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Conseil de sécurité de l’ONU: la RDC à l’agenda de la présidence française « le Conseil doit rester engagé » en faveur des processus de paix

La France prend la présidence du Conseil de sécurité pour ce mois de septembre

Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies (P5), aux côtés des États-Unis, de la Chine, du Royaume-Uni et de la Russie, la France a officiellement pris, ce mardi 1er septembre 2026, la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU. Le mandat de la France va couvrir tout le mois de septembre 2026, après le Danemark (août) et la Grèce dans l’ordre alphabétique anglais qui régit la rotation mensuelle entre les quinze membres du Conseil.

Dans une note publiée pour la circonstance et consultée par ACTUALITE.CD, la mission permanente de la France auprès des Nations unies rappelle qu’elle aura, dans ce rôle, la responsabilité d’organiser les travaux du Conseil, d’assurer la régularité de ses échanges sur les crises dont il est saisi et de faciliter ses décisions. Ce mois de présidence sera aussi crucial que dense, précise le document de la mission française, qui coïncide avec l’ouverture de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies et sa semaine de haut niveau, toujours à New York

« Une présidence réactive et agile face à l’évolution des crises internationales. Réagir aux crises, telles qu’elles se présentent, dans le but d’assurer ou de restaurer la paix et la sécurité constitue le cœur du mandat du Conseil de sécurité. La présidence française s’assurera donc que celui-ci puisse se réunir chaque fois que cela sera nécessaire pour réagir aux évolutions de la situation en Ukraine, au Moyen-Orient et en Afrique », lit-on dans le document.

Très attentive à la crise sécuritaire et à l’instabilité qui sévissent dans la région des Grands Lacs, la France a promis, sous sa présidence, d’assurer le suivi des crises dont le Conseil est saisi et sur lesquelles il doit veiller à la mise en œuvre des résolutions qu’il a adoptées. Parmi ces crises figure également la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC.

« Au cours de la présidence française, le Conseil continuera également à se réunir afin d’assurer le suivi des crises dont il est saisi, et sur lesquelles il doit veiller à la mise en œuvre des résolutions qu’il a adoptées. Qu’il s’agisse de l’Afghanistan, d’Haïti, de l’Iran, du Soudan, de la Syrie ou encore de la RDC, le Conseil doit rester engagé au service du respect des principes fondamentaux de la Charte et de l’ordre international et en soutien des processus de paix ».

Par ailleurs, dans son agenda, la France entend appuyer les processus de réforme du Conseil. Selon le document, la présidence de septembre permettra également à la France de rappeler son soutien à la réforme du Conseil de sécurité. En même temps, la France continuera à promouvoir, en particulier, l’initiative franco-mexicaine visant à encadrer l’usage du droit de veto par les membres permanents en cas d’atrocités de masse, aujourd’hui soutenue par 122 États.

La France promet de placer cette présidence sous les auspices d’un multilatéralisme efficace en faveur de la paix et de la sécurité internationales, conformément à son engagement historique aux Nations unies.

« Une présidence au service d'un multilatéralisme efficace. Cette défense du multilatéralisme s’accompagnera d’une défense du multilinguisme, qui est au cœur de la Charte des Nations unies. La France défendra ainsi la place du français comme langue de travail à part entière au sein du Conseil. Ce mois de présidence sera également l’occasion d’enrichir les travaux du Conseil en donnant la parole à des experts et à des représentants de la société civile », rassure la mission permanente de la France à l’ONU.

Pour marquer son attachement à la crise dans la région des Grands Lacs, la France avait organisé, le 30 octobre 2025 à Paris, une conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs, en étroite coordination avec le Togo, médiateur de l’Union africaine pour les Grands Lacs. Cette conférence avait pour objectif principal de mobiliser la communauté internationale afin de répondre à l’urgence humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) et dans l’ensemble de la région. Elle avait également servi de cadre pour soutenir la dynamique de négociation et de médiation en cours, portée par les États-Unis, le Qatar et l’Union africaine.

Elle avait aussi permis d’aborder l’approfondissement indispensable de l’intégration économique régionale, considérée comme un vecteur essentiel d’une paix durable, en marge du Forum de Paris sur la Paix. À cette occasion, 70 États et organisations internationales, ainsi qu’une quarantaine d’organisations non gouvernementales, étaient réunis pour marquer leur engagement en faveur de la paix et de la prospérité dans la région des Grands Lacs et pour soutenir concrètement les populations locales.

À l’issue de ces assises, deux annonces majeures avaient été faites. La première concernait la mobilisation d’une enveloppe de 1,5 milliard d’euros destinée à apporter une réponse humanitaire à la crise qui frappe la région des Grands Lacs, en particulier la République démocratique du Congo. La seconde portait sur la réouverture de l’aéroport international de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu.

Pour le président français Emmanuel Macron, la réouverture humanitaire de cet aéroport constituerait un signal concret et attendu par les populations du Nord-Kivu. Lors du sommet de Paris, il avait indiqué compter sur l’appui des États-Unis et du Qatar, tous deux engagés dans les efforts de médiation, afin d’assurer la mise en œuvre rapide de cette initiative.

Du côté de l’AFC/M23, cette annonce avait été mal perçue. Le mouvement rebelle avait estimé que le régime de Kinshasa n’avait ni la légitimité ni le droit d’envisager la remise en service des infrastructures aéroportuaires situées, selon lui, dans un territoire « libéré », qu’il accuse les autorités congolaises d’avoir délibérément pillé et saboté.

« L’aéroport pourra et sera rouvert uniquement par l’AFC/M23, et non par M. Tshisekedi Tshilombo ni par quiconque d’autre », avait déclaré le mouvement dans un communiqué 

Dans la même communication, l’AFC/M23 avait tenu à préciser que le contentieux opposant Kinshasa à Kigali ne le concernait pas.

« Le régime de Kinshasa est seul responsable de ses actes vis-à-vis des États voisins et il lui appartient de régler ses litiges et différends sans chercher à y mêler notre organisation », avait martelé le groupe rebelle, soutenu par le Rwanda.

En tant que porte-plume, c'est-à-dire rédactrice principale des projets de textes au Conseil de sécurité des Nations unies, la France a élaboré et soumis les résolutions 2773 et 2808. Ces deux textes adoptés à l’unanimité en 2025, forment le cadre stratégique de l’ONU pour répondre à la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

Si la résolution 2808 avait prorogé d’une année le mandat de la MONUSCO, la résolution 2773, adoptée en février 2025, avait fixé des lignes rouges claires face à l’escalade des violences : Cessation des hostilités : elle exige l’arrêt immédiat de l’offensive du groupe rebelle M23, soutenue par le Rwanda; Retrait des troupes étrangères : elle enjoint formellement à l’armée rwandaise (RDF) de se retirer sans délai du territoire congolais; Démantèlement des milices : elle demande à la RDC de neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Plus d’un an après son adoption, la résolution 2773 souffre encore de problèmes d’application et d’exécution, tandis que la réouverture de l’aéroport de Goma reste toujours en suspens. La présidence française à la tête du Conseil de sécurité de l’ONU peut ainsi être perçue comme une opportunité pour Paris de pousser à la mise en œuvre de ces différentes mesures, en vue d’appuyer les initiatives diplomatiques visant au retour de la paix dans l’Est de la RDC et dans l’ensemble de la région des Grands Lacs

Clément MUAMBA