Conformément au calendrier scolaire, des millions d’élèves reprennent ce mardi 1er septembre 2026 le chemin de l’école à travers la République démocratique du Congo pour l’année scolaire 2026-2027, après deux mois de vacances. Voulue par le chef de l’État, Félix Tshisekedi lors de la 96e réunion du Conseil des ministres comme une rentrée « apaisée, effective et inclusive », cette nouvelle année scolaire s’ouvre dans un contexte marqué à la fois par les ambitions de réforme du système éducatif et par des défis persistants liés à la situation des enseignants, aux infrastructures scolaires, à la gratuité de l’enseignement primaire, aux conflits armés et aux urgences sanitaires.
Dans un message publié lundi 31 août 2026, la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu a confirmé la reprise des cours ce 1er septembre sur l’ensemble du territoire national, tout en appelant à une attention particulière pour les élèves et les familles confrontés à l’insécurité et aux conflits.
« Partout où les conditions le permettent, l’école doit reprendre. J’ai une pensée particulière pour les élèves, les enseignants et les familles confrontés à l’insécurité et aux conflits. Leur droit à l’éducation doit rester pleinement garanti. Chers élèves, cette année est la vôtre, soyez assidus, disciplinés et persévérants. Travaillez avec sérieux, croyez en vos capacités et donnez le meilleur de vous-mêmes. L’école doit vous permettre d’apprendre, de comprendre, de raisonner et de créer. Nous poursuivrons donc les réformes engagées pour améliorer la qualité des apprentissages », a déclaré Raïssa Malu.
L’insécurité, un défi particulier dans l’Est du pays
La rentrée scolaire ne se présente pas de la même manière dans les 26 provinces que compte la République démocratique du Congo. Dans les zones affectées par les conflits et la guerre de l’AFC/M23, des milliers d’enfants restent exposés aux déplacements forcés et aux interruptions de leur parcours scolaire. C'est dans ce cadre que le gouvernement et ses partenaires conviennent d’accorder une attention particulière à la continuité des apprentissages et à la prise en charge des enfants déplacés ou privés d’un accès régulier à l’école.
« Nous rappelons que chaque enfant a le droit d’aller à l’école. Pour chaque enfant, les mêmes chances », lance l’UNICEF RDC.
L’épidémie d’Ebola impose une rentrée différenciée dans certaines zones
À la problématique sécuritaire s’ajoute cette année un défi sanitaire. Depuis le 15 mai 2026, la RDC fait face à sa 17e épidémie de maladie à virus Ebola, qui touche plusieurs provinces (6). L’Ituri figure parmi les provinces particulièrement affectées et constitue l’un des principaux foyers de l’épidémie. C’est dans ce contexte que le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté a annoncé un dispositif différencié dans les zones concernées par l’épidémie. La rentrée est maintenue au 1er septembre mais les modalités d’enseignement varient selon le niveau de risque sanitaire.
Dans les zones vertes, les cours doivent se dérouler normalement, avec l’application de mesures de prévention et de santé publique, notamment le lavage régulier des mains. Dans les zones orange, les enseignements restent en présentiel, avec des mesures sanitaires renforcées. Dans les zones rouges, les cours ordinaires en présentiel sont temporairement remplacés par un dispositif d’enseignement à distance adapté. Cette organisation constitue un nouveau test pour les capacités du système éducatif à assurer la continuité des apprentissages en période de crise.
La gratuité de l’enseignement primaire toujours au cœur des enjeux
La consolidation de la gratuité de l’enseignement primaire demeure l’un des principaux défis de cette nouvelle année scolaire. Mise en œuvre depuis plusieurs années sous la présidence de Félix Tshisekedi, cette politique a permis, selon les autorités, d’améliorer l’accès à l’école. Son application continue toutefois de soulever des questions liées au financement du secteur, aux conditions de travail des enseignants et aux capacités d’accueil des établissements scolaires.
Dans l’une de ses réactions sur la situation de l’éducation en RDC, l’UNICEF avait notamment relevé que malgré les avancées enregistrées en matière d’accès à l’éducation, plusieurs millions d’enfants restent encore en dehors du système scolaire en RDC. L’organisation souligne également que les coûts directs et indirects liés à la scolarité continuent de constituer un obstacle pour certaines familles. Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais de consolider les acquis de la gratuité tout en améliorant la qualité de l’enseignement.
Lors de la récente conférence réunissant les ministres provinciaux de l’éducation, Raïssa Malu avait insisté sur la nécessité de traduire les réformes en résultats visibles dans les établissements scolaires.
« Les réformes doivent commencer à se voir dans les écoles et à entrer dans les classes », avait-elle insisté dans son discours lors des travaux qui se sont tenus jeudi 27 et vendredi 28 août 2026.
Les enseignants, maillon essentiel mais toujours sous pression
Comme lors des années précédentes, la situation des enseignants constitue l’un des dossiers les plus sensibles de cette rentrée scolaire. De son côté, le gouvernement affirme poursuivre les efforts visant à améliorer la gestion des effectifs, la paie, la mécanisation et l’assainissement du fichier des enseignants. Les discussions avec les organisations syndicales portent également sur les enseignants non mécanisés et non payés, les conditions de travail, la retraite et la couverture sanitaire.
La question salariale reste également importante. Quelques jours avant la rentrée scolaire, les organisations syndicales ont rappelé plusieurs revendications, notamment la mécanisation des nouvelles unités, le paiement des enseignants non payés et l’amélioration des conditions sociales. L’intersyndicale des enseignants a toutefois appelé à la reprise des cours le 1er septembre, tout en prévenant que de nouvelles actions pourraient être envisagées si les engagements pris par le gouvernement n’étaient pas respectés.
Conformément aux orientations du président Félix Tshisekedi et de la Première ministre Judith Suminwa lors de 96e et 97e réunions du Conseil des ministres, le défi pour le gouvernement congolais sera de maintenir le dialogue avec les enseignants afin d’éviter que les revendications sociales ne viennent perturber le calendrier scolaire, tout en répondant progressivement à leurs différentes revendications et aux engagements pris à leur égard.
Des infrastructures encore insuffisantes
La qualité des infrastructures scolaires constitue également un défi majeur. Dans plusieurs régions du pays, des établissements fonctionnent encore dans des conditions difficiles : salles de classe insuffisantes, équipements limités, manque de mobilier ou encore problèmes d’accès à l’eau et aux installations sanitaires.
La conférence des ministres provinciaux de l’Éducation a ainsi retenu parmi les priorités la réhabilitation des infrastructures scolaires et la sécurisation du patrimoine scolaire. Au-delà de la construction de nouvelles écoles, l’enjeu consiste à garantir aux élèves un environnement propice à l’apprentissage et aux enseignants des conditions de travail dignes.
Gouvernance et qualité : les autres chantiers de l’année
Au-delà de l’accès à l’école, le gouvernement entend également améliorer la gouvernance du secteur. Lors de la conférence des ministres provinciaux de l’Éducation organisée à Kinshasa à la fin du mois d’août, plusieurs questions ont été abordées, notamment la clarification des responsabilités entre le pouvoir central et les provinces, la rationalisation des effectifs, la mécanisation des enseignants, l’assainissement du fichier de paie, la digitalisation de la gestion du système éducatif et l’amélioration des statistiques scolaires.
Le développement des cantines scolaires figure également parmi les réformes mises en avant par le ministère, avec l’objectif de faire de l’école un espace qui contribue non seulement à l’apprentissage, mais aussi au bien-être des enfants. Cette initiative est pilotée par le gouvernement, à travers le ministère de l’Éducation en collaboration avec plusieurs partenaires, notamment le Programme alimentaire mondial (PAM).
Une rentrée qui sera jugée sur les résultats
À l’ouverture de l’année scolaire 2026-2027, les autorités disposent donc d’une feuille de route ambitieuse. Mais la réussite de cette rentrée ne se mesurera pas uniquement au nombre d’élèves présents dans les salles de classe ce 1er septembre. Elle dépendra surtout de la capacité du gouvernement à maintenir les écoles ouvertes tout au long de l’année, à garantir la régularité des enseignements, à améliorer les conditions de travail des enseignants, à consolider la gratuité et à assurer la continuité scolaire pour les enfants vivant dans les zones touchées par les conflits ou les crises sanitaires.
Clément MUAMBA