient pas déclarés dans certaines structures sanitaires, ce qui complique la traçabilité des personnes touchées.

L’épiscopat salue également le courage des professionnels de santé et des bénévoles engagés dans la riposte et les encourage à poursuivre leur mission malgré les conditions de travail difficiles. Elle salue les efforts du gouvernement congolais, notamment ceux du ministère de la Santé, ainsi que l’engagement des partenaires nationaux et internationaux, parmi lesquels Caritas Congo et les Caritas diocésaines.

L’Église catholique annonce également sa volonté de contribuer à la riposte. Avec l’appui de Catholic Relief Services (CRS RDC), la CENCO prévoit notamment de fournir du matériel aux Caritas diocésaines de la province de l’Ituri, notamment celles de Bunia, de Wamba, à travers son antenne de Mambasa, et de Mahagi-Nioka. Cependant, les évêques appellent à davantage d’efforts pour répondre aux besoins des structures sanitaires.

« Les Évêques membres de la CENCO exhortent davantage tous ceux qui peuvent faire plus à ne pas hésiter, car beaucoup d’établissements de soins de santé ne sont pas suffisamment équipés en matériel de prévention et de protection afin de faire face à la maladie. Certains sont servis en quantité insuffisante, avec des ruptures de stocks à répétition. Il y en a qui affirment n’avoir jamais reçu le moindre matériel, de sorte que plusieurs professionnels de santé y ont perdu la vie. En tout état de cause, la situation sur le terrain demeure très préoccupante », a indiqué la CENCO.

La conférence épiscopale souligne que cette situation a déjà coûté la vie à plusieurs professionnels de santé et estime que la situation sur le terrain demeure « très préoccupante ». La CENCO pointe également les difficultés financières et logistiques auxquelles sont confrontés les professionnels de santé engagés dans la riposte. Selon les évêques, leur démotivation serait notamment liée à une prise en charge financière insuffisante, mais également aux problèmes de communication et de mobilité.

« Dans le même registre, il convient de signaler la démotivation des professionnels de santé à cause d’une insuffisante prise en charge financière (rémunération) et logistique (communication et mobilité). Il est urgent d’y remédier », a ajouté l’épiscopat. 

Désinformation et pratiques traditionnelles

Autre préoccupation majeure soulevée par les évêques : la désinformation, la mésinformation et la sous-information autour de la maladie à virus Ebola. La CENCO constate que certaines personnes attribuent encore la maladie à un mauvais sort ou à la sorcellerie. Elle relève également l’attachement à certaines pratiques culturelles relatives aux soins et aux rites funéraires.

Pour les évêques, ces facteurs contribuent à la résistance aux mesures de prévention et peuvent aller jusqu’à des agressions contre les agents de la riposte ou à l’incendie de centres de traitement.

« Nous sommes plus que préoccupés par l’ampleur de la désinformation, la mésinformation et la sous-information qui entourent cette maladie. D'aucuns attribuent à un mauvais sort ou à la sorcellerie. À cela s’ajoute aussi l’attachement aveugle à certaines traditions culturelles relatives au traitement et aux rites funèbres. Voilà qui justifie, en partie, la résistance aux mesures barrières, allant parfois jusqu’à l’agression de certains agents de la riposte, voire l’incendie de centres de traitement. Bien évidemment, ces comportements à décourager et la situation déplorable de guerre que connaît notre pays contribuent pour beaucoup à l’augmentation des cas de contamination », ont déploré les évêques. 

La CENCO appelle au respect des mesures de prévention

Face à l’extension spectaculaire de la maladie à virus Ebola, la CENCO exhorte la population congolaise à prendre très au sérieux cette réalité et à suivre scrupuleusement les indications des autorités sanitaires compétentes. Elle appelle notamment au respect des mesures de prévention édictées par le ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale.

Parmi les principales recommandations figurent le lavage fréquent des mains à l’eau et au savon ou l’utilisation d’un désinfectant à base d’alcool après chaque contact. Comme à l’époque de la COVID-19, les évêques recommandent également d’éviter de se serrer les mains, y compris à l’église pendant l’échange de paix, dans tous les diocèses, y compris ceux qui se trouvent dans des provinces qui ne sont pas officiellement déclarées touchées par l’épidémie.

La CENCO recommande également de cuire suffisamment les aliments, d’éviter de consommer la viande d’animaux morts, de ne pas manger de crudités et de privilégier les repas chauds. Les évêques appellent en outre à éviter tout contact avec le sang, les liquides biologiques et les tissus, notamment les vêtements et les draps, de personnes malades.

Ils demandent également d’éviter de manipuler le corps d’une personne décédée et de laisser les équipes médicales s’en charger. Toute personne présentant des signes de la maladie, notamment de la fièvre, des vomissements, de la diarrhée parfois sanglante, des saignements ou du sang dans les urines, doit être orientée vers le centre de santé le plus proche.

Les paroisses appelées à renforcer la prévention

Les évêques réitèrent également leur invitation aux directeurs des centres pastoraux diocésains et aux curés des paroisses à mettre en œuvre le plan de prévention et de lutte contre la maladie à virus Ebola à travers les Communautés ecclésiales vivantes (CEV) et les Mouvements d’action catholique (MAC), initié en juillet 2026 par la Commission épiscopale pour l’évangélisation et Caritas Congo.

Chaque évêque diocésain est également invité à évaluer, en collaboration avec les autorités sanitaires locales, le niveau de risque de contamination et de propagation de l’épidémie dans son diocèse et à prendre des mesures concrètes, allant jusqu’à adapter les veillées mortuaires et la liturgie des funérailles chrétiennes.

« Les Évêques réitèrent l’invitation aux Directeurs des centres pastoraux diocésains et aux Curés des paroisses à mettre en œuvre le plan de prévention et de lutte contre la maladie à virus Ebola à travers les Communautés Ecclésiales Vivantes (CEV) et les Mouvements d’Action catholique (MAC), initié en juillet 2026, par la Commission épiscopale pour l’évangélisation et Caritas Congo. Aussi chaque évêque diocésain est-il invité à évaluer et à apprécier, en collaboration avec les autorités sanitaires locales, le niveau des risques de contamination et de propagation de cette épidémie dans son diocèse, et à prendre des mesures concrètes allant jusqu’à adapter les veillées mortuaires et la liturgie des funérailles chrétiennes » ont recommandé les évêques de la CENCO.

« Cette épidémie n’est pas une fatalité »

Malgré l’ampleur de la situation, la CENCO refuse de céder au fatalisme. Les évêques considèrent que l’épidémie constitue une « dure épreuve » et une menace sérieuse pour la population congolaise, mais qu’elle peut être combattue. En communion avec le pape Léon XIV, l’épiscopat congolais appelle ainsi à une mobilisation collective pour mettre fin à l’épidémie.

« Assurément, cette épidémie à virus Ebola est une dure épreuve et une menace contre notre population qu’il faut prendre très au sérieux. Cependant, elle n’est pas une fatalité et donc ne doit pas avoir le dernier mot sur la vie du peuple congolais. Il nous faut nous mobiliser pour la combattre et la vaincre. Tel est, en communion avec le Pape Léon XIV, l’appel pressant de l’épiscopat congolais » ont-ils encouragé dans leur message

Plus de 3 000 personnes sont mortes depuis le début de l’épidémie d’Ebola provoquée par le virus Bundibugyo, selon le dernier bilan du ministère congolais de la Santé consulté mercredi par ACTUALITE.CD. Au 31 août, le pays avait enregistré 6 186 cas confirmés, dont 3 007 décès et 1 409 guérisons, soit un taux de létalité de 48,6 %, indique le rapport de situation publié par l’Institut national de santé publique (INSP).

Si l’Ouganda est parvenu à maîtriser l’épidémie d’Ebola, la situation demeure préoccupante en République démocratique du Congo. La progression de la maladie, la défiance d’une partie de la population, les insuffisances des infrastructures sanitaires et l’insécurité compliquent considérablement la riposte

Malgré ces défis, le gouvernement congolais se veut rassurant et affiche son optimisme quant à sa capacité à contenir l’épidémie. Les autorités entendent notamment s’appuyer sur l’expérience acquise lors des 16 précédentes épidémies d’Ebola enregistrées dans le pays, ainsi que sur les mécanismes de surveillance et de riposte développés au fil des années.

Le gouvernement assure ainsi poursuivre et renforcer les efforts engagés, avec l’appui de ses partenaires techniques et financiers, afin de freiner la propagation de la maladie, de protéger les populations à risque et de garantir une prise en charge rapide et efficace des personnes affectées

Clément MUAMBA


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