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Kongo Central : surpopulation carcérale, conflits fonciers et infrastructures délabrées, Guillaume Ngefa entend transformer les constats du terrain en actions pour la Justice 

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Dans le souci de se conformer au Programme d’actions du gouvernement (PAG 2024-2028), dans lequel la bonne administration de la justice au profit des Congolais et Congolaises occupe une place de choix, le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, poursuit sa mission de terrain dans la province du Kongo Central. Cette mission vise notamment à évaluer le fonctionnement de l’appareil judiciaire, les conditions de travail des acteurs de la Justice, l’état des infrastructures judiciaires et pénitentiaires ainsi que la situation du patrimoine foncier et immobilier relevant de son ministère, considéré comme un secteur stratégique pour la République démocratique du Congo.

Entamée mardi 1er septembre 2026 dans le territoire de Madimba, cette mission, renseigne la Cellule de communication du ministère de la Justice et Garde des Sceaux, a permis à Guillaume Ngefa d’échanger avec les autorités locales, les magistrats, les responsables des services judiciaires et plusieurs justiciables sur les difficultés auxquelles ils sont confrontés au quotidien. Parmi les préoccupations soulevées figurent notamment les lenteurs dans le traitement des dossiers, la prédominance des conflits fonciers, l’insuffisance des moyens de travail ainsi que l’occupation ou la spoliation présumée de certains biens appartenant à l’État.

À Madimba, l’ancien établissement pour mineurs au cœur des préoccupations 

L’un des principaux points de cette première étape a été la visite de l’ancien Établissement de garde et d’éducation de l’enfant en conflit avec la loi (EGE) de Madimba, créé en 1913. Autrefois destiné à la rééducation, à la formation professionnelle et à la réinsertion des jeunes en conflit avec la loi, l’établissement disposait notamment d’ateliers de menuiserie, d’imprimerie et de mécanique. Il a toutefois cessé de fonctionner dans sa vocation initiale en 2003. Une partie de ses installations, aujourd’hui fortement dégradées, est occupée par une école publique.

Un responsable de l’établissement a retracé l’histoire du site et expliqué les raisons de sa dégradation devant le Ministre d’État.

« Construite depuis l’époque coloniale, cette structure était destinée à garder les enfants en conflit avec la loi. À un certain moment, le bâtiment a commencé à se délabrer. Pour sa réhabilitation, cela pose des problèmes, notamment à cause du manque de subventions », a-t-il expliqué.

Selon lui, le site avait également une importante vocation professionnelle.

« Au départ, c’était seulement pour les mineurs. Ils apprenaient les métiers ici. Les enfants en conflit avec la loi apprenaient le métier ici. Il y avait presque tous les métiers. C’était un établissement de garde et d’éducation de l’État. L’école est venue après et le site s’est transformé en école », a-t-il ajouté.

Au regard de l’importance historique du site, de l’étendue de sa concession et de sa position stratégique, le ministère de la Justice envisage, après les études nécessaires, d’y construire un établissement moderne de garde et d’éducation destiné aux enfants en conflit avec la loi. Selon la source citée, l’objectif serait d’offrir à ces derniers un cadre adapté à leur prise en charge, à leur formation professionnelle et à leur réinsertion sociale.

Présente lors de cette visite, Cornélie Kavua, fille du dernier directeur technique de l’ancien établissement, qui y a vécu durant son enfance, a plaidé pour la valorisation du site. Elle a notamment rappelé son rôle historique dans l’apprentissage des métiers et la réinsertion de nombreux jeunes. Pour elle, la relance d’un tel établissement pourrait également contribuer à lutter contre la délinquance juvénile et le phénomène « Kuluna ».

Le foncier, autre préoccupation majeure 

La question du patrimoine immobilier de l’État a également occupé une place importante lors de la visite de Madimba. Une partie de la concession de l’ancien établissement serait occupée, tandis que d’autres biens immobiliers appartenant à l’État font également l’objet de préoccupations.

Guillaume Ngefa a ainsi instruit les services compétents de vérifier la situation juridique des parcelles concernées ainsi que les conditions dans lesquelles d’éventuels titres fonciers auraient été délivrés sur des concessions publiques. Cette démarche s’inscrit dans la volonté du ministère de la Justice d’identifier, de sécuriser et, le cas échéant, de récupérer, dans le respect de la loi, les biens fonciers et immobiliers de l’État faisant l’objet d’occupation irrégulière ou de spoliation.

Au cours de son entretien avec l’administrateur du territoire de Madimba, Francis Ntoto Nsuba, le Ministre d’État s’est également intéressé à la perception de la Justice par la population. Selon les autorités locales, plus de 90 % des affaires portées devant les instances judiciaires du territoire seraient liées à des conflits fonciers. Une situation qui contribue à l’encombrement des juridictions et alimente de nombreuses tensions entre les communautés.

Les lenteurs dans le traitement de certaines procédures ont également été évoquées, tout comme les différends liés aux limites territoriales entre Madimba, notamment dans la zone de Kintanu, et Mbanza-Ngungu. Sur le plan sécuritaire, les autorités locales ont par ailleurs relevé l’impact des audiences foraines dans la lutte contre le phénomène « Kuluna », même si celui-ci persiste encore dans certaines zones.

À Mbanza-Ngungu, l’urgence pénitentiaire

Après Madimba, Guillaume Ngefa s’est rendu, mercredi 2 septembre 2026, à Mbanza-Ngungu, où il a été confronté à une situation particulièrement préoccupante dans les secteurs pénitentiaire et judiciaire. À la prison centrale, 427 détenus sont actuellement incarcérés dans un établissement dont la capacité théorique est de 150 places.

Selon le directeur de la prison, Trésor Malonda Nsanga, 191 personnes sont prévenues et 236 condamnées, parmi lesquelles figurent sept femmes et deux mineurs. Installée dans une ancienne maternité, la prison souffre d’un manque criant d’espace et d’infrastructures. La séparation entre les différentes catégories de détenus demeure difficile. Si les femmes bénéficient d’un espace distinct, les prévenus et les condamnés cohabitent, tandis que les mineurs ne disposent pas d’un quartier spécialement adapté.

Les conditions matérielles sont également préoccupantes. Le manque de couchettes contraint plusieurs détenus à dormir à même le sol. Les installations sanitaires sont insuffisantes et, selon la direction, les détenus ne reçoivent actuellement qu’un repas par jour. La situation sanitaire est elle aussi préoccupante. Des cas de tuberculose et de choléra ont été signalés. 

Le poste de santé de la prison, disposant de moyens limités, assure essentiellement les premiers soins, tandis que les cas nécessitant une prise en charge plus importante sont transférés vers l’Hôpital général de référence de Mbanza-Ngungu. À cette situation s’ajoute une difficulté financière majeure : selon la direction, l’établissement n’a plus reçu de subventions depuis cinq mois.

À Kisantu, les mêmes difficultés

Au cours de sa mission, le Ministre d’État s’est également intéressé à la situation du ressort judiciaire de Kisantu. Un responsable judiciaire lui a présenté les difficultés liées aux infrastructures ainsi qu’à l’absence d’une prison fonctionnelle dans ce ressort. Il a également évoqué les difficultés auxquelles est confrontée la maison d’arrêt installée à Kisantu, qui dépend de la prison de Kasangulu.

« Ce parquet de grande instance d’Inkisi était dans un état vraiment délabré. Nous nous sommes fait violence pour faire le nécessaire en faveur d’une bonne administration de la justice. Un grand ressort comme le nôtre qui n’a pas de prison, je crois que ce n’est pas une mince affaire. Nous nous efforçons de déplacer les détenus et les condamnés jusqu’à Kasangulu avec les moyens de bord », a-t-il fait savoir devant le Ministre d’État.

Il a également attiré l’attention du Garde des Sceaux sur l’état des infrastructures et les conditions de détention.

« Il n’y a pas de clôture, il n’y a pas d’infirmerie. Les détenus, vous pouvez voir… Donc, c’est compliqué. Même les fosses septiques, c’est nous qui les avons faites. Nous savons comment vous travaillez, vous êtes vraiment dynamique. Vous n’allez pas oublier le ressort de Kisantu pour que nous puissions avoir une prison en bonne et due forme et améliorer aussi les conditions de notre maison d’arrêt », a-t-il indiqué.

Guillaume Ngefa : « Aller à la périphérie pour voir comment la justice est rendue »

Pour Guillaume Ngefa, cette mission répond à la nécessité de rapprocher l’administration centrale des réalités vécues dans les juridictions de province. Le Ministre d’État explique vouloir, à travers ces visites, échanger directement avec les responsables judiciaires, mais aussi avec les justiciables.

« C’est un devoir pour moi de venir à la périphérie, pas au centre, mais à la périphérie, et aussi d’être à proximité de la réalité de l’administration de la justice, pour voir un peu comment cette justice est rendue. Chaque fois que je vais sur le terrain, j’essaie de rencontrer les responsables de la justice. C’est dans ce cadre-là que je conduis cette mission de terrain », a fait savoir Guillaume Ngefa.

Revenant sur l’étape de Madimba, il a expliqué que l’accent avait notamment été mis sur l’ancien établissement destiné aux enfants en conflit avec la loi.

« L’accent a été mis sur l’EGE, pour évaluer un peu les conditions actuelles, même si l’EGE n’existait pas, et explorer d’autres possibilités. Et, bien sûr, aussi entamer un dialogue critique avec les autorités et avec quelques justiciables pour avoir une idée de la perception que ces personnes ont de notre justice et de la manière dont, ensemble, nous pourrions l’améliorer », a-t-il expliqué.

À Mbanza-Ngungu, le Garde des Sceaux a également insisté sur la responsabilité de l’État dans l’amélioration des conditions de travail des acteurs judiciaires.

« L’État, à travers le ministère de la Justice, a l’obligation de mettre à votre disposition les moyens nécessaires pour assurer votre indépendance lorsque vous distribuez la justice », a-t-il souligné.

Vers des complexes judiciaires modernes

Guillaume Ngefa a notamment évoqué la nécessité d’améliorer les infrastructures, les cabinets des magistrats et les salles d’audience. Le Ministre d’État a par ailleurs annoncé la volonté du ministère de développer le concept de « complexe judiciaire », regroupant dans un même espace les différentes structures nécessaires au fonctionnement de la Justice.

Ce complexe pourrait notamment comprendre un tribunal, un parquet, des salles d’audience, des bureaux, des cabinets pour les magistrats, une maison d’arrêt ainsi que des logements destinés aux acteurs judiciaires. Selon lui, cette approche permettrait également d’améliorer les conditions de vie et de travail des magistrats affectés en dehors des grands centres urbains.

« Il s’agit de s’assurer que, presque au même endroit, dans un même compound, vous avez le tribunal, vous avez le parquet, vous avez les salles d’audience, les bureaux, les cabinets des différents magistrats. Vous avez aussi une maison d’arrêt et, en dehors de cela, on peut voir aussi la construction de cinq villas. C’est un peu le concept. Cela permet à ceux qui sont éloignés, qui ne sont pas au centre, au moins d’avoir une résidence qui correspond aussi au prestige que vous avez au sein de la société », a-t-il fait savoir dans sa réaction.

Après Madimba et Mbanza-Ngungu, le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux doit poursuivre sa mission dans le Kongo Central, avec des étapes annoncées à Matadi, Boma et Muanda.

Clément MUAMBA