En République démocratique du Congo, les divergences persistent au sein de la classe socio-politique congolaise autour de la question d’un éventuel dialogue national annoncé par le chef de l’État, Félix Tshisekedi avec comme thème : « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Cette initiative est présentée comme une démarche souveraine, conçue et conduite par les Congolais.
Dans une réaction au ton particulièrement ferme, le mouvement Sauvons la RDC de Joseph Kabila, ancien président de la République conteste la démarche annoncée par le président Félix Tshisekedi et estime que les conditions nécessaires à un véritable processus de dialogue ne sont pas réunies. Dans l’approche proposée par Félix Tshisekedi, les confessions religieuses auront un rôle à jouer, mais sans toutefois le préciser.
Pour ce mouvement sociopolitique proche de l’opposition, né à Nairobi, au Kenya, les évêques de la CENCO et de l’ECC ne doivent pas être réduits à un rôle symbolique dans le processus. Leur participation, soutient-il, doit être indépendante et assortie d’un véritable pouvoir de médiation et de facilitation. Pour Sauvons la RDC, contrairement au rôle que Tshisekedi semble vouloir leur assigner, ces deux confessions religieuses doivent jouer un rôle de premier plan dans cette démarche.
« Les Évêques de la CENCO et de l’ECC ne sauraient être réduits à une simple variable d’ajustement, sollicitée pour apporter une caution morale et un vernis de crédibilité à un schéma conçu unilatéralement par le pouvoir, ou pour offrir à certains acteurs de l’Opposition une justification commode à leur participation. Leur implication doit être indépendante, effective et pleine. La CENCO et l’ECC doivent assumer une véritable mission de médiation et de facilitation, de nature à garantir l’équilibre du processus, la confiance entre les parties et la crédibilité du dialogue », dit le mouvement dans une déclaration le lundi 31 août.
De même, poursuit le mouvement, l’implication de garants africains et internationaux dans le suivi et la mise en œuvre effective des résolutions ne constitue ni un accessoire ni une faveur concédée aux participants. Pour Sauvons la RDC, la facilitation de la CENCO et de l’ECC, tout comme l’existence de garanties internationales crédibles, constituent des conditions essentielles à la tenue, à la crédibilité et au succès de tout véritable dialogue national.
Sauvons la RDC rappelle et tient pour incontournables les sept conditions d’un dialogue crédible, inclusif et efficace, telles qu’énoncées dans sa déclaration du 1er août dernier. Ces conditions sont les suivantes : une médiation neutre, indépendante et impartiale ; une participation réellement inclusive, sans exclusion politique arbitraire ; un cadre neutre et sécurisé, garantissant à chaque participant sa liberté, sa sécurité et son intégrité ; des termes de référence, un calendrier et un ordre du jour définis de manière consensuelle par les parties ; le respect absolu de la Constitution, notamment de ses dispositions intangibles, ainsi que de l’échéance constitutionnelle de 2028 ; une véritable décrispation politique et judiciaire, préalable indispensable à la restauration de la confiance et enfin, un mécanisme indépendant et contraignant de garantie, de suivi et de mise en œuvre effective des engagements et résolutions issus du dialogue.
« Pour Sauvons la RDC, ces exigences ne sont ni accessoires ni négociables : elles constituent le socle minimal sans lequel tout processus présenté comme un dialogue national ne serait qu’un simulacre, dépourvu de la confiance, de la crédibilité et de la légitimité nécessaires à une véritable sortie de crise ».
Le mouvement dit constater qu’aucune des sept conditions rappelées ci-dessus, n’a été satisfaite dans l’adresse du Chef de l’Etat. Dans ces conditions, note le mouvement, l’annonce solennelle d’un « dialogue national » constitue, pour Sauvons la RDC, un non-événement politique.
Pour ce mouvement, il doit s’agir d’un dialogue qui ne soit ni celui d’un camp ni celui d’un homme, mais celui de la Nation tout entière, libre de regarder ses fractures en face et de rechercher, dans la responsabilité et le compromis, les voies d’une sortie durable de la crise.
« Que Monsieur Tshisekedi le veuille ou non. Il se tiendra avec lui, ou sans lui s’il s’obstine à en empêcher la tenue, mettant ainsi le peuple congolais dans l’obligation, sur pied de l’article 64 de la Constitution… » indique le mouvement.
Présenté comme un processus souverain conduit par les Congolais, le dialogue débutera par des consultations dans les 26 provinces, avant la tenue d’assises nationales à Kinshasa, pour une durée maximale de trois mois. Pour préparer ce processus, le chef de l’État Félix Tshisekedi prévoit la création d’un Comité d’organisation, chargé des aspects administratifs, matériels et logistiques. Ses conclusions serviront de base à une ordonnance convoquant officiellement le Dialogue et instituant une Commission préparatoire, à laquelle participeront notamment les confessions religieuses.
Le Dialogue devra être inclusif et représentatif et aboutir à l’adoption d’un Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Tshisekedi affirme que ce pacte devra être suivi d’actions concrètes relevant du président de la République, du Gouvernement et du Parlement, avec un mécanisme public de suivi permettant à la population de vérifier l’exécution des engagements
Le chef de l’État souhaite également associer les autorités coutumières, la société civile et les forces sociales du pays. Les partenaires internationaux pourront apporter leur soutien dans plusieurs domaines, notamment la paix, la reconstruction, la justice transitionnelle et la réforme du secteur de la sécurité, mais uniquement dans le respect de la souveraineté congolaise.
Clément MUAMBA