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À Kinshasa, la plateforme « Alliance citoyenne pour la patrie » voit le jour avec de nouvelles méthodes

Alliance citoyenne pour la patrie

Après plusieurs initiatives de rassemblement des organisations et mouvements de la société civile, qui ont fini par voler en éclat, une nouvelle plateforme a vu le jour ce lundi 31 août 2026, à Kinshasa.  C’est l’Alliance citoyenne pour la patrie, plateforme de la société civile en RDC, qui veut tenter le pari d’unifier des forces de la société civile autour du patriotisme, au regard notamment du risque de balkanisation auquel la République démocratique du Congo s'expose.

Lors de son lancement, organisé au Centre d’Etudes pour l’Action Sociale (CEPAS), Carbone Beni, figure connue de la société civile et coordonnateur de cette plateforme, a fondé sa conviction d’appartenir à l’Alliance citoyenne pour la patrie par le constat d’une société civile qui « tergiverse et patauge », d’une élite congolaise toujours incapable de faire front commun afin de bouger les lignes.

Pour cette fois, Carbone Beni, chargé de présenter la nouvelle plateforme, a rassuré sur des nouveaux méthodes et tacts, assis sur une stratégie à même de rassembler et de ressembler à ceux qui croient à ce nouveau combat d’une génération qui veut faire barrage à la mauvaise gouvernance et aux acteurs politiques qui ne jurent qu’aux intérêts personnels que collectifs.

 « Au-delà de nos divergences, il était essentiel de nous organiser, de nous coaliser, et de tenter— parce que beaucoup diront : « Ce n'est pas la première initiative. » Vous avez déjà tenté ceci, vous avez tenté cela. Nous nous sommes posé la question : est-ce que, parce que nous avions tenté, qu'il faudrait s'arrêter, parce que ça n'avait pas marché ? Nous nous sommes dit qu'il fallait simplement changer de méthode, changer de tact, mettre en place une stratégie qui pourrait nous rassembler, mais aussi nous ressembler, afin que nous puissions, à la fois en tant que génération qui a un rôle à jouer, et surtout répondant à l'appel qui est le nôtre, de ne pas être responsables de la balkanisation de notre pays… », a-t-il déclaré.

« Le combat n'a pas été déformé, nos engagements continuent à être intacts »

Lanceur d’alerte de renom en RDC, Jean-Jacques Lumumba est cofondateur de l’Alliance citoyenne pour la patrie. Dans sa prise de parole qu’il a placée sur la célèbre phrase d’Etienne Tshisekedi : « Mboka ekufi pona moyibi » (le pays est détruit à cause du vol, en Lingala), cet acteur de la société civile a interpellé qu’au-delà de la guerre économique qui détruit la RDC en externe à cause de ses richesses, la vraie destruction est interne : « c'est le vol, c'est la corruption, c'est la prédation ».

Dans la foulée de son intervention, M. Lumumba a dit garder le cap d’un combat contre la mauvaise gouvernance et la corruption, qu’il a vigoureusement dénoncées sous Kabila, en dépit de son appartenance à cette nouvelle alliance. Appelant au patriotisme face à une balkanisation qui se dessine, il est convaincu que si le Rwanda parvient à agresser la RDC par le biais de ses supplétifs de l’AFC-M23, c’est notamment en raison de son intelligence avec certains Congolais corrompus.

« Je crois que le combat n'a pas été déformé, nos engagements continuent à être intacts, nous avons combattu la mauvaise gouvernance et la corruption hier, et nous la combattrons encore aujourd'hui avec plus de fermeté, parce que nous estimons que si un minuscule pays comme le Rwanda nous fragilise, c'est parce que de l'intérieur, il y a des agents qui œuvrent dans la prédation, dans la corruption, pour nous fragiliser de l'intérieur. Et la patrie exige de nous que nous combattions ce qui veut provoquer la balkanisation, qui est l'agression rwandaise à travers ses supplétifs à l'est du pays… », s’explique Jean-Jacques Lumumba.

Il souligne par ailleurs que cette alliance se distinguera par son influence à travers ses rapports avec les pouvoirs publics, par ses plaidoiries en vue de l’émergence des gouvernants « à la taille de ce grand Congo ».

« …Parce que ce Congo est grand et il demande de nous de la grandeur. Et pour être dans un Congo grand, il faut qu'il y ait des politiciens de bonne qualité, il faut qu'il y ait une opposition de très bonne qualité, parce que c'est le contre pouvoir, et il faut qu'il y ait une société civile très efficace. Et c'est cette société civile que nous voulons incarner… », a indiqué M. Lumumba.

La science en appui à l’Alliance citoyenne pour la patrie

A cette initiative, les organisateurs ont jugé impérieux de se faire appuyer par la science, à travers l’expertise juridique du professeur Grâce Muwawa, président de l’Académie congolaise de droit des affaires, gouvernance économique et des réformes institutionnelles (Nomos Academia). En adhérant à l’AP, cet avocat d’affaires envisage « d’aller à la rencontre de la société réelle, écouter ses préoccupations, comprendre les attentes des citoyens, dialoguer avec les forces vives de la nation et confronter les analyses aux réalités du terrain ». 

Il se vante de ce que lui et Nomos Academia n’intègrent pas cette plateforme main bredouille, mais veulent y apporter ce qui constitue leur identité : « la recherche, l'expertise, l'analyse juridique, économique et institutionnelle, ainsi que la reformulation des propositions de réforme ».

Car une mobilisation citoyenne devient encore plus forte que lorsqu'elle repose sur des diagnostics sérieux, des données documentaires et des propositions juridiquement fondées et institutionnellement réalisables. Et donc, il ne suffit pas de dénoncer, comme l'a fait notre frère Carbon, il faut aussi proposer.

« Car une mobilisation citoyenne devient encore plus forte que lorsqu'elle repose sur des diagnostics sérieux, des données documentaires et des propositions juridiquement fondées et institutionnellement réalisables. Et donc, il ne suffit pas de dénoncer, comme l'a fait notre frère Carbone, il faut aussi proposer », conclut ce professeur d’université.

Née d'un appel public lancé le 16 août 2026 par Jean-Jacques Lumumba et Carbone Beni, l’Alliance citoyenne pour la patrie rassemble les forces citoyennes congolaises dispersées autour d'une parole commune sur les grandes questions nationales. Elle est bâtie sur cinq priorités :

1.La souveraineté, l’intégrité territoriale et gouvernance sécuritaire ;

2.Le dialogue, cohésion nationale et participation citoyenne ;

3.Gouvernance économique et indépendance stratégique

4.Justice, lutte contre la corruption, mémoire et préparation ;

5.Éveil patriotique et mobilisation de la jeunesse.

Samyr LUKOMBO